La Noblesse du Cœur

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Maylis Noguère de Formont.. Un bien joli patronyme, parfois difficile à porter pour une jeune fille d'aujourd'hui. Maylis vit avec une mère exigeante qui se donne des allures de bourgeoise et un père qui se réfugie dans le silence. Une lettre arrivée d'un village landais les invite au centenaire de M. de Formont, arrière-grand-père de Maylis. Comment ? Elle le croyait mort ! À travers Éliette, sa grand-mère originale et dynamique, la jeune fille fait la découverte de sa famille jusqu'à trouver parmi ses ancêtres un personnage fort marquant de l'histoire. Porter un nom ne prouve pas que dans nos veines coule le fameux sang bleu. Maylis apprendra que la vraie noblesse n'est pas celle du nom, mais bien celle du cœur.


L'auteur : Madeleine Mansiet-Berthaud a su s'imprégner des atmosphères et des paysages de son enfance afin de transporter le lecteur au fil de son imagination. Mais c'est surtout la grande Histoire qui lui offre des sujets et des personnages qu'elle se plaît à incarner avec un véritable souffle romanesque. Elle publie ici son quatrième roman aux éditions de Borée.
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782812914300
Nombre de pages : 217
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Madeleine Mansiet-Berthauda su s’imprégner des atmosphères et des paysages de son enfance afin de transporter le lecteur au fil de son imagination. Mais c’est surtout la grande Histoire qui lui offre des sujets et des personnages qu’elle se plaît à incarner avec un véritable souffle romanesque. Elle publie ici son quatrième roman aux éditions de Borée.

LA NOBLESSE DU COEUR

Du même auteur

Aux éditions De Borée

L’Enfant des deux rives, Terre de poche

Mademoiselle dite Coco, Terres de femmes

Scandaleuse Alexandrine, Terres de femmes

Autres éditeurs

Au clair de la dune

Déclaré fils d’inconnu

De sable et d’eau

L’Or des pins

La Châtelaine en sabots

Le Chagrin des souvenirs

Le Roman des cagots d’Aquitaine

Les Amoureux de la Saint-Jean

Les Berceaux abandonnés

Les Plus Belles Légendes de France

Une famille de bateliers

Une fille de plâtre

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© img, 2014

MADELEINE MANSIET-BERTHAUD

LA NOBLESSE
DU COEUR

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I

L’invitation

MAIS ENFIN, pourquoi vouloir te marier ? Ça ne se fait plus ! 

À dix-sept ans, ne crois-tu pas que tu as le temps ? 

– Tu avais cet âge-là quand tu as épousé papa. 

– L’époque était différente.

 – C’est ce que disent tous les parents. Vous tenez tous le même discours. J’aime Olivier et nous voulons vivre ensemble.

 – Je comprends et j’accepte. Ton père n’y met pas non plus d’opposition. Mais pourquoi t’engager alors que tu es si jeune ?

 C’est de la folie !

– Dans moins de un an, je n’aurai plus besoin de votre consentement. Je serai majeure !

– On l’est quand on gagne sa vie. Tu n’en es pas encore à ce stade. Et puis on ne peut pas mener à bien des études en vivant en couple. Tu vas tout gâcher.

– À cause de toi. Rien de ce que je veux faire ne te convient.

Même le métier que j’ai choisi.

– Ce n’est pas un travail pour une femme.

– Tu es pourtant la première à admirer les journalistes à la télévision.

– Tout le monde ne devient pas une speakerine célèbre. Pour accéder à ce niveau, il faut avoir de l’envergure. Et des relations ! Et accepter de croupir longtemps dans la rubrique des « chiens écrasés ».

– Tu me préfères à la niche plutôt qu’en reportage à l’étran- ger. Tu refuses de comprendre ce que l’écriture représente pour moi: une passion, une vocation qui deviendra un moyen d’existence.

– Inutile de prendre des risques pour les réaliser. Tu n’as qu’à t’inscrire à la fac de lettres.

– Ah oui ! Pour être prof. Ton rêve. M’user à lire la prose de petits branleurs en mal d’inspiration ! Merci.

