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La Muse de la Meuse

De
330 pages
De la maison Rimbaud à Charleville à la gare de l’Est de Paris, Fernando D’Almeida compose une poésie vibrante. L’auteur sait soumettre les mots à sa volonté. Il les lie, les délie et les oppose jusqu’à construire des monuments poétiques. Tout dans le rythme, le vocabulaire et l’articulation des phrases témoigne d’une admirable maîtrise littéraire et d’un univers construit avec finesse et inventivité. La Muse de la Meuse nous interpelle comme les mots dont il a extrait le suc et la saveur. Une expérience littéraire douce et éprouvante. Fernando D’Almeida, aux origines camerounaises, béninoises et brésiliennes, est journaliste et professeur de littérature francophone au Cameroun. La Muse de la Meuse est son second recueil après Dans l’ailleurs de l’ailleurs, un hymne à Aimé Césaire.
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2 Titre

La Muse de la Meuse

3

Titre
Fernando d'Almeida
La Muse de la Meuse

Poésie
5Éditions Le Manuscrit
Paris
























© Éditions Le Manuscrit, 2010
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-03260-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304032604 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-03261-1 (livre numérique) 032611 (livre numérique)
6 titre de votre ouvrage






Pour la ville de Charleville-Mézières
Pour Jean Nicolas Arthur Rimbaud
Africainement dans l’entre-temps


Pour Pierre Titi, pour son action séminale en faveur
de la culture africaine
7 La muse de la meuse
AVANT-DIRE
Fernando d’Almeida, qui me reçut
chaleureusement à l’Université de Douala, n’est
pas seulement le poète le plus décisif, le plus
important du Cameroun, mais, s’appuyant sur
une vaste culture, laquelle n’ignore ni la
philosophie, ni les différentes voies explorées
par les sciences humaines, ni l’histoire littéraire,
un homme dont la pensée ne cesse d’interroger
et son art et le monde.
C’est que ce poète au lyrisme sûr, qui sut dès
ses premières œuvres faire siennes les leçons de
Rimbaud, de Senghor comme de Perse ou
d’Aimé Césaire, cet auteur exigeant, dont le
travail se développe en une large fresque
sensible – tout un univers, mythique certes, qui
brasse les éléments et les porte à leur point de
fusion, souveraine, charnelle-, conduit depuis
toujours une réflexion qui va s’approfondissant,
laquelle touche à la nature même de l’acte
poétique, au lieu d’où il émerge ainsi qu’à la
durée singulière dont il porte l’incandescent
témoignage.
9 La Muse de la Meuse
Auteur tumultueux, conscient de ses moyens
et maître justement, des flots qu’il délivre,
Fernando d’Almeida, l’excellence de ses cours
et travaux universitaires en fournissent la
preuve, ne se contente d’ailleurs pas d’être le
chantre accompli du volcan et du fleuve, de la
femme, des origines autant que des
énigmatiques destinées humaines.
Il cherche.
Traque les modalités du sens.
Interroge en chemin aussi bien le parcours
d’un Jacques Derrida, par exemple – ou de
Blanchot, de Bonnefoy, de Jacques
Rabemananjara, d’Edouard Glissant encore, ou
de Maunick, de Tchicaya U’Tamsi – que les
sources intimes de son propre travail.
En lui offrant la possibilité de développer sa
réflexion, ici, dans le cadre d’une résidence chez
Rimbaud, à Charleville-Mézières, les responsables
de cette belle cité ardennaise ont eu le privilège
d’accueillir avec cet homme de grand partage
l’une des voix les plus généreuses de notre
époque : d’elle, nous avons beaucoup à
apprendre.

