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La relation de mon emprisonnement

De
150 pages
Du fond de la geôle où il croupit, un humble artisan fabricant de cercueils raconte, à la manière des récits de captivité du XVIIe siècle, comment il a été emprisonné pour avoir refusé d'abjurer sa foi.
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A l’aube de ce même mois triste et pluvieux qui vient de s’achever, en une année distante à présent de quelque douze ans, il advint qu’au moment où j’entamai ma tâche quotidienne de constructeur de cercueils, car tel est mon état, je fus sommé par
RUSSELL BANKS
La Relation de mon emprisonnement
roman traduit de l’anglais (États-Unis) par Rémy Lambrechts
certains ofIciers supérieurs de la ville d’interrompre et quitter ce travail. J’avais laissé ma jeune épouse dans sa cuisine et gagné mon atelier, contre le Lanc de la maison et face à la route, […]
ACTES SUD
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Dans saRelation de mon emprisonnement, Russell Banks utilise la forme hautement codée du récit de captivité imaginaire tel qu’en rédigeaient les docteurs e puritains duxviisiècle an d’édier leurs frères en la foi par leur lecture au cours de l’ofce. C’est ainsi que, remontant à une gure archétypale, il poursuit l’investigation du héros tel qu’il l’entend : obstiné, indifférent aux injonctions du monde, mi-saint, mi-fou. Tout en démontant les rouages d’une perpétuelle reconstruction de soi, le récit relate les épreuves que subit le narrateur, les tentations qu’il repousse, les errements auxquels il se laisse aller, les mortications qu’il s’impose et, surtout, le complexe écheveau de ses débats de conscience. Un récit singulier qui donne de l’Amérique profonde une image inhabituelle.
RUSSEL BANKS
Né en 1940, Russell Banks est membre de l’American Academy of Arts and Letters. Son œuvre, traduite dans une vingtaine de langues et publiée en France par Actes Sud, a obtenu de nombreuses distinctions internationales. Il vit dans l’État de New York.
DU MÊME AUTEUR CHEZ ACTES SUD o Le Livre de la Jamaïque, 1991 ; Babel n1102. o Hamilton Stark, 1992 ; Babel n871. o Afliction, 1992 ; Babel n404. o De beaux lendemains, 1994 ; Babel n294. o Histoire de réussir, 1994 ; Babel n745. o Continents à la dérive, 1994 ; Babel n94. La Relation de mon emprisonnement, 1995. o Sous le règne de Bone, 1995 ; Babel n216. o Trailerpark, 1996 ; Babel n348. Patten à Patten, photographies d’Arturo Patten, 1998. o Pourfendeur de nuages, 1998 ; Babel n465. o Survivants, 1999 ; Babel n656. o L’Ange sur le toit, 2001 ; Babel n541. o American Darling, 2005 ; Babel n780. Amérique, notre histoire(entretien avec Jean-Michel Meurice), 2006. o La Réserve, 2008 ; Babel n980. o Lointain souvenir de la peau, 2012 ; Babel n1201. Un membre permanent de la famille, 2015.
Titre original : The Relation of My Imprisonment Éditeur original : Sun & Moon Press, Los Angeles © Russell Banks, 1983
©ACTES SUD, 1995 pour la traduction française ISBN 978-2-330-05290-4
RUSSELL BANKS
LA RELATION DE MON EMPRISONNEMENT
roman traduit de l’anglais (États-Unis) par Rémy Lambrechts
ACTES SUD
à F. Q. H.
Souviens-toi de la mort.
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ofciers supérieurs de la ville d’interrompre et quit ter ce travail. J’avais laissé ma jeune épouse dans sa cuisine et gagné mon atelier, contre le anc de la
chaque tâche le temps précis qui lui revenait. J’étais
miers temps de mes tribulations. Cet homme, tout essoufé de précipitation et le visage rongé par l’in
A l’aube de ce même mois triste et pluvieux qui vient de s’achever, en une année distante à présent de quelque douze ans, il advint qu’au moment où j’en-tamai ma tâche quotidienne de constructeur de cer-cueils, car tel est mon état, je fus sommé par certains ofciers supérieurs de la ville d’interrompre et quit-ter ce travail. J’avais laissé ma jeune épouse dans sa cuisine et gagné mon atelier, contre le anc de la maison et face à la route, où, comme j’ai toujours eu coutume de faire depuis que j’ai achevé mes années d’apprentissage et me suis engagé pour mon compte dans l’exercice de ce mien état, j’avais commencé d’organiser l’ouvrage de la journée et d’allouer à chaque tâche le temps précis qui lui revenait. J’étais ainsi courbé à mon établi sur mes divers plans et croquis, quand apparut à la porte un voisin et ami, un homme dont je ne puis livrer ici le nom, mais qui fut l’un de mes principaux soutiens aux pre-miers temps de mes tribulations. Cet homme, tout essoufé de précipitation et le visage rongé par l’in quiétude, me relata qu’en cette même matinée, tan-dis que, se rendant à ses champs, lesquels se situent du côté de la ville opposé à son logis, il traversait
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la place du marché en longeant le tribunal, il avait appris que le procureur général civil de la paroisse avait envoyé une ordonnance au procureur général civil de la ville, aux termes de laquelle, à compter de ce jour, tous hommes et femmes résidents de cette ville qui s’adonnaient à la fabrication et/ou à la vente de cercueils, ou de pierres tombales ou de toute autre marque de sépulture, ou de vêtements pour les morts, ou de gerbes et couronnes ou de tout autre ornement funéraire, ou qui par quelque procédé embaumaient, paraient ou apprêtaient d’aucune façon les morts pour leur enterrement, devaient désormais inter-rompre et quitter cette activité. Si d’aucuns parmi les résidents de cette ville qui s’étaient jusqu’à présent mêlés de telles activités n’obéissaient pas immé-diatement à cette ordonnance, ils seraient arrêtés, accusés du crime d’hérésie et poursuivis avec toute la rigueur de la loi. Parce que mon ami m’aimait, il désirait, cepen-dant, faire mieux que m’avertir simplement de l’imminence de mes arrestation, procès et empri-sonnement. Il s’efforça en outre de me persuader de fermer immédiatement les portes de mon atelier et nier être présentement mêlé à aucune de ces acti-vités qui étaient si récemment devenues hérétiques au