la nuit d'adrien

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Adrien se r�veille encore ivre de la veille. Son appartement est en piteux �tat et il ne tient gu�re � s'y attarder. Par d�pit, il s'en va sillonner les rues de Paris sans but autre que de passer une nouvelle nuit d'ivresse. D�sabus�, le monde qui l'entoure ne provoque en lui que profond d�go�t et indignation. Mais cette nuit-l� n'aura rien de commun avec les pr�c�dentes. Au travers de rencontres extraordinaires, celles d'un vieil homme myst�rieux et fascinant qui va le guider dans sa qu�te de v�rit� et d'un gitan,ressemblant à un ange gardien, il va d�couvrir un nouveau sens à sa vie
Publié le : jeudi 6 novembre 2008
Lecture(s) : 154
EAN13 : 9782304009040
Nombre de pages : 225
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2 Titre
La nuit d'Adrien

3Titre
Gabriel Doublet
La nuit d'Adrien

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00904-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304009040 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00905-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304009057 (livre numérique)

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Lorsqu’Adrien se décide à sortir de ses nuits
sans rêves, c’est dans l’éternelle obscurité de
son appartement qu’il s’éveille. Saisi alors d’une
légère panique, ayant perdu toute référence au
temps, son regard s’accroche désespérément à
la petite montre digitale de sa chaîne stéréo.
Lorsqu’il s’aperçoit qu’il est déjà seize heures,
un long soupir traverse la pièce, comme s’il
pouvait y avoir quelconque importance que
cette journée soit perdue.
D’un geste maladroit, il allume sa lampe de
chevet et constate avec lassitude le capharnaüm
environnant.
Il lui sera impossible, aujourd’hui encore, de
poser la première pierre d’un quelconque ave-
nir.
« C’est fichu », lâche t-il, non sans une cer-
taine malice.
Emergeant du néant à ce moment-ci, la vie se
montre plus légère. Les journées de travail
s’achèvent, nul n’est joignable. Il n’est plus ni
statuts, ni fonctions. Le temps imparti aux
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créanciers, aux administratifs, aux besogneux
larmoyants est révolu. Nul besoin d’apitoyer ou
de jouer la comédie.
Le sommeil, lorsqu’il se produit à ces heures
indues se montre particulièrement assommant ;
Adrien reprend conscience dans un mal de
crâne lancinant, le cerveau noyé par les frasques
de la veille et ces heures de soit-disant repos.
Rien n’est donc grave. Un état qui rend la vie
douceâtre et sans appel.

Encore affublé des habits de la soirée der-
nière, Adrien se dirige vers la cuisine, transporté
par toute la rage de vivre d’une limace,
s’agrippant aux murs du minuscule couloir.
Il jette un œil vers l’évier, véritable débauche
de vaisselle entassée, attendant sans trop
d’espoir des jours meilleurs. Une tasse obtient
pourtant l’immense privilège d’être rincée.
C’est peut-être qu’elle a su l’émouvoir, gisant
pitoyablement dans l’huile du thon qu’il avait
englouti hier en rentrant. Il l’avait d’ailleurs mé-
langé à une épaisse mayonnaise, généreusement
étalée dans une demi-baguette un peu sèche. Le
tout fut consommé bruyamment sur son lit,
pendant la lecture d’une bande dessinée, telle-
ment adaptée à ces retours de beuveries hasar-
deux, accompagnant à merveille ces prises de
nourriture de la dernière chance, lorsque la tête
tourne trop et que l’estomac aimerait à se dé-
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barrasser de toutes les saletés qu’il a été
contraint d’avaler.
Adrien éprouve toujours une forme de
honte, lorsqu’il remarque les restes de ces repas
grossiers, qu’il les compare à ce qu’il a dégusté
plus avant dans la soirée. Car il ne dîne bien
souvent que dans de bons restaurants, accom-
pagnant sans gloire des amies qui l’émoustillent
gentiment.
