LA PAIX DU DESESPOIR

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Jean, un jeune médecin, part assister aux obsèques de son ex-femme. Il replonge mentalement dans leur histoire commune, ce qui lui ramène le goût du bonheur aux lèvres, puis celui du désespoir, face à un événement qu'il ne put maîtriser par le passé. Depuis ces instants douloureux, toutes les personnes qu'il va côtoyer, Victor, sidaïque, Hélène une jeune patiente et sa mère, ne seront que des expressions incarnées de son malheur, dans lesquelles il recherche obstinément la moindre pépite de bonheur. Jean est de ceux qui sont faits pour goûter la vie, sans jamais y mordre à pleines dents. Et peut-être, la regretter.
Publié le : lundi 13 juin 2011
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EAN13 : 9782748153620
Nombre de pages : 114
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La paix du desespoir
Franck Bouysse
La paix du desespoir





ROMAN











Le Manuscrit
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ISBN : 2-7481-5363-4 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-5362-6 (livre imprimé) FRANCK BOUYSSE








1

En montant dans le wagon, Jean se rappela qu’il
avait voulu mourir à dix-huit ans en se disant que ce
serait toujours ça de fait. Il n’aurait pu dire pourquoi
cette image remontait à la surface, sûrement un relent
de désespoir provoqué par les heures passées. Il pensa
même que s’il y était parvenu, cela n’aurait pas changé
grand chose, tant le sentiment de vide qui l’habitait à cet
instant était immense.
Il était 9h30 lorsque le train s’ébranla. Jean
regarda machinalement sa montre, jeta un coup d’œil
sur le quai pour y apercevoir les mouvements de bras
des gens, un jeune homme retenant ses larmes, plus
qu’un au-revoir, un adieu peut-être. Et puis il tourna
son regard vers l’intérieur, car chaque scène qu’il voyait
à l’extérieur lui semblait insoutenable, comme une série
d’actes vécus dont l’issue aurait toujours été l’échec.
L’échec de sa vie.
Un jour complet était passé depuis l’enterrement
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de Marie. Il était arrivé trop tard et n’avait pu la voir
avant la mise en bière. Après réflexion, cela le soulagea,
non que l’image qu’il aurait alors gardé était
satisfaisante, mais la vision du corps l’aurait ramené trop
loin en arrière, beaucoup trop loin. Pour l’heure, il
repartait, sans vraiment savoir ce qu’il était venu faire. Il
n’avait rien oublié, il n’oublierait jamais rien, ses cellules
semblaient imprégnées du départ de Marie, pas celui
d’hier, non un autre départ, bien plus douloureux, bien
plus inacceptable.
Il n’aurait pu dire pourquoi il avait choisi un
compartiment fumeur, lui qui ne fumait jamais. Les
places ne manquaient pourtant pas, mais il s’était assis
là, dans cet espace bondé et enfumé, sans raison
apparente.
Jean s’était installé en face d’un homme d’une
cinquantaine d’années, sacoche sur les genoux, petites
lunettes demi-lune, qui pensait probablement qu’il ne
pourrait désormais plus étaler ses jambes et que le
voyage ne serait décidément pas confortable. Il avait les
yeux rivés sur ses mains lisses, pâles, des mains sans
histoire, à peine soulignées par une bague, petite
alliance, souvenir d’un passé révolu.
Le train quitta la gare, prit de la vitesse. L’enfant
sur les genoux de la jeune femme à côté se mit à s’agiter,
à regarder par la fenêtre, à montrer du doigt, sans que
les invectives de sa mère ne parvinssent à le calmer. Elle
n’était pas vraiment belle avec ses ongles peints, ses
doigts noircis par le tabac et son visage outrageusement
peinturluré de teintes du plus mauvais goût. Elle lançait
sans cesse des recommandations à son gosse et souriait
à son entourage, l’air de dire, je n’y peux rien au fond,
fière qu’on la remarque au travers des frasques de son
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enfant. Elle existait par lui, comme on n’existe pas.
Dehors, le temps était gris. La buée sur les vitres
empêchait de voir nettement à l’extérieur. Enfermés
dans ce vase clos, les membres du petit groupe
pouvaient tout de même apercevoir des bribes de
feuillage, des morceaux de prairie, à travers les cercles
tracés sur la vitre par l’enfant.
La vieille femme, juste à côté de la porte,
semblait incommodée. Elle avait dû se tromper de
compartiment elle aussi, mais n’osait plus en changer.
Elle agitait son petit menton pointu et ses bajoues
faisaient plus de bruit qu’elle ne l’aurait souhaité. Elle
était tout habillée de noir, jusqu’aux chaussures et,
surmontant le tout, comme cheminant en sens inverse,
un chignon d’un blanc parfait, piqué de deux longues
aiguilles.
Jean ne voulait pas dormir, il savait trop bien où
ses rêves le mèneraient. Pourtant, le mouvement
régulier du train ne tarda pas à bientôt l’emporter.














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