La Petite Kléber

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« À 20 ans, j’emménageais dans un petit appartement rue du Théâtre, nom prédestiné pour une vie qui commençait comme un vaudeville... J’aimais raconter mes anecdotes de famille à mes collègues de bureau qui me gratifiaient du compliment suprême : "On dirait du Robert Lamoureux !"

Quand je quittais la rue du Théâtre pour la rue Bartholdi à Boulogne, je fis connaissance avec mon "maître", qui avait eu la bonne idée d’avoir la même charcutière que moi, rue de La Rochefoucauld... »

Nous suivons la narratrice de Montmartre à Venise, du Berry à la Provence, en passant par la Californie du Nord. Elle nous entraîne à la rencontre de personnages cocasses ou désabusés en y mêlant joies, chagrins et nostalgie de l'enfance.

Ce livre est dédié à ses parents.


Publié le : vendredi 4 mars 2016
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EAN13 : 9782334087834
Nombre de pages : 176
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-08781-0

 

© Edilivre, 2016

 

 

– Dans le 18è arrondissement, il y a des endroits charmants –

Antoine « Lolita » 1966
A Kleber et Georgette

« Paris »

Janvier 1954.

Cette année-là est une des plus froides depuis des années, et l’abbé Pierre lance un appel poignant pour les sans-logis.

Je viens de venir au monde, sans que mes parents l’aient vraiment voulu. Un enfant de plus, c’est presque un peu trop, mais c’est comme ça.

Ils assument.

Clinique de la rue Ordener au 32, dix huitième arrondissement de Paris.

Dans cette même rue, au 148, a eu lieu le premier braquage de la Bande à Bonnot en 1911.

A bord de leur Delaunay Belleville verte et noire les hommes de Bonnot mirent à sac la Société Générale.

J’aime bien penser que je suis née dans cette rue-là.

Parce que J’ai toujours détesté cette banque et ses employés mielleux quand vous avez de l’argent et méprisants quand vous devenez chômeurs. A la Société Générale, votre intérêt est capital… les intérêts débiteurs principalement.

Je fus interdit bancaire avec trois gosses à charge fin des années quatre vingt dix. J’avais un compte joint avec leur père qui continuait à dépenser sans compter. Je revois la tête de la conseillère qui me disait : il faut qu’il se désolidarise ! Qu’il se d é s o l i d a r i s e !

J’ai su très vite que je ne pourrais jamais me passer de ma ville natale.

Mon accent parisien a toujours été mon vrai passeport, une fierté.

Avec ma copine de 4èB, Monique Kieffer, nous allions étudier les rues de Paris le samedi, comme d’autres faisaient du shopping.

Nous notions nos impressions sur un petit carnet bleu.

« La rue du chat qui pêche », la plus petite rue de la capitale restait notre préférée.

Nous écrivions notre propre Histoire de l’Art.

Nous adorions passer par la Galerie Vivienne qui comportait trois entrées : une rue Vivienne, une seconde rue des Petits Champs, une troisième, rue de la Banque. Nous pouvions y passer des heures.

En 1974, cette galerie fut nommée monument historique.

Nous avions donc été de réelles fines mouches Monique et moi ! Que dis-je, des visionnaires !

A treize ans, Paris était pour moi un musée !

A vingt ans, Paris devint une fête !

Je rentrais au petit matin, prenait une douche et partais prendre mon métro à la station Emile Zola, direction Madeleine, pour retrouver mes collègues nantis, comme moi, du Comptoir des Entrepreneurs.

L’entrée du personnel se situait rue Volney.

Les cadres supérieurs passaient par le 2 rue de la Paix.

Il m’arrivait de m’endormir sur mon bureau après une nuit blanche au Palace… J’avais donc à disposition mon « hôtel rue d’la paix » bien avant que Zazie n’en fasse une chanson.

A la mort de Vincent, puisque je ne savais plus ce que je devais faire ou pas, je pris la décision de quitter la capitale et d’accepter un poste de cadre à Marseille.

Pour se faire, il fallait, que je suive des cours dispensés par le Greta sur une année scolaire complète.

C’est donc au Lycée Montaigne que je suivis cette année de mise à niveau haut de gamme.

A deux pas je découvris « le Lucernaire ».

C’est là que je fis la connaissance de Laurent Terzieff qui jouait « Témoignages sur Ballyberg » du dramaturge irlandais Brian Friel. Ce comédien de génie était un homme d’une simplicité rare.

Il avait aussi un sourire désarmant.

Le Lucernaire, regroupait trois théâtres, une salle de cinéma, un restaurant et une librairie.