Il se délecte de ces mets raffinés, si délicate-
ment présentés. Et sempiternellement car il boit
trop, il gâche ces merveilles gastronomiques
avec des produits de supermarché à la qualité
douteuse. Néanmoins, cela lui procure un plai-
sir vrai. Dans une même journée, parvenir à
s’enivrer de la sorte de saveurs exceptionnelles,
que l’on saura délibérément insulter en
s’empiffrant de denrées à peine dotées de goût,
lui est assez amusant.
C’est une joie de savourer lentement, en
contrôlant ses gestes, sa bouche, afin qu’ils fas-
sent honneur à une cuisine de maître, c’en est
une autre que de se gaver et de mastiquer
comme un chien affamé, de sentir son estomac
se remplir jusqu’à en avoir mal.
Il agit de la même manière avec le vin. Hier
soir, il s’ était régalé d’un vin corse, un Patrimo-
nio, un nectar charnu aux senteurs subtiles, puis,
après le cérémonial du restaurant, n’avait eu de
cesse de flatter un patron de café sur les mérites
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de son Côtes du Rhône infect, glacé, d’une in-
concevable vulgarité.
Adrien se réjouit du beau, du bon, comme du
médiocre, mais cette apparente ouverture
d’esprit n’est possible que si ces expériences
sont concomitamment menées. Surtout, tout
cela est une histoire de lieu. Il lui serait inimagi-
nable de ne pas commander un grand vin au
restaurant et lui paraîtrait ridicule de boire autre
chose qu’une piquette au comptoir d’un bistrot.
C’est, plus généralement, un refus du luxe
matiné d’une irritation face à la grossièreté, à tel
point qu’il lui est difficile de choisir vraiment
son camp.
Adrien fait couler l’eau du robinet jusqu’à ce
qu’elle devienne tiède, remplit sa tasse et y jette
un sachet de café en poudre qui traînait sur le
frigidaire. Il avale le tout en grimaçant, comme
s’il prenait un médicament, et repose délicate-
ment l’objet où il l’avait pris.
Il s’observe un instant dans la glace, fixant
ses cheveux ébouriffés, dont on ne sait s’ils sont
la coiffe d’un type farouchement contemporain,
ou d’un sale et négligé. D’ailleurs, quand ses
cheveux sont crasseux, d’apparence grasse, il
prétend l’utilisation d’un gel italien spécial, qui
respecte et nourrit le cuir chevelu.
Adrien saisit son flacon de parfum, qu’il ré-
pand abondamment sur ses vêtements, afin de
ne pas avoir à se doucher. Il se lave assez rare-
12 La nuit d'Adrien
ment, la nature ne l’a pas affublé d’odeurs trop
fortes ; d’autre part il redoute sa salle d’eau,
l’évite comme la peste, tant il lui est désagréable
de subir les bruits de plomberie épuisée, les car-
relages manquants en dessous du bac, desquels
pourraient s’échapper toute sorte d’infâmes
animaux, et ces serviettes jamais sèches qui le
glacent.
Il n’aime pas, de façon générale, son appar-
tement. Trop sombre, trop petit, mais il avait
bien fallut trouver quelque chose. Il se sent ici
comme vivant dans un garde meuble. Mais cela
n’a finalement que peu d’importance, il n’y est
pour ainsi dire jamais. Il y dort généralement du
petit matin à l’après midi, et ne parvient à y ren-
trer que lorsque l’alcool a fait le nécessaire.
Adrien saisit son trousseau de clef, abandon-
né sur le bureau. Il sort de la pièce en plissant
les yeux. Le soleil est ardent, aujourd’hui, ce qui
n’est pas sans lui déplaire. Il glisse la clef dans la
serrure, la tourne lentement deux fois et s’en va,
d’un pas nonchalant, traversant le hall d’entrée
de son immeuble.
Lorsque la porte cochère embrasse la rue, il
s’émerveille de la vie qui jaillit devant lui et qu’il
ne soupçonnait déjà plus, après ces heures de
rien.
