La passion maudite

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Jacques, un pied-noir, vit une passion destructrice avec Kahina, l'indigène. De cet amour désenchanté, il en résultera toute une leçon de vie. Mohand, son alter égo, fuit quant à lui les sentiments humains pour ne pas s'engouffrer dans l'abime des relations humaines. Malgré cela, Mohand n'échappera guère aux affres de la passion. A la fin, le destin de Jacques et de Mohand sera scellé par une femme fatale qui va les unir et désunir dans un tourbillon de sensations. Ce récit qui est une longue symphonie d'amour aux accents Rimbaldiens invite aussi les lecteurs à une réflexion sur la romance et l'amour impossible
Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 102
EAN13 : 9782304016062
Nombre de pages : 153
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Titre
La passion maudite
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Titre Abderrahmane Semmar
La passion maudite
Romance
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit 2008 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-01606-2 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304016062 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-01607-9 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304016079 (livre numérique)
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« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels. Toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses ou dépravées, mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de ces deux êtres si imparfaits et si affreux. » Alfred De Musset « On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en ar-rière et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois, mais j’ai aimé. » Alfred De Musset « Sachez-le, - c’est le cœur qui parle et qui soupire Lorsque la main écrit, - c’est le cœur qui se fond » Alfred De Musset
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Kahina m’est apparue comme ça, à l’automne, entre un rougeoiement de vignes et un envol jaune de feuilles. Comme une revan-che faite aux coups du sort, il paraît, parfois, qu’un esprit très bienveillant veuille nous éclai-rer l’existence. C’est, dirait-on, un cadeau qui nous arrive alors, nouvelle, succès ou rencontre, une pluie en terre de sécheresse ou le feu croisé au cœur de l’hiver. Elle est venue, ainsi, radieuse et mutine, la bouche au trouble passé et l’œil noyé de clair. Si je devine là, mécréant, une main ou, mieux, une baguette féerique, c’est parce que Kahina m’a au début regardé et adopté. Bien sûr, j’ai voulu lui donner les mots, lui expliquer, l’envelopper, mais elle ne savait que rire. Les armes m’en tombaient. Lorsque, im-puissant, je ne sus plus que la regarder, empli de gratitude, de peur et d’émerveillement, Kahina rit, et elle fut la lumière. Quand je lui parlais, et je la croyais attentive, elle n’était plus humaine, mais déjà splendeur déconcertante. Qu’étais-je donc, moi, chemineau du charme, séducteur tôt fourbu, forteresse vide, superbe naguère ! Un
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autre. Je fondais, Kahina, mon âme bleue et grise, elle couverte de cicatrices, coulait, et je voulais qu’elle te pénétrât ! Ma brève romance avec Kahina ne fut pour-tant pas qu’angélique et, là encore, sa sensualité me déroutait. Elle ne me donnait pas à caresser un corps de femme neuf, un autre, avec ses bel-les différences, non, mais un souffle. Ses chairs savaient se transformer sous mes paumes, mais il me semble que c’est un nuage que je m’obstinais à embrasser. Dans leur fermeté même, leur luxuriance et leurs apothéoses, elle gardait une dimension étrange et impalpable. La seule assurance vraie que je garde de la carna-tion de Kahina est sa bouche. Tendre, grande, vive, brûlante et avide, tout à la fois rouge, étin-celante, fraîche et souple, elle attise le regard et la furie sans doute. Elle est la vivacité du vent et elle engendre, toujours, des cascades de rires ou de rauques psalmodies. Elle est l’antre primor-dial, le plus ancien rêve de l’homme, la caverne et la source, aérienne et nocturne, la vague lu-naire réchauffée de désir en son sein. Oh ! Ka-hina, par quelle alchimie as-tu su sans volition et sans travail me transmuer en feu, haleine in-candescente au piège de la retenue ? Pont pri-sonnier de son enjambement, j’errais en toi sus-pendu hors de l’heure, et tu étais l’eau qui bai-gne la pile, et la voussure même du pont, et le
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