La muse essentielle

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Pour Marie, âme passionnée et contemplative, le suc de l'existence se trouve dans les sens, les arts et la nature. Peu avant le passage au nouveau millénaire, la vie de Marie bascule, en proie à des doutes et à des questionnements. En quête d'identité, il lui faudra un an pour découvrir ce qui la hante, exorciser ses démons et effacer les souffrances de la trahison amoureuse. Douze mois pendant lesquels l'amitié, les rencontres, des retrouvailles lui feront comprendre que sa pulsion de vie supplante sa pulsion de mort. Quatre saisons pour devenir la "Muse essentielle" d'un nouvel amour et se reconstruire.
Publié le : samedi 18 juin 2011
Lecture(s) : 119
EAN13 : 9782748164800
Nombre de pages : 153
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La muse essentielle
Myriam Hanquet
La muse essentielle
Le Manuscrit www.manuscrit.com
© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-6481-4 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748164817 (livre numérique) ISBN : 2-7481-6480-6 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748164800 (livre imprimé)
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1. L'automne convient à Marie. Cette saison lui apparaît comme le flamboiement préalable au repos mystérieux de l'hiver durant lequel se préparent des enchantements que seuls les initiés, les contemplatifs et les poètes peuvent découvrir. Marie convient à l'automne; elle est elle-même en demi-teintes et balance entre déclin et renaissance. Marie porte tôt les tons de la saison. Elle s'entoure de rouge bordeaux pour être proche des vendanges, d'ocre jaune pour devenir feuilles, de marron pour rêver aux châtaignes. Elle aime la laine lourde comme si elle l'avait cueillie au dos du mouton. Elle s'enveloppe de châles, de ponchos, elle porte des jupes amples, de longs pulls ou des pantalons très étroits pour le plaisir de sentir son corps de trente-deux ans libre de toute entrave graisseuse. Elle apprécie les endroits chargés d'histoire ; les lieux habités d'âmes et d'atmosphères. Lorsqu'elle quitte sa maison de la campagne des bords de ville pour se rendre dans la cité, Marie choisit toujours le même café rutilant et sombre. Les petites fenêtres aux vitraux verdâtres donnent un reflet
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d'aquarium aux murs faussement chaulés et réjouissent Marie. D'inquiétantes et lourdes marionnettes à fil descendent des poutres. La préférée de Marie est un « chat botté » qui la fascine par son pouvoir onirique. Elle s'assied dans le coin le plus isolé, à l'abri des mouvements de la clientèle et des va-et-vient des garçons de café habillés à l'ancienne : pantalon et chemise noire enveloppés d'un long tablier blanc dont les attaches se ramènent sur le ventre, juste en dessous d'un immense portefeuille en maroquin brun où leurs doigts rapides font des allers-retours parmi une forêt de billets et de pièces. Elle en devine le nombre impressionnant par le bruit craquant du papier et celui cliquetant de la monnaie. Marie s'amuse à les voir traverser la salle. Ils vont du comptoir aux tables, agiles, le plateau tenu en hauteur au bout des quatre doigts et du pouce écarté. Pour alléger ses ischions meurtris par le bois dur du tabouret, Marie s'accoude à la table. Enivrée par l'odeur de cire qui se dégage, elle se détend en regardant les chopes en étain disposées de la plus petite à la plus grande, les reproductions de cartes marines en vieux parchemin. Les lampes à l'abat-jour blanchâtre lui rappellent la transparence des lunules de la monnaie du pape qu'elle cultive dans son jardin. Marie rêve dans un bruit confus de paroles qui ne s'adressent pas à elle, heureuse de se trouver là, caressée par la présence d’hommes et de femmes qu'elle ne connaît pas. Ses yeux balaient ce monde d'habitués et se posent sur un jeu de miroirs.
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