J’étais Babette au pays des merveilles…

Paris, Paris, Paris, Pourquoi t’ai-je quittée ?

Pourquoi ne me suis-je pas aperçue que la douleur de cette séparation allait m’être fatale ?

Que tu avais, ma ville, un cœur qui bat.

Et que c’était le mien.

« Les dimanches »

Je hais les dimanches !

Tous ces dimanches qui trainent en longueur.

Attendre que le travail reprenne, que les enfants retournent à l’école, et qu’il puisse enfin appeler… entendre sa voix qui murmure “comme tu m’as manqué, dimanche, comme tu m’as manqué.”

Enfant je redoutais surtout les fins d’après-midi, quand le film de 17h se terminait à la télévision.

Ce n’était pas à cause de l’école qui recommençait le lendemain, que j’étais triste, bien au contraire, j’adorais l’école.

Au moment des vacances, il m’arrivait même de fondre en larmes.

Mon frère disait alors que j’étais “la honte de la famille”.

Etre en classe me donnait de l’espace.

A la maison, nous vivions les uns sur les autres et nous nous tenions chaud.

Je devais sentir le froid du lundi arriver.

Tous les soirs, avant de m’endormir, je priais pour que rien ne change.

J’ai gardé une sorte de “nausée” du dimanche soir, qui ne m’a jamais vraiment quittée…

C’était le début des années soixante, papa venait d’acheter un “tourne disque” et pour chacun d’entre nous un 45 tours : Charles Aznavour pour maman, Johnny, Richard Anthony et Paul Anka pour nous.

Mon frère se coiffait d’une banane à la “Vince Taylor”, ma sœur d’une choucroute à la “Janique Aime”.

Le jour où “Salut les Copains” parût pour la première fois fût un grand jour.

Nous étions parties ma sœur et moi sur le boulevard Barbes chercher ce magazine que tous les jeunes attendaient fiévreusement.

Europe 1 l’avait annoncé à grand renfort de publicité.

En couverture, Johnny souriait.

Chaque mois, et pendant de nombreuse années, le jour de parution de SLC me provoqua des crises de tachycardie.

J’exagère, mais c’était presque vrai.

Je rêvais de ressembler à la femme la plus belle et la plus triste du monde, Françoise Hardy.

Moi j’étais sûrement la plus laide, surtout quand je me comparais à ma sœur, qui, elle, était la coqueluche des garçons.

J’avais beau lui piquer ses soutiens gorges et les rembourrer de coton, rien n’y faisait !

J’étais affublée d’un strabisme qui m’infligeait de porter d’affreuses lunettes (celles que remboursait la Sécu à l’époque) depuis l’âge de 2 ans et me forçait malgré moi à ne jamais regarder les gens en face quand je devais leur parler.

J’étais le vilain petit canard qui prenait sa revanche à l’école, où j’avais décidé d’occuper la place de première le temps qu’il faudrait pour m’imposer.

J’adorais deux choses, l’école et le cinéma.

En sixième, notre prof d’anglais (Mme Pinot, prononcer : Pi.ei.n.o… ti !) nous proposa pour 2f d’aller au Gaumont Palace le dimanche matin, Place Clichy, voir un film anglo-saxon en version originale sous-titrée.

Grâce à elle, je commençais à aimer les dimanches matins…

Entre filles, nous disions aller “au cinéma anglais”.

C’était so chic.

Il y avait toujours parmi nous une fille qui avait de l’argent pour acheter un Toblerone que nous nous partagions.

Petit plaisir, mais plaisir quand même.

Si j’aimais mes matinées de cinéphiles du dimanche, j’avais en horreur les mardis matins.

Dès le lundi soir, je commençais à ressentir des maux de ventres, des maux de têtes, des maux de tout.

L’unique objet de mes douleurs s’appelait Denise Grossin, professeur de Couture, une sorte de fille naturelle de la reine Victoria et d’Adolf Hitler.

C’est dire l’élan de sympathie que cette dame suscitait en moi !

Elle détestait les gauchères donc, me détestait.

Utiliser sa main gauche pour coudre, représentait pour cette dame le comble de la perversion.

Nous étions donc quelques unes à souffrir un peu plus que les autres…

Un mardi matin, un de trop sûrement, ma mère me conduisit chez le médecin, mes crises devenant de plus en plus inquiétantes.

