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La musique de Tabou
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Jo Moalic
La musique de Tabou
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00016-0 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304000160 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00017-7 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304000177 (livre numérique)
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. À Michèle, À Yann. « Le Guatemala n’existe pas. Je le sais : j’y ai vécu. » Georges Arnaud,Le salaire de la peur
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Il s’appelait Yvon. Yvon Kerys. Un nom fleurant bon la Bretagne. Normal : il y était né, comme ses ancêtres. Comme les miens aussi : nous avons vu le jour la même année, 1942, à quelques kilomètres de distance, sur une petite commune proche de Douarnenez. Moi, c’est Paul. Paul Kérinec. Enfants, nous étions inséparables et j’aime à me remémorer ce temps béni où nous allions par les sentiers, les pieds dans nos sabots de bois, pour gagner l’école. L’école des garçons, bien entendu ! Moi, je n’ai jamais quitté mon village : à peine ai-je effectué quelques petits voyages hors de la commune où je suis né. Il faut dire que j’y ai repris la ferme de mes parents. J’y pratiquais l’élevage et, les vaches, il faut les traire tous les jours ! Difficile, donc, de s’absenter, de partir se balader. Aujourd’hui que la retraite est là, je peux enfin disposer de mon temps. Pour autant, côté voyages, ça ne change pas grand-chose : je n’ai jamais eu le goût de bouger et me sens bien chez moi, entouré de mon épouse et de nos petits-enfants qui ensoleillent tous les jours que le bon Dieu fait. Je me sens un peu vieux, tout de même, surtout depuis la naissance de mon premier arrière-petit-fils.
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La musique de Tabou
Arrière-grand-père : je n’en reviens pas ! Le jour du baptême reste un sacré souvenir. Mon ami Yvon avait fait le voyage pour l’occasion. Je dois dire que j’ai d’autant plus apprécié sa venue que je sais qu’il ne se déplace que rarement. Il fallait un événement de cette importance pour qu’il se décide à quitter, pour quelques jours, sa petite maison de l’Oise où il vivait lui aussi sa retraite, parmi ses bouquins et ses disques. Mais, contrairement à moi, il y était seul. Yvon a toujours vécu en célibataire, non pas par vocation mais, comme il me l’avait avoué lorsque, à de très rares occasions, nous évoquions ce sujet, parce qu’il n’avait jamais rencontré le grand amour. Ses confidences les plus intimes l’avaient porté à me dire qu’il avait bien failli y croire à deux reprises mais… Je n’en ai pas su davantage : question sentiments, il faisait preuve d’une pudeur extrême, ce qui me convenait très bien : il me semble que nos âmes de Bretons n’aiment guère les épanchements. Si j’étais demeuré sédentaire de la plus belle espèce, Yvon avait, quant à lui, beaucoup voyagé. Après avoir décroché un diplôme d’ingénieur agronome, il s’en était allé en Afrique et avait fait carrière dans les plantations de palmiers à huile, en Côte d’Ivoire. Il y avait dirigé de très importantes et quand il me racontait ça, en parlant des milliers d’hectares dont il avait eu la responsabilité, ça me laissait rêveur. Sa vie de planteur, commencée dès sa sortie de l’école d’ingénieur, en 1965, s’était terminée brutalement dix ans plus tard. Ce fut une époque durant laquelle nos
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