La Montagne de Potosi

De
Publié par

— Pourquoi Potosi ? demande Lorraine à Eusebio.

— C’est le bout du monde. Personne ne viendra jamais ici chercher une organisation clandestine qui prétend agir sur toute la planète.

—Mais il y a d’autres bouts du monde où vous auriez pu vous installer !

— Il n’y a pas d’autres lieux au monde où le pillage des ressources naturelles, le gaspillage de ce qui nous était donné pour l’éternité ont été poussés aussi loin. L’Organisation Terre ne pouvait être qu’ici.



L’organisation clandestine « Terre », dirigée depuis Potosi par son instance de commandement le Cercle, a décidé d’agir avec la collaboration d’Ecology International pour mettre fin au massacre de la planète par les États voyous, les entreprises irresponsables et les mafias.

L’auteur décrit dans ce livre les affrontements, parfois violents, auxquels donnent lieu, durant le premier semestre 2025, les opérations de sauvetage.


Claude Guirlet, né en 1935, a publié en 2007 un recueil de nouvelles, Les Galets d’Étigues et autres nouvelles du Pays de Caux, et en 2010 un roman, La Maison mauve ou la première vie d’Amène Blanc.

Publié le : dimanche 1 janvier 2012
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954111018
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Prologue J’aurais bien aimé donner à l’évocation qui va suivre de divers événements survenus durant l’année 2025 une fin lumineuse, quelque chose dans le genre « avenir radieux de l’humanité, pacte irrévocable passé entre les hommes et leur planète bleue, constat d’indéfectible solidarité entre tous les êtres vivants sur notre terre. » Rarement en effet, nous (les habitants de cette terre) 1 n’aurons été aussi près, au terme du récit qui va suivre , de surmonter définitivement la catastrophe, de mettre fin à la destruction systématique de notre milieu, et de retrouver des raisons de vivre et d’espérer pour tous. Alors que tout allait de mal en pis et que la Terre commençait à mourir de mille morts, une petite poignée d’hommes et de femmes ont réussi à se faire entendre du monde entier – c’est cela qui a été déterminant, plus que les armes d’avant-garde qu’ils ont dû employer pour faire taire les puissants – et à 1 Récitétabli,pourl’essentiel,àpartirdesinformationsrecueilliesdirectementauprèsdesprotagonistesdesévènementsrapportésiciet,quandceuxciétaientdécédésouintrouvables,àpartirdestémoignagesreçusdemembresdeleurfamilleoud’amisoudecorrespondants,etrecoupésdumieuxpossibleentreeux.
7
convaincre l’humanité qu’on la trompait depuis des siècles. Oui, on la trompait : c’est une méthode vieille comme le monde d’accuser ses opposants de ses propres tares ; mais les véritables « archaïques », les « rétrogrades » comme ils qualifiaient les hommes et les femmes de l’organisation clandestine « Terre », c’étaient eux, les gouvernants au pou-voir, les prétendues « élites intellectuelles » et les prix Nobel signataires de l’appel d’Heidelberg, cinquante-deux scienti-fiques de très haut niveau qui, en 1992, taxaient l’écologie d’idéologie irrationnelle. Comme si l’écologie n’était pas une science, comme si elle prônait bêtement « un retour à la nature » et s’opposait à tout progrès et à tout développe-ment économique et social. Tous ces personnages suffisants n’arrêtaient pas de se gargariser de « progrès scientifique », de « logique du développement », de « croissance indéfinie », en accusant le reste de l’humanité de ringardise. Comment ont-ils pu entraîner six milliards d’êtres humains au bord de l’abîme, cela reste une énigme. Il m’arrive parfois de penser que, telle la consanguinité dans une île coupée du monde, le fait de vivre dans un milieu privilégié, fermé sur lui-même, barricadé contre les drames de la planète, a pro-voqué chez les élites une dégénérescence de leurs moyens physiques, une sclérose de certaines facultés intellectuelles, comme si elles devenaient peu à peu aveugles à leur envi-ronnement, cramponnées à quelques idées fixes : la produc-tivité, l’énergie inépuisable, la toute-puissance de l’homme sur « sa » Terre. Oui, nous revenons de loin grâce à l’Organisationaux et réseaux clandestins qu’elle a peu à peu tissés et infiltrés dans les instances officielles, qu’elles soient mondiales, conti-nentales ou même locales. La planète est convalescente, elle
8
se débarrasse lentement de ses multiples maux. De certains même, la pollution des océans par exemple, on voit appa-raître par endroits des signes de guérison. Des populations autrefois affamées et décimées par d’épouvantables mala-dies liées aux pollutions renaissent à l’espoir, font des projets à long terme et les réalisent. Pourquoi faut-il qu’au moment où je consigne les der-e niers événements de ce premier quart duXXIsiècle, on nous apprenne ce coup d’État à l’ONU, le retour en force de 2l’OPEP et l’intolérable chantage exercé par le Japon pour reprendre l’exploitation intensive des océans ? Azulal, l’an-cien représentant de l’Inde à l’Organisation et sa cheville ouvrière pendant toutes ces dernières années, estime, paraît-il, que les dieux veulent convaincre l’humanité qu’elle est, au contraire des autres espèces, incapable de progrès véritable. Mais Azulal, qui a fait preuve dans sa maturité d’une incroyable force d’âme, est maintenant un vieil homme, épuisé par ses gigantesques combats et envahi par le pessimisme. De toute façon, il y a longtemps que les dieux se sont détournés de la Terre et ont décidé de laisser les hommes se débrouiller avec leurs contradictions. Je serais plutôt tenté de croire ceci : de même que tout métabolisme produit des déchets, les grands événements si chargés d’espérance que nous avons vécus ces derniers temps et qui pourraient annoncer le proche sauvetage de la planète ont provoqué l’apparition de forces antagonistes
2 L’Organisationdespaysexportateursdepétrole,quis’étaitdisloquéequandlademandemondialedeproduitspétroliersavaitcommencéàs’effondrer.
9
qui s’exacerbent à mesure qu’on les identifie et qu’on les combat. Encore une fois, nous serons menacés de régression si, quelque part dans le monde, une petite poignée d’êtres humains ne se lève à nouveau pour crier à l’humanité tout entière : « Arrêtez le massacre. »
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.