Il diagnostiqua une crise d’appendicite aigüe… aussi aigüe que la voix de ce prof hystérique qui raisonnait en moi “c’est une aiguillée de feignante que vous me faites là “… et je voyais cette folle brandir mon aiguille et le fil que j’avais eu tant de mal à enfiler, trop, trop, beaucoup trop long à son goût.

Je compris plus tard (disons que j’en fis mon interprétation très personnelle !) pourquoi le principe des “catherinettes” avait vu le jour chez les petites mains des maisons de couture…

Ces filles étaient des traumatisées de la longueur de fil.

Névrosées de la boutonnière passe poilées, agitées du col Claudine.

Bref, des filles perturbées à vie par toutes les Mme Grossin du monde entier.

Il fallait bien qu’elles soient à la fête au moins une fois dans l’année !

Ma sœur, dont j’étais de 5 ans la cadette, avait étudié dans ce même collège.

Elle était douée pour toutes les matières dans lesquelles j’étais absolument nulle : la couture, la gymnastique, les mathématiques.

A chaque fois que le professeur annonçait les notes, j’entendais le même refrain.” ah, quand je pense que vous êtes la sœur de Marie-Christine !!”.

Oui, elle s’appelle comme ça, ma sœur, Marie-Christine.

Pour quelle raison lui a-t-on donné ce prénom, je n’en sais rien.

Par contre, le mien, Bernadette, avait été son choix à elle, tout cela à cause de la médaille qu’elle portait autour du cou, qui représentait la grande sainte aux apparitions.

Je n’ai jamais eu les visions, ni entendu les voix, encore moins eu la foi.

Tout comme l’habit ne fait pas le moine, le prénom ne fait pas non plus la femme.

De toute évidence : Je ne suis jamais devenue une Sainte et ne risque pas de le devenir sur mes vieux jours.

« L’Ange blanc »

J’adorais les samedis soirs.

Nous nous dépêchions de débarrasser la table et de passer l’éponge humide sur la toile cirée de la salle à manger.

A 20h30 tapantes, Maurice et Gina, nos voisins de palier venaient regarder « les 5 dernières minutes ».

Nous installions les chaises cannées devant la télé par rangée de 3 (la pièce devant faire 10m2, nous ne pouvions guère faire mieux !).

Gina selon l’humeur du jour, avait fait une tarte ou un gâteau de Savoie. Nous étions au tout début des années soixante, il n’y avait qu’une seule chaine et tout le monde regardait les mêmes émissions… mais quelles émissions !!

« 5 colonnes à la une »« La machine à explorer le temps » les feuilletons comme « Janique Aimée » « Le temps des copains » « Seule à Paris ».

Toutes les filles étaient amoureuses du « Capitaine Troy ». Si vous n’êtes pas nés à cette époque, vous n’avez pas connu l’homme le plus sexy du siècle ! Dents blanches, haleine fraiche et capitaine d’un bateau le plus souvent rescapé de l’enfer des mers… OUPS.

Toujours est-il que nous invitions nos voisins chaque fin de semaine et que pour moi, c’était la fête, la vraie.

Maurice, qui avait été boxeur dans sa jeunesse, arrivait en tenue de combat (sauf le short !) vêtu d’un peignoir en satin rouge, en levant les bras, les deux index joints.

Je le trouvais ridicule, mais il me faisait rire du haut de mes six ans.

Après l’inspecteur Bourrel, nous regardions le catch à quatre, avec l’Ange Blanc, Ben Chemoul et autre Duranton… c’était du show, réglé comme du papier à musique, mais nous nous prenions tous au jeu.

J’entends les rires de nos amis, ceux de mon père et de ma mère, les nôtres, nous les enfants… ma sœur, mon frère. Et moi qui criais sans savoir ce que ça voulait dire « mords y les noisettes ! »…

Ensuite je m’endormais en pensant que la vie était vraiment trop belle et que ma sœur finirait bien par épouser le Capitaine Troy, c’était fatal.

« Odette »

Nous avons une concierge.

Elle habite une loge, qui donne sur la cour, je suis donc obligée de passer devant chez elle tous les matins quand je vais à l’école.

Elle a mis des rideaux à volants. À ses fenêtres. Je me dis que les concierges n’ont pas de goût.

Quand il m’arrive de la croiser, elle a du rouge à lèvres qui dépasse de partout. Je me dis que les concierges n’ont vraiment pas le compas dans l’œil.

Quand je suis avec ma mère, la concierge dit « comme elle a grandit » en titubant. Je me dis que les concierges boivent du vin et qu’il sent mauvais. Je me dis que c’est sûrement pas celui qui est le velours de l’estomac, qui s’appelle « le vin des rochers » comme dit le type de la radio.

