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1. ATTENTEGuenièvre, assise sur la pierre polie, déposée des siècles auparavant par les hommes du village des Gar-diens, attend. Morgan, la dernière de la lignée des grandes prêtresses, est entrée en relation avec elle. Morgan per-cera le mystère, le secret de la coupe, et en sera la dépo-sitaire pendant près de deux millénaires. Elle se trouve déjà à lentrée de la grande Lande et arrive. Son regard ségare au-delà de la mer intérieure et aperçoit Ré, lîle cadette. La mer, emportée par la lune, vient se prélasser contre la dune. Cette eau limpide sest encore réchauffée en couvrant les limons bleu foncé dé-posés par la Seudre. Leur couleur vient dabsorber le soleil pendant la moitié dun jour. Le chant des rires et les voix claires de la commu-nauté dont elle est la guide lui parviennent en sourdine. Les vingt prêtresses, apprenties et enfants de la commu-nauté jouent dans leau. Certaines samusent à rebondir sur les vagues, et le reflet argenté de leurs corps dorés se confond avec celui des mulets dans les derniers rayons du jour. Deidre et Aliénor, un peu à lécart avec des sourires complices, se couvrent mutuellement dargile en de fur-tives caresses. Elles commencent à percevoir leur nou-veau corps de femme et de nouvelles sources de plaisir.
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Derrière elles, les marais salants qui les isolent du reste de lîle, se sont de nouveau gorgés deau. Comme deux fois par jour depuis des millénaires, la terre a joué à se refuser, a essayé de résister, puis enfin épuisée, sest laissée envahir. Une légère brume, issue de ce combat, plane sur la terre repue et cache le pré dAvalon du regard des hommes. Guenièvre a vu quAvalon, dernier sanctuaire de sa civilisation, ne vivrait plus que quelques dizaines dan-nées. Les Romains qui ont envahi lîle, emmènent à pré-sent avec eux ceux qui veulent imposer leur Dieu. Au nom de ce dernier, ils sérigent en maîtres. Elle a vu le temple quils bâtissent. Avec larrogance des sots, pour montrer quils dominent les flots, ils ont construit à Pé-roche, face à la grande mer, à lopposé dAvalon. Déjà deux fois, locéan lors des grandes nuits du solstice a tout détruit. Ni les morts, ni largent englouti ne les ont arrêtés. Ils ne veulent pas composer mais dominer. En suivant dans le temps lesprit de ses surs, en re-cherchant dans le futur la trace des dons reçus, elle a vu les disciples du Dieu unique, aujourdhui mielleux, de-venir fous. Avec la rage des frustrés qui se refusent tout plaisir et les dénient aux autres, avec la jalousie des igno-rants pour ce quils ne comprennent pas, ils tortureront ses surs pour arracher leur savoir. Ils fouilleront leurs entrailles avec des fers rougis au feu, leur briseront les membres. Contents davoir prouvé quils étaient les plus forts et frustrés de ne pas avoir compris, ils sabreu-veront de leurs souffrances et samuseront à prolonger leur agonie. Pour régner durant cent générations, ils vont dis-socier le corps et lesprit, séparer lhomme et la femme, asservir homme, femme et enfant, transformer les êtres fiers en esclaves, réserver le plaisir pour lau-delà. Ils chasseront les dons pour les anéantir. Ils accom-pliront tout cela si bien que la femme se complaira dans
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son rôle de servante et que lhomme donnera sa vie, non par bravoure pour sélever, mais pour satisfaire les viles ambitions de ses maîtres. Les guerres ne seront plus me-nées par raison, mais seront continuées pour justifier leurs commencements. La brise qui annonce la fin du jour tire Guenièvre de sa rêverie. Elle étire son grand corps délié. Il y a plus de cinquante printemps quelle est née, et seuls ses seins un peu lourds trahissent son âge. Son corps irradie tellement laccomplissement que lair tout autour vibre et lentoure dune aura un peu floue. Deidre et Aliénor à présent se caressent avec plus dinsistance en usant du prétexte dôter cette boue te-nace. Aliénor, en sagenouillant dans leau, laperçoit et lui sourit, un sourire plaisir, complice. La caresse de lair peut-être, et son corps frémit. Le souvenir du dernier jour des fêtes de Beltene au solstice dété la traverse. Elle sent la caresse rugueuse de ses mains sur ses seins, se souvient de cette moitié de nuit quil fallut pour quenfin repu, il sapaise. Il nétait quun corps, son vi-sage comme le sien était resté caché par la nuit et la cendre.
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