Adrien fouille ses poches, desquelles il ne
parvient à extraire que quelques cents d’Euros.
Sans doute la plus extrême difficulté de la jour-
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née, son découvert atteignant des fossés abys-
saux.
Il dispose d’une carte de crédit VISA, qui lui
proscrit le retrait de 10 Euros au distributeur,
mais qui l’autorise cependant à en dépenser plus
de 1000 dans les magasins. « Ce qui est extraor-
dinairement bien fait », pense Adrien.
Comme il lui faut du liquide, il se met en
marche vers son tabac attitré, deux rues plus
bas. Il fait vraiment beau aujourd’hui, Pigalle est
rayonnante. Dans la rue, il assiste à un défilé
permanent de personnages fantasques, mal-
sains, et touchants.
Un clochard, vautré sur le trottoir, le fixe
sans dire mot. Parmi un amoncellement de sacs
en plastique et de détritus, on ne devine plus
qui est le déchet et qui est l’humain. Adrien ne
baisse pas les yeux, passe son chemin.
Il arrive enfin à proximité de son établisse-
ment. Une queue impressionnante de fumeurs
et de turfistes donne des airs d’ANPE au
commerce. Adrien attend patiemment son tour,
évitant de croiser le regard grégaire d’un poivrot
qui mâche des borborygmes gras. Ses yeux
s’échappent parfois sur les jambes fraîches
d’une jeune fille au faciès antipathique, comme
dans les magazines. Il fuit son visage quand elle
remarque son intérêt pour elle, il ne voudrait
surtout pas qu’elle puisse s’imaginer un instant
qu’elle est belle.
14 La nuit d'Adrien
Dans un silence pétri d’efficacité, le vendeur
lui tend pour 100 Euros de tickets de le Fran-
çaise des Jeux, qu’Adrien obtient à l’aide de sa
carte bleue, s’offrant un florilège de ce qui se
fait de mieux. Il reçoit des Black Jack, des Mil-
lionnaire, des Banco, des Astro, se demande au
passage quel est le grand benêt qui déniche ces
noms ridicules. Cela rend son achat un peu
honteux. Adrien à l’impression d’être devenu
un de ces types qui claquent leur RMI fraîche-
ment reçu, le restituant immédiatement à l’Etat,
abandonnant leur journée au bistrot, devant
cette nouvelle forme de jeu qu’est le Rapido,
sorte de Loto permanent, qui visse et suce les
désespérés au comptoir de leur déchéance.
Il s’assoit lourdement dans un coin de la salle
d’où il peut contempler tout son monde, com-
mande un café qui arrive trop chaud, trop amer,
comme d’habitude. Il commence à gratter son
trésor, s’allume une cigarette, très rêche, une
Dunhill rouge. Elle lui fait un mal de chien à la
gorge, mais il la sent, au moins. Il n’achète
d’ailleurs cette marque que parce que le paquet
est beau, d’un bordeaux très sombre que relève
une écriture dorée.
Adrien gratte laborieusement les cases, sui-
vant avec peine les mises en scènes grotesques
importées du casino, des petits chevaux, du jeu
de l’oie.
15 La nuit d'Adrien
Malgré cela, Adrien est surpris de cumuler,
au terme de ses grattages, la coquette somme de
37 Euros, ce qui ne représente qu’une perte sè-
che de 63 Euros, auxquels il faut ajouter les
8 Euros 69 Cents de frais bancaires de dépas-
sement de découvert.
Adrien dispose donc de 37 Euros pour me-
ner à bien sa soirée et sa nuit, sans compter que
sa carte bancaire pourra lui servir s’il passe
quelques commandes dans des établissements
hors de prix.
Adrien est extrêmement satisfait de ce résul-
tat.
Avalant le fond de sa tasse d’un geste déter-
miné, il se lève brusquement et sort de cet en-
droit qu’il ne supporte subitement plus. Il se
met à présent en quête de nourriture, la rue Le-
pic, à deux pas d’ici, saura lui offrir de quoi se
rassasier ; elle regorge d’estaminets gourmands,
de petits épiciers aux devantures rétros et four-
nies, très prisés par de vielles dames aux caddies
débordants, qui l’arpentent de bas en haut avec
la fougue de leur jeunesse.