Maylis sortit en claquant la porte. Une fois de plus, elle venait de se heurter à sa mère. Depuis près de un an, elles reprenaient la même discussion qui ne les menait à aucune conclusion. Sauf à cette navrante constatation qu’elles ne pouvaient plus se supporter. Pourtant, elle aimait sa mère. Celle-ci s’obstinant à la contrer dans ses choix de vie, la jeune fille regimbait d’autant plus violemment qu’elle estimait trop sage l’avenir qu’on lui projetait et qui ne correspondait pas à ses aspirations.


Il s’agissait de sa propre vie ! Et dire qu’elle devait se battre pour défendre ses idées, arracher la permission d’embrasser une carrière, certes pas facile et peut-être encombrée, mais quelle voie ne l’était pas aujourd’hui ? Elle ne se voyait pas exercer une profession qu’elle n’aimerait pas, tout comme épouser un garçon pour qui elle n’éprouverait pas un sentiment dévorant. « La passion n’est qu’un feu de paille. Tu ignores ce qu’est l’amour », affirmait sa mère, tandis que son père se tassait dans son fauteuil.

N’avait-elle jamais été jeune et amoureuse ?

Cette nouvelle scène l’ayant épuisée, Maylis s’enferma dans sa chambre pour fulminer en solitaire. Et en paix. Tout lui paraissait trop étroit dans sa vie, à commencer par cet appartement dans lequel elle s’étiolait. Il l’étriquait, la réduisait à des dimensions mesquines. Elle n’en pouvait plus de freiner ses enthousiasmes. Elle avait besoin d’air, d’espace, de lumière et de liberté ! Ses rêves étaient grandioses. Ceux qu’elle faisait durant la nuit repoussaient les murs de ce qu’elle appelait sa cage. Les réveils s’en trouvaient d’autant plus douloureux. Reprendre pied dans le réel lui donnait parfois la nausée.


Quand on a de l’ambition, il est difficile de s’accommoder d’un quotidien médiocre. Difficile et frustrant. À tant l’aimer, ses parents la rendaient malheureuse. Sa mère surtout, perpétuellement inquiète de ses moindres déplacements. Elle la soupçonnait même de posséder le don de s’immiscer dans ses pensées. C’en était effarant.

Bientôt, elle passerait les épreuves du baccalauréat et cela les rendait nerveux tous les trois. La jeune fille arrivait à une étape importante de sa vie et ce qu’elle ferait plus tard dépendrait de la direction qu’elle prendrait à la prochaine rentrée.

Le téléphone sonna. Elle entendit sa mère qui répondait :

– Oui, elle est là. Ne quittez pas, je vous la passe.

Olivier ! Ce ne pouvait être que lui. En effet. Il lui donna rendez-vous au « Crayon », cette tour à l’architecture audacieuse plantée à la Part-Dieu, centre des affaires, et qui dressait sa pointe taillée comme la mine d’un crayon sur le ciel lyonnais.

Elle ramassa son sac, embrassa distraitement sa mère qui lui recommanda :

– Ne rentre pas trop tard.

Elle ne répondit pas. Jusqu’à quel âge devrait-elle rendre des comptes ? Jusqu’à quand la considérerait-on comme une petite fille ? À trop la couver, ses parents n’obtiendraient que l’effet contraire. Elle quitterait le nid douillet pour voler seule. Qu’avait-elle à apprendre de leurs expériences passées? Depuis le temps de leur jeunesse, le monde avait changé. Ne pouvaient-ils le comprendre ? Son père la regarda sortir en laissant tomber un laconique « Bonsoir ma fille », qui contenait toute sa désapprobation silencieuse.

Olivier l’attendait. Ils se promenèrent un moment, puis il l’invita à dîner dans un « bouchon », un de ces restaurants typiques de Lyon qui servaient une cuisine gastronomique simple, de celle que les natifs consommaient quotidiennement. Après le saucisson chaud qu’accompagnaient des pommes de terre persillées – ce plat du pauvre conservait ses fervents adeptes ; il est vrai que le saucisson frais cuit à petit bouillon dans l’eau et servi avec du beurre baratté constituait un régal –, ils vidèrent le plat et terminèrent ce repas du soir par un sorbet.

