La phalène et le bambou

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Soirée de clôture d'un festival lillois, que Roman passe à vider du bourbon en ses entrailles. L'alcoolo se perd et s'endort sur le parvis, sous une pluie battante. À son réveil, la ville baigne dans une flotte boueuse et inquiétante. Par la suite, les heures filent, semblant imprégner la cité désertée d'une folie furieuse. Entre deux crises de délire, Roman croit tuer sa femme, à bout de nerfs, ou peut-être qu'elle est partie. Il récupère aussi son père, surgi du passé. Ensemble, ils tenteront de fuir la boue et leurs souvenirs qui se déversent dans les rues. Mais, dans cette course contre la Mort, ils se traqueront l'un l'autre, au hasard des bambous qui parsèment la ville endolorie et des éphémères papillons jaillissant hors des ombres.
Publié le : dimanche 19 juin 2011
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EAN13 : 9782748194944
Nombre de pages : 101
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2 Titre
La phalène et le bambou

3Titre
Chessman Caryl
La phalène et le bambou

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9494-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748194944 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9495-0 (livre numérique)
ISBN51 (livre numérique)

6 .





« Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je
m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et
bizarre volume de savoir oublié, tandis que je dodelinais
la tête, somnolant presque, soudain se fit un heurt,
comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la
porte de ma chambre, cela seul et rien de plus »
Edgar Allan Poe

« La nuit, tous les chagrins se grisent
De tout son cœur on aimerait
Que disparaissent à jamais
Les papillons noirs
Les papillons noirs »

Serge Gainsbourg
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8 Jour

JOUR
Je ne sais pas comment je suis rentré chez
moi, mais je l’ai fait.
Étrangement, rapidement.
Il n’y a plus d’eau. Nulle part. La seule trace
du déluge, de l’apocalypse, c’est cette boue qui
colle encore aux murs, couvrant les rues d’une
même bande de couleur dégueulasse.
Personne dans les artères. Plus aucune
bagnole. La signalisation, la saleté des chiens
errants, disparus. Tout dans le plus simple
appareil, tout le superflu a été dégagé, et je
marche, comme ça, amaigri comme pas possible
mais heureux. Je ne croise personne pour me
faire chier, pas un humanoïde pour me
contaminer par le miasme de son mal de vivre.
Est-ce que Pola sera à la maison quand je
rentrerai ? Je ne sais plus si je l’ai tuée, la belle
Pola.
Putain, je me sens revivre : il fait génialement
beau ; je crois n’avoir pas vu un soleil si bon, un
ciel au lavis si bleu, depuis toute une vie. Et
puis, cette espèce d’air indescriptible, vivifiant,
9 La phalène et le bambou
qui vous donne envie de courir et de gueuler !
Ça vous fait oublier les pires meurtres, même si
celui que je viens de commettre – ou que j’ai
commis il y a des heures, je ne pourrais dire –
n’est finalement pas si critiquable. L’homme
n’était plus qu’un bambou, même plus un
homme, pas même un animal.
Je crois que toute cette conne de pluie, elle
n’est pas venue par hasard. Je veux dire – et je
dois penser tout haut, mais il n’y a personne
pour le savoir – que tout ça, ce n’est
aucunement une coïncidence. Maintenant, était-
ce la réalité ? Je m’en fous pas mal, en fait. Pas
mal.
Ici et là, au hasard des anciennes coulures de
boue stratifiées dans l’asphalte, je retrouve une
pousse de bambou, infime et en même temps
intensément signifiante.
D’une fenêtre brisée s’échappe un papillon,
blanc, stressé, proche de la tachycardie,
s’épuisant inlassablement à battre des ailes.
J’ai envie d’un bourbon.
10

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