Adrien découvre un boulevard de Clichy blo-
qué, la circulation y étant déjà catastrophique.
Les cars de touristes cherchent à s’y garer,
tourmentés par des essaims de coursiers furi-
bonds, hurlant des grossièretés à tout va.
Adrien s’amuse des regards enjoués des teutons
excités par le spectacle aux seins nus du soir,
16 La nuit d'Adrien
qui saura leur donner leur conception du Paris
éternel, de ce zig-zig mademoiselle naïf et bienveil-
lant. Adrien ressent une forme de bonheur, par-
fois, à se laisser emplir de la joie toute simple de
ces voyageurs bon enfants, qui s’émerveillent
pour les parisiens de leur propre ville.
Il traverse le grand axe surchargé en retenant
son souffle, jouant les toreros endurcis, défiant
vigoureusement les véhicules qu’il contraint à
l’arrêt.
Dès que le boulevard de Clichy est passé, Pi-
galle n’est plus qu’un vieux souvenir, Montmartre
change immédiatement le rapport au temps.
Tout y est plus lent, sensuel. Pigalle est chaoti-
que, grouillante, sale, c’est un monde échoué,
un débarras des rebus de la ville où viennent
s’encanailler et se perdre les courageux et les
inconscients. Il n’est pas un jour ou Adrien ne
se lamente et ne soupire « J’en ai assez de cette
merde », et pas une nuit où il n’ait les larmes
aux yeux, ému par l’enivrant spectacle de cette
vie débordante et irraisonnée.
A côté de cette folie, Montmartre est un gentil
petit village où il fait bon souffler, parfois. A
deux pas l’une de l’autre, Montmartre et Pigalle se
toisent, s’évitent.
Adrien joue donc les transfuges, les traîtres.
Mais Pigalle lui pardonne ces écarts infidèles.
C’est la condition de son amour pour elle. Il lui
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faut la quitter, tous les jours, pour pouvoir
vraiment l’aimer.
La rue Lepic ouvre enfin ses bras à Adrien. A
peine sur son sol, il respire et se détend. Une
parenthèse heureuse et futile, nécessaire.
Ragaillardi par cette apparente jovialité, il se
dirige avec empressement vers son bistrot de
17 heures, se laissant exalté par la décontraction
des filles qu’il croise.
Il entre dans le petit bar-tabac en saluant la
tenancière, assise mollement derrière son comp-
toir. Il s’installe à une petite table usée, criblée
de noms gravés au couteau. Le serveur lui lance
un violent bonjour, empreint d’une incroyable
bonne humeur, le regarde un instant, acquiesce
des yeux et s’en va lui préparer sa commande
habituelle.
Adrien s’emplit du brouhaha ambiant,
s’inquiète encore de tout ce qu’il n’a pas encore
fait aujourd’hui, et oublie ces lamentables soucis
lorsqu’une assiette vient se poser sous son nez,
accompagné d’un petit café.
Il saisit le sandwich enrobé dans une serviette
en papier blanche, et croque à pleine dent, fer-
mant les yeux.
Un simple sec-beurre. C’est une merveille. La
petite honte d’Adrien, pourtant. Il n’aime pas
entendre parler de saucisse et de cochonnaille,
surtout lorsqu’une femme ose proférer de telles
vulgarités. Il s’était une fois terriblement em-
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porté contre une sotte qui s’amusait, connais-
sant sa névrose, à lui énumérer tout ce que l’on
pouvait déguster dans un porc. Alors conscient
de son vice, il s’en va goûter seul ce genre de
mets, afin que personne ne puisse le lui repro-
cher, et que cela ne suscite aucune insoutenable
discussion. La charcuterie est pour lui un plaisir
solitaire, non partageable. C’est un onanisme
gustatif, qu’il convient de cacher aux autres,
particulièrement aux femmes.