– Alors, qu’est-ce que tu as décidé de faire après le bac ? demanda Olivier.

– D’abord, il faut le décrocher.

– Pour toi, ce sera une formalité.

– C’est ton point de vue.

– Si tu t’inscrivais en fac de droit ?

– Tu ne vas pas faire comme mes vieux !

– C’était pour te taquiner.

– Ce n’est pas drôle.

Olivier était un étudiant sérieux, brillant, promis à un bel avenir. Il appartenait à un milieu bourgeois, ce qui faciliterait grandement ses débuts dans la carrière d’avocat qu’il se préparait à embrasser. Amoureux de Maylis, il ne concevait pas l’union libre. Sa famille tenait aux usages et lui en avait inculqué les règles. Que penseraient leurs relations s’il vivait en concubinage ? On l’accuserait de se désolidariser de son monde, de le renier. Ce qui reviendrait à perdre d’avance une riche clientèle. Du moins était-ce ce qui ressortait des propos tenus par les parents du jeune homme tout prêts à accepter Maylis dans leur cercle, mais avec la bague au doigt. Elle avait un nom et, même si l’on n’en connaissait pas l’origine, la jeune fille se distinguait néanmoins du commun des mortels par cette particule. D’ailleurs, la noblesse ne tenait pas seulement dans son patronyme. Elle émanait de toute sa personne. Et c’est précisément ce titre qui faisait obstacle à leur cher projet. Mme Noguère de Formont ne manquait pas une occasion de rappeler à sa fille que le mariage lui ferait perdre définitivement l’avantage de son nom que plusieurs générations avant elle avaient su porter et transmettre. Un nom qui n’était pas le sien, mais celui de son mari, dont elle se faisait une gloire, une auréole. Dans ses moments de hargne contre sa mère, Maylis se demandait si celle-ci ne s’était pas mariée pour le titre. Et que représentait une particule? Bel héritage qu’un nom s’il ne brille sur aucun domaine, si aucun blason n’est gravé sur la pierre d’un château pour symboliser l’appartenance à une lignée d’ancêtres. À quoi sert-il sans la fortune? En l’occurrence, il pourrait lui permettre, à elle, d’entrer dans une de ces familles lyonnaises qui détenaient l’argent et un certain pouvoir. Encore y laisserait-elle ce legs précieux qu’elle ne pourrait plus transmettre à sa descendance. Ce que l’on attendait d’elle, c’est un héritier direct afin que ne se perde pas le seul bien estimable et estimé des siens. Ce patrimoine qui les rendait si fiers, elle le portait comme une espèce de fardeau. Tout juste si, dans le milieu estudiantin, on ne se moquait pas. Elle devinait même l’ironie de certains professeurs qui l’appelaient mademoiselle de Formont, ou tout simplement mademoiselle de… en insistant bien sur cette particule nobiliaire. Elle se sentait rougir de honte. Seul le mariage l’en délivrerait. Cependant, elle ne se sentait pas prête à cet engagement. Évidemment qu’elle était trop jeune! Était-ce une raison pour s’opposer à son projet ?

Elle soupira. Partir ! Dès qu’elle en aurait terminé avec les épreuves du bac, elle partirait camper avec une amie. Ses parents ne lui refuseraient pas ce dépaysement. Loin de son univers familier, elle réfléchirait. Elle pourrait même travailler pendant une année avant de reprendre ses études. Ça, c’était une bonne idée ! Une idée qu’elle aurait du mal à faire accepter.