Lionel Bourg (Saint-Etienne)
10 titre de votre ouvrage
INTROÏT
11 titre de votre ouvrage




Les aiguilles de l’horloge
S’exercent à plénifier
Le temps horaire
Sous l’égide délanguée du réel

En avant des marécages
Isomorphes sont les mots
En fusion avec les longitudes

Faites qu’en nommant la nuit
Qui nous porte vers la Méditerranée
Du côté élaboré du songe
Soumis aux suffixes des regards
L’ailleurs mette à sac l’instant
Que tanne la forme
Lorsque d’un estuaire du grégaire
La vie donne sans fin mesure
Au fumet du lyrisme incliné
Sur les versants de quels astres
Dont se veut l’escorte le poème
13 Fernando d'Almeida


Figée dans la nuit
Que provoque
Toute désintégration
L’heure nous destine
Aux miroirs animés
Quand se fait azur
L’écriture des constellations

Régente est la nuit couchée
Au pied du firmament
Où capitule
L’esprit de la routine

*« Au vif de tout départ »
L’instant épouse le large
Tandis qu’assis
Dans l’ascèse du départ
Un poète s’enivre d’altitude
Et consent à ne parler
Que de ce qui demeure altier

Douala, 02/06/2009 (23 h 55 mn)
Aéroport international
(Salle d’embarquement

* Italique pour André Velter.
14 La Muse de la Meuse



Au refuge des astres
L’ardeur des solitudes

En bandoulière
Le Temps trace
Une traînée de longitudes
Et salue l’ailleurs
Dont la déflagration
Fait le ciel glouglouter

Partir signifie fendre
Le bois des contradictions
Lorsque la vie
Porte son regard
Vers les utopies
Que resserre la langue du poème

Ici où s’orchestre
La diversité des possibles
L’écho du réel consent
À la disparité des regards
Quand s’alerte
La proximité de l’ailleurs

Casablanca,
03/06/2009


15 Fernando d'Almeida


Ce qui s’éloigne renvoie
À ce qui naît des détours

La matière gère
La trouée des mots
Dans la clarté rauque
Des nuages qui vont et viennent
Butiner à la toundra du ciel

Voici que nous hante
L’usure des choses
Tapies dans l’insoumission
De ce côté de la pagaille
Que s’approprie l’insolence

L’éraflement du réel
Accentue
La déportation des énigmes
Vers la Méditerranée
Avouée à l’esprit de la profondeur

Casablanca,
03/06/2009
16 titre de votre ouvrage
L’IMMORTALITÉ DE L’OUBLI
Pour François Massut
et Alain Tourneux


17 titre de votre ouvrage






« La Poésie est l’expression, par le langage
humain ramené à son rythme essentiel, du sens
mystérieux des aspects de l’existence : elle doue
ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la
seule tâche spirituelle. »

Mallarmé


« Loin du boisseau comme l’étoile,
luis toujours, inextinguible étincelle
L’infirme graine d’idée,
même tombée sur un roc ne meurt jamais

Patrice KAY0 (Paroles intimes)


19 titre de votre ouvrage




Plus fermée que l’anodin
Plus complexe également
La parole que contient le regard
Aux incises de l’imaginaire

Ce qui suscite le réel
Garde le vertige du probable
Aux lentes mais sûres fentes
Des choses que précarise la forme
Entre les tuiles des syllabes

Allégorique est le rien
Quand en toi se parfait
L’insensé dire du réel
Porteur d’absence illuminée
Aux fuseaux des contraires

Paris (Gare de l’est)
03/06/2009


21 Fernando d'Almeida


Le soir s’entend d’abord
Sur ce qui suppose
La rose des choses
Quand s’use
L’infini du quotidien

Le soir admet
Le silence des talus
Que ramène à nous
L’opulence des mots
En contrebas de l’éphémère

Depuis qu’il vente
Sous la pierre chaude des siècles
Les sentiers s’égrainent
Sur les bas-reliefs des songes

Ce qui est nous parle de tout
À distance intellectuelle
Ce qui est résulte
Du résidu des syllabes
Que gouverne
L’élan rimbaldien

Charleville,
07/06/2009


22 La Muse de la Meuse



Par là se reconstruit
La Meuse qui te soutient
En son attrait sauvage

Rien d’autre
Que l’ordre insensé
Des choses fugaces
Que nomme tout parage
Aux alpages du langage

Tout est sens débile
Quand s’enchante le vice
Qui nous environne
Dans la pénombre cristalline
De l’amour faisant entendre
Le galop des reins du Temps
23 Fernando d'Almeida




D’où vient que s’aride le réel
Dans la déflagration du lieu ?
Que l’inattendu soit ta devise
Toi qui déambules
Rendu à l’hypostase de l’ailleurs

(À jamais composite le lieu
Que sténographie toute chose
Sous la sépulture des raisons :
S’exerce alors le songe
Roulant au loin la vie retombée
Dans la splendeur du mauvais sang)

