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La nuit en plein jour
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Jean-Pierre Méneroud
La nuit en plein jour
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9832-8 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748198324 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9833-6 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748198331 (livre numérique)
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Comme tous les matins, Léopold se dirigeait vers l’arrêt du bus. Il s’arrêta sur le trottoir, devant le poteau de la station où deux autres habitués de la ligne attendaient déjà. Le cinquante-sixétait une fois de plus en retard et il maugréait intérieurement. Il regarda sa montre, il n’arriverait certainement pas à l’heure à son travail et son patron allait encore une fois le morigéner. L’autobus arriva enfin, il y grimpa, sans se presser. À l’intérieur, ses yeux balayèrent machinalement la cabine pour y découvrir des passagers familiers. La grande blonde aux cheveux longs était assise à sa place favorite, vers l’arrière du véhicule, elle contemplait la rue, ne se souciant pas des occupants et encore moins de Léopold, qui n’avait jamais pu croiser son regard. Il alla s’asseoir tout au fond sur un siège encore libre. L’autobus, pris au piège d’une circulation confuse et anarchique, remontait très lentement le boulevarddesPotiers, puis, tourna dans la rueDroite où les embouteillages un peu moins denses permirent au chauffeur d’accélérer légèrement l’allure. La population du bus se renouvelait peu à peu au rythme des arrêts qui se succédaient, Léopold
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La nuit en plein jour
ne percevait que très confusément cette métamorphose progressive de l’habitacle et subissait passivement le trajet en somnolant sur son siège. Il avait déjà oublié son retard et son patron, en reprenant partiellement sa nuit, trop vite interrompue. La grande blonde descendit à sa station habituelle, tandis qu’il quitta le cinquante-sixà l’arrêt suivant, comme il le faisait chaque jour. Comme prévu, son patron l’accueillit avec une agressivité glaciale, lui reprochant ses éternels retards, sa conduite exaspérante et son manque chronique de sérieux. Léopold aurait pu se justifier, en disant que son arrivée tardive était due aux aléas des transports en commun, que les émoluments étriqués qu’il recevait ne l’autorisaient pas à s’acheter le scooter de ses rêves qui lui aurait certainement permis d’être plus ponctuel, mais il fit l’économie d’une réponse, jugeant que ces explications étaient superflues, car elles ne convaincraient pas cet entêté de Monsieur Moule. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, très grand, au front dégarni, bougon, taciturne, que son commerce de quincaillerie absorbait totalement. Il semblait dans son échoppe comme un moine dans son couvent, les clients n’étaient pour lui qu’abstractions chimériques, et leur présence qu’une justification pour pouvoir commander des
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