C’est dans ce climat de flottement qu’elle révisait les matières apprises durant l’année. Elle y mettait d’autant plus d’acharnement qu’il lui restait à arracher l’autorisation de suspendre ses chères études. Et ce n’était pas gagné. D’avance elle imaginait les éclats de voix de sa mère, ses récriminations, ses gémissements, ses invocations au bon Dieu auquel elle ne croyait pas : que lui avait-elle fait pour mériter ça ? Et le silence de son père qui se cramponnerait aux bras de son voltaire, ainsi qu’à l’habitude, comme pour s’interdire toute explosion verbale inutile et déplacée. Une fois de plus, il s’enfoncerait dans le moelleux du velours de Gênes et celui d’une passivité que l’on pouvait interpréter pour de la démission ou de l’indifférence. Cette attitude arrangeait bien les affaires de la jeune fille. Combien de fois n’avait-il pas plaidé en sa faveur, uniquement par manque de prise de position face à l’indignation outrancière de sa femme que son indolence exaspérait. Un jour, elle lui avait crié : « On dirait que tu t’en désintéresses ! Comme si elle n’était pas ta fille ! » Maylis l’avait vu blêmir. Après le premier mouvement de colère suivaient les lamentations. Puis, devant le flegme imperturbable qu’affectait son époux, Odile se calmait. Elle admettait ensuite qu’elle s’emportait pour peu de chose. Il était légitime qu’une fille de dix-sept ans affirmât sa personnalité. Que cette crise d’adolescence qui les opposait était donc longue et douloureuse ! Elle en arrivait parfois à souhaiter que Maylis quitte le foyer pour aller vivre ailleurs. Aussitôt après, se sentant coupable, elle se repentait mentalement de ses pensées mauvaises, s’accusant d’être une mère indigne, dénaturée. Ne devait-elle pas tout accepter de cette fille qu’elle avait tellement désirée ? « Les enfants ne devraient pas grandir », se disait-elle en la voyant devenir chaque jour un peu plus femme. 


Quand une enveloppe oblitérée dans un village des Landes arriva à l’appartement de la rue Crillon, Maylis ne se doutait pas qu’elle allait bouleverser sa vie. La lettre venait de cette grand-mère paternelle qu’elle n’avait pas vue depuis plus de dix ans. Pourtant, les Landes, ce n’était pas le bout du monde! Eh bien si ! C’est du moins l’excuse que donnait sa mère afin de se soustraire à des vacances dans le pays de sa bellefamille : « Un pays de sauvages où l’on ne trouve rien. » Chaque fois que son père suggérait l’idée d’un séjour dans son village natal, sa mère se récriait :

– Traverser la France pour aller s’enterrer dans un bled éloigné de tout, alors que nous avons la Méditerranée à moins de trois heures de route ? C’est de la folie ! Si encore ta mère était malade! Est-ce qu’elle te réclame ? Est-ce qu’elle se plaint seulement de ne pas nous voir ?

– Elle n’ose peut-être pas nous en faire le reproche.

– La vérité, c’est que nous ne lui avons jamais manqué. Elle a bien trop d’occupations pour penser à nous. Elle m’en a toujours voulu de t’avoir déraciné. Tu ne peux pas dire le contraire.

– Elle a dû souffrir de me voir partir, surtout si loin.

– Ça, je peux le comprendre. Alors, que dit-elle dans cette lettre ?

M. Noguère de Formont parcourut la missive qui lui était adressée. Un sourire éclaira son visage. Celui de son épouse prit un air inquiet. Et si, lasse de ne recevoir aucune visite, sa belle-mère écrivait pour annoncer la sienne ? Un instant elle l’imagina, débarquant sur le quai de la gare, arpentant les rues de cette ville qu’elle découvrait et s’installant dans leur appartement! Elle croyait entendre ses exclamations. Non, elle ne le ferait pas. Elle appartenait à un monde différent du leur et elle le savait. Elle serait si mal à l’aise dans cette grande ville étrangère !

Bernard regarda sa femme.

– Tu ne devineras jamais!

– Qu’est-ce qui arrive ? Pas ta mère, j’espère…

– Elle nous invite pour fêter le centenaire de son père. Je ne le savais pas aussi vieux. Comme le temps passe!

– Cent ans ? Mon arrière-grand-père a cent ans ! s’exclama Maylis. C’est un événement à ne pas manquer.

– En effet, cette fois, nous ne pouvons pas nous dérober. Odile opina :

– Surtout que nous ne sommes pas obligés d’y rester tout le temps des vacances.

Bernard s’agita dans son voltaire.

– Je serai heureux de revoir mon grand-père. J’espère qu’il me reconnaîtra. Il paraît que sa tête et ses jambes fonctionnent encore bien.

– Ce sera d’autant plus agréable, souligna sa femme.

– Tu serais donc d’accord pour que nous y allions ?

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