La montagne sacrée

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Série La magie blanche, tome 3

Fuir ! Mettre le plus de distance possible entre elle et l'Empire.
Tandis qu'elle galope vers la Montagne Sacrée, Valéria laisse libre cours à son désespoir. Ainsi Kerrec, son compagnon, l'a abandonnée. Trahissant le serment qui les liait, il s'est soumis à la volonté de l'Impératrice, sa sœur, qui, ne pouvant plus avoir d'enfants, l'a obligé à épouser une femme de haut rang afin d'assurer la descendance de la lignée.
Au-delà des cimes enneigées, poussée par la fureur et le désespoir, Valéria arrive au royaume des Barbares et se retrouve, stupéfaite, face à Gothard, le traître qu'elle croyait à Jamais disparu. A ses côtés se tient un homme dont elle reconnaît aussitôt la silhouette altière : Euan, l'amant fougueux de sa Jeunesse. Euan qu'elle a quitté autrefois pour Kerrec et qui, devenu roi en ces terres lointaines, lui offre aujourd'hui de devenir sa reine...

Dans la série La magie blanche :

Tome 1 : La danse de l'équinoxe
Tome 2 : Le chant du solstice
Tome 3 : La montagne sacrée
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
Lecture(s) : 16
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280276450
Nombre de pages : 576
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A Moon, à Mickey et à tous les autres résidents de Rider’s Hall, je dédie un sourire, une chanson et je leur soumets cette grande question : une femme est-elle vraiment obligée de choisir entre Euan et Kerrec ?

1.

Le neuvième concurrent était le plus impressionnant. Sa silhouette menaçante se détachait dans le soleil levant, aussi massive que les flancs de Dun Mor qui s’élevaient en toile de fond de l’arène. Il dégageait une puissante odeur de musc qui frappa Euan Rohe de plein fouet, comme s’il venait de pénétrer dans l’antre d’un ours en fin d’hibernation.

Euan ravala la bile qui lui montait aux lèvres. Cela faisait trois jours qu’il combattait sans relâche, d’abord à l’aube, puis à midi, et enfin au crépuscule. Huit princes guerriers étaient tombés sous sa lame et seul ce neuvième et dernier combattant se dressait encore entre Euan et le trône de haut roi. Son adversaire était le champion des Mordantes, béni par le Dieu Unique. Touché par la grâce de la rage guerrière, il ignorait la peur et était insensible à la douleur.

Euan était couvert de plaies et de meurtrissures qui l’enveloppaient d’une douleur constante et lancinante, comme celle qui émanait de son bras blessé, celui-là même que le troisième combattant avait ouvert en deux d’un revers de lame. Euan plongea son regard dans les yeux immenses du Mordante, des yeux emplis d’une résolution absolue et il y vit passer l’ombre de la mort.

Euan découvrit ses dents et lâcha un rire rauque. Le septième combattant avait bien failli le vaincre, mais il ne lui restait désormais qu’un combat à livrer avant de devenir haut roi… Ou de mourir. Il se déplaça légèrement afin de ne pas avoir le soleil dans les yeux.

Le Mordante fit jouer ses épaules puissantes, tout en se balançant d’un pied sur l’autre, ouvrant et fermant ses mains comme d’immenses serres.

Il avait des mains si gigantesques qu’il aurait pu sans peine lui séparer la tête des épaules d’un seul geste. Euan n’était pas particulièrement petit, mais il avait une musculature fine, comparable à celle d’un loup des steppes. La seule chose qui permettait de distinguer son adversaire d’un ours, c’était son regard.

On l’eût dit sorti d’une de ces légendes qui parlent d’hommes se changeant en bêtes la nuit venue, pour venir se repaître de sang humain. Par le passé, Euan considérait ce genre d’histoires comme des contes pour enfants, mais il avait franchi la rivière depuis cette époque, et il avait vu de ses propres yeux ce dont les mages impériaux étaient capables.

Il sentit que son esprit se mettait à vagabonder malgré lui.

Il lui fallait rester concentré.

Le Mordante continuait à osciller comme un navire sur les flots, en laissant échapper un léger grognement. La foule des hordes barbares réunies pour assister aux combats formait une toile de fond mouvante et indistincte autour d’eux, un vaste cercle de visages grimaçants et assoiffés de sang.

Le colosse n’avait pas d’autre arme que son corps massif, Euan quant à lui était armé d’un poignard, d’une lance et de son esprit acéré.

Il soupesa la lance, en éprouva l’équilibre et visa le cœur de son adversaire, sous le vêtement en peau d’ours.

Le Mordante choisit cet instant pour bondir dans sa direction avec une rapidité déconcertante. La pointe de la lance glissa sur la peau d’ours tandis que la hampe échappait à Euan.

Il sentit un étau se refermer sur son poignet et fut soulevé du sol dans un mouvement qui l’amena contre l’épiderme chaud et puant de l’immense guerrier. Il tenta d’attraper son poignard, mais leur corps à corps maintenait l’arme, dont il sentait le pommeau lui rentrer douloureusement dans le ventre, hors d’atteinte.

Euan fit mine de se relâcher, dans une posture de soumission. Le Mordante laissa échapper un rire épais et le saisit à bras-le-corps, comme pour le briser dans l’étreinte de ses puissants biceps. Euan eut le souffle coupé.

Il laissa tout son corps pendre sous la poigne du colosse comme un pantin désarticulé, se laissant glisser lentement au sol. Le Mordante raffermit sa prise et à cet instant Euan lança son bras libre vers le visage grossier.

Le sang jaillit du nez brisé, mais Euan constata que son coup n’avait pas été suffisamment puissant pour que l’arête du nez vienne lui perforer le cerveau, comme il l’avait escompté.

Le Mordante accusa le coup et lâcha sa prise sur le poignet d’Euan, à demi aveuglé par le sang, crachant des flots de liquide carmin.

Euan n’était pas en meilleur état, il avait certainement des côtes fêlées et sa vision se troublait par intermittence. Il s’éloigna en titubant et faillit s’effondrer.

Le Mordante s’était déjà remis en mouvement et luttait pour se remettre debout ouvrant et fermant ses gigantesques pattes dans un geste menaçant.

Euan savait que sa vie pouvait s’achever entre ces mains massives poisseuses d’un sang couleur crépuscule.

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