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IILes jours qui suivirent furent tendus pour tous. Personne n’osait prononcer le mot départ, mais toutes les pensées étaient fixées sur cette séparation immi-nente, vers cet inconnu dans lequel seraient bientôt plongés ces deux jeunes gens sans expérience avec, pour tout bagage, la foi dans cette aventure ! Bien sûr, dans le village, on avait déjà vu partir quelques malheureux, peu étaient revenus ou avaient donné de leurs nouvelles. Personne n’avait fait fortune ! Qu’allait-il leur advenir ? On croit toujours que les siens sont meilleurs et qu’ils s’en sortent mieux que les autres… mais au fond dans quelles inquiétudes allaient-ils vivre, eux qui restaient ? Pendant que les familles tournaient toutes ces idées dans leurs têtes, Luigi se démenait comme un beau diable pour trouver le bateau qui les mènerait de l’autre côté de la Méditerranée. Maria préparait tout ce qu’il est possible de prévoir pour un tel voyage, avec l’excitation d’une écolière se préparant pour l’école buissonnière ! De la petite maie en pin, qu’elle avait emmenée avec elle lors du mariage, elle sortit deux chemises, deux jupons, une robe, deux châles, qu’elle posa sur le lit. Elle sortit pour Luigi deux pantalons noirs de travail, et trois chemises en grosse toile écrue. Elle plia
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et replaça avec application le reste de leurs affaires à tous deux dans la maie, qu’elle referma avec soin. Elle cousit dans un maillot de corps de Luigi une petite poche dans laquelle elle plaça les pièces d’or du père. Profitant de ces quelques jours de désœuvrement, elle se rendit auprès de sa mère, qu’elle trouva en prière dans la chambre, agenouillée près du lit où son mari était mort quelques mois auparavant, juste avant le mariage de Maria. « Ma fille ! Ma fille ! dit-elle en se retournant, toi aussi tu vas me quitter, que vais-je devenir toute seule ? » Ses grandes mains blanches et râpeuses d’avoir fait tant de lessives s’agitaient dans l’air. « Que vais-je devenir ! répétait-elle. Alors que je n’ai plus la force d’aller au lavoir ; ni de cueillir les olives, ni même de faire la servante. Te reverrai-je seulement avant de rejoindre mon pauvre homme ? Dieu sait, lui qui connaît ma vie combien je t’ai aimée, et combien j’ai versé de larmes pour toi. Je sais, bien sûr, tu dois faire ta vie, tu dois suivre ton mari, c’est là notre sort à nous les femmes. Va ma fille, suis ton destin, mais n’oublie jamais ta pauvre mère. » Maria en larmes se serra contre elle, puis repartit sans pouvoir dire un mot. À la maison aussi ils évitaient, autant que possible, les discussions avec la famille, ne sachant trop quoi dire, se sentant malgré tout un peu coupables de les abandonner, de les laisser à leur sort… comme si le leur était si enviable ! Enfin, un soir, Luigi rentra en annonçant à la cantonade : « C’est pour demain ! » Ce soir-là, la veillée fut bien triste, personne ne parlait, n’osant même se regarder les uns les autres.
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