24 La Muse de la Meuse





Que maintenant et à jamais
Résonne en nous
La vie figée dans l’imprévu
Quand s’éclaire le lieu
Que fait lever l’épouvante

Tout lieu est lieu d’évasion
Lorsque la route proclame
La déraison des migrants
Qui vont et viennent
Tirer la langue à l’inconnu

Ce qui se dit ici
Naît de l’ainsi des choses
Que versifie au bout des sentes
Le vil si profondément féerique

Où tu es s’illumine l’étrange

Charleville (7, quai Arthur Rimbaud)
07/06/2009
Pour Jean-Christophe Husson
25 Fernando d'Almeida




Comment survivre à soi
Quand la nuit glousse en lambinant
En lâchant les brides des Destinées
Après la mise en terreau
De la lumière conjurant
Des reliefs de mots d’altitude


Il reste que nous allons calmes
En nous-mêmes chaque fois
Que la vie cesse de nous appartenir

Charleville, 05/06/2009
(dans un bistrot Le K rhum bar, en soulevant le
bruit d’un godet, en compagnie du calligraphe Jean-
Christophe Husson)

26 La Muse de la Meuse





À dire vrai
L’instant spatialise l’ailleurs
À l’approche de ce qui est

Quand reviendrons-nous à nous-mêmes
Redonner puissance de parole
À ce qui provient de l’improbable ?

Voici que se nomme ce qui s’oublie
Au large d’un vacarme séduisant

(Le K rhum bar)
27 Fernando d'Almeida




Et maintenant Rimbaud
Ahuri
D’être sans lien de parenté
Avec la vie
Traverse à pied la Meuse en ricanant

Il demande aux arbres
De ne plus loucher du côté
De l’absence en ce que
La mort demeure présence
Car courbé vers la vie
Le néant ricoche sur l’être

Non rien n’appartient à personne
Sinon le matin qui reste à parfaire
Avec les mots de l’oubli

(Le K rhum bar)


28 La Muse de la Meuse





L’averse revient vers le parc
Où se noue au dépaysement
La vie entortillée de méridiens

L’averse s’immobilise
Sous la détonation des rus

À pic dans la bohème
Les mots du même
Les mots en pente vont en strates
Redonner vigueur et sens
À la pensée en bandoulière


29 Fernando d'Almeida




Une ville rompue
À la semaison des déraisons
Conduit à l’inflation des narrations
Coulant en effigie l’ailleurs
Aux réseaux multiples des miroirs

Tout est désinence quand
Dans la vasque de la Meuse
La vie se perd à l’embouchure
Où les yeux bleus de Rimbaud
Irriguent l’adolescence vers
L’afflux des paysages à décomposer
À partir de cette exigence du rien
Que déporte vers l’univers le langage

Charleville , square de la gare
07/06/20009
30 La Muse de la Meuse



Le vide s’ébruite
À la tombée du soir

En face de la nuit
Qui naît
Du tumulte des ombres
Un poète quête
La proue des lisières

Chaque fusion des déchirures
S’éprouve
Au beau temps des analogies
Qu’infléchit le vieux monde

L’écho des possibles
Rend quinteux le jour
Quand s’enfle
La cacophonie du silence

À bout d’une détresse
La forme reprend aux pics
L’obsession d’une enfance
Quand recule vers l’été
L’éboulis d’un départ

(Square de la gare)
31 Fernando d'Almeida




Locataire de l’en-aller
Il y a qu’en se cambrant
Dans l’inaltérable ta pensée
S’avoue au devant du réel
Qu’implique l’imaginaire
Au seuil d’un matin de sarcasme

Dès que dévale l’entier réel
À chaque braconnage du langage
Les mots succombent
À l’hilarité de la foudre

Que désormais l’autre amont
Scande l’ordre du jour
Qu’il saborde l’instant
À la corne des regards
32 La Muse de la Meuse





(L’envers des paysages
Détermine
La scission plénière de l’ordinaire
Que transfigure l’herbe folle
À la factorerie des Destinées)

Au fond il n’est plus question
Que de grommeler
À la suite de toute parade sauvage

Charleville, sept juin Deux mille neuf
(La Maison Rimbaud - La Maison des Ailleurs)

33