Adrien ponctue chaque bouchée par une
gorgée de café, et se désespère de voir son
coupe-faim disparaître de la sorte. Une fois que
toutes ces petites choses se terminent, il tire une
cigarette de son paquet, l’allume comme un en-
cens honorant un moment agréable.
C’est à cet instant précis, lorsqu’Adrien est
repus, muni de cigarettes, d’argent liquide, qu’il
sort de sa torpeur, que tout se détraque dans
son esprit, que ses rêves et ses angoisses
s’entremêlent jusqu’à l’illisibilité, et que bruta-
lement, le monde se déchire.
Quelque chose de froid le traverse, un vertige
infini qui l’éprend violemment, le fige comme
une statue horrifiée.
Adrien s’agrippe aux êtres qui l’entourent,
aux couleurs et aux choses, mais un bruit sourd,
grave, d’une inouïe puissance se rappelle à lui,
s’approchant comme l’écho d’un orage qui
vient tout dévaster.
19 La nuit d'Adrien
Il est seul au milieu des autres.
Soudainement, laissant tinter les pièces de
monnaie sur la table, il se dresse et s’enfuit.
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Adrien se ressaisit, emplit des autres qui gra-
vitent dans la rue. Le spectacle puissant de la vie
le tire de ses angoisses, sa respiration s’apaise
peu à peu, il reprend son souffle et le contrôle
de ses émotions.
Il décide donc, pour célébrer cela, d’aller si-
roter un apéritif dans un bar, plus haut. Une lé-
gère brise caresse son crâne, tourbillonne len-
tement autour de lui, avant que de disparaître, le
rassurant, le réconfortant, et le laissant là,
comme un enfant à présent tiré d’affaire.
Il passe près d’un bazar tenu par des pakista-
nais, à la servilité gênante. Il se rappelle le cé-
rémonial qu’il avait du subir en y achetant une
multiprise, que ceux ci avaient du chercher des
heures dans la petite boutique bondée. Trois
hommes s’étaient activés, venant le rassurer
toutes les minutes, détaillant l’avancée de leur
quête et se confondant en excuses face à la len-
teur du service.
Adrien n’avait pas été agacé par le temps
perdu, mais plutôt par les regards menaçants,
21 La nuit d'Adrien
lancés par le petit patron aigri à ses employés
terrifiés, rabougri derrière sa caisse. Il avait en-
vie, ce jour là, de dire à ce minable tout le mal
qu’il pensait de lui. Mais la lâcheté lui susurra à
l’oreille d’éviter les scandales trop faciles. Les
indignations, lorsqu’elles sont trop évidentes, en
deviennent presque vulgaires.
Dans la rue des Abbesses, Adrien croise
d’impénétrables starlettes qu’accompagnent des
chippendales souriants. Il tente de ne jamais croi-
ser leurs yeux, tant il lui est odieux de donner
l’impression d’avoir été attiré, admirablement
saisi. Il se fait plus snob qu’eux encore, se his-
sant aux sommets de l’inaccessibilité. Ils sont
agaçants, c’est vrai, mais au moins sont-ils à peu
près beaux, d’agréables éléments de décors, qu’il
suffit de considérer comme tel.
Il n’y a encore une fois pas lieu de s’indigner,
il suffit d’esquiver, c’est tout. Adrien s’irrite
bien trop des discours pseudo-humanistes dé-
sespérés, qui nous rappelle combien il est bon
de sourire, d’écouter les autres, comme il est fu-
tile d’être futile, comme il est superficiel d’être
superficiel. La consensualité Amélie poulain le fait
vomir. Ces bons sentiments qui prétendent
nous réapprendre à vivre et à aimer ne témoi-
gnent que de notre déchéance, ils nous assènent
les leçons médiocres d’un prêt à savoir-vivre
tout empaqueté dans des immondices de naïve-
té. C’est aussi consternant que ces vieux qui
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