Par contre, j’ai entendu ma mère dire que l’autre Odette faisait des yeux de velours à mon père.

Odette, c’est elle, la concierge.

Je me dis que vraiment, j’aime pas cette femme-là, et que, quand j’serai grande, j’serai pas concierge.

« Le Hérisson, la Salamandre
et le Cochon d’or »

Nous habitions un 45m2 dans le 18e arrondissement de Paris.

A l’époque c’était un quartier populaire qui sentait bon la gaieté. Il y avait un marché juste au métro “château rouge”, celui de la rue Dejean.

Au bout de la rue, il y avait la magnifique charcuterie du “cochon d’or” où nous n’allions nous ravitailler que dans les grandes occasions, ma communion, les fiançailles de ma sœur les noces d’argent de mes parents, et parfois quelques noëls où nous avions un peu plus d’argent pour nous offrir boudins blancs, galantines et escargots, plats préférés de mon père et aussi les miens.

J’ai cru au Père Noël très tard, et bu le biberon jusqu’à l’âge de 7ans. Peut-être que ceci explique cela.

Toute la famille adorait me faire remercier le père noël devant la” Salamandre”, une sorte de poêle à charbon, les matins du 25 décembre… malgré ma peur j’arrivais à bredouiller un.” Merci père noël” ce qui faisait pleurer ma mère qui n’en ratait pas une.

Je me demandais quand même comment ce vieil homme barbu pouvait se glisser dans la cheminée, mais je n’étais pas comme St Thomas, je ne demandais surtout pas à vérifier.

Ma poupée Bella était dans sa boite, intacte et souriante, c’était le principal.

La fameuse “salamandre” demandait à être alimentée avec une certaine quantité de charbon chaque jour.

Pour cela il fallait descendre l’escalier puis trouver l’interrupteur à tâtons et se dépêcher d’aller jusqu’au numéro de notre cave qui renfermait outre le charbon, le vélo de course et la mobylette de mon père, son instrument de travail.

Papa était “porteur de journaux” pour les NMPP rue Réaumur.

Comme beaucoup d’anciens coureurs cyclistes qui avaient choisi ce métier après la guerre, il ravitaillait les kiosques de la capitale, dès le petit matin.

Mon père connaissait Paris comme sa poche.

Quand il nous arrivait de prendre un taxi pour la gare de Lyon au moment des grandes vacances, il était impossible au chauffeur de nous mener en bateau, encore moins en balade. Papa connaissait tous les raccourcis !

Les mercredis, il arrivait avec ce que j’appelais “son trésor”.

Il s’agissait de tous les hebdomadaires qui paraissaient ce jour-là… Télé 7 jours, Paris-Match, Elle, Jour de France, Marie-Claire, etc.

Il y avait surtout parmi eux “Le hérisson” qui avait la particularité d’être un hebdo satirique de couleur verte… Cabu et Sempé y sévissaient déjà.

J’adorais !

J’avais une heure devant moi pour tout regarder.

C’est ainsi que j’appris à lire en diagonale, très vite, tous les styles, tous les genres et que me vint un amour immodéré pour la lecture.

Je lisais ce qui me tombait sous la main avec délectation, mais avec une préférence pour les livres de mon frère qu’il rangeait sur son armoire.

J’allais les prendre en montant sur une chaise et en me hissant sur la pointe des pieds.

Il fallait faire vite car sa chambre était “interdite” à tout visiteur non convier à y pénétrer… visiteurs indésirables dont je faisais partie.

C’est donc à 9 ans, que je découvris, à mes risques et périls, Frédéric Dard en me plongeant dans “ Un polichinelle dans le tiroir.” et Boris Vian dont le “J’irai cracher sur vos tombes” marqua mon esprit de petite fille pendant de longs mois…

Puis il y eut le collège, situé au bout de ma rue, ce qui m’évitait de me lever trop tôt, et de prendre un quelconque moyen de transport, ce qui aurait terrorisé ma mère.

J’adorais aller en cours, j’adorais mes copines, j’adorais mes profs de français, d’anglais et de musique, j’adorais Michel Polnareff qui chantait “L’oiseau de nuit” et j’adorais mon pull en Shetland rose.

Il y eut un livre pris à la bibliothèque du Collège qui bouleversa mes 12 ans ” Le journal d’Anne Franck”.

Comme elle, je me mis à l’écriture d’un journal, sous la forme de “lettres à Kitty” à qui je confiais mes joies et mes peines.

En fait il s’agissait plutôt de mes peines.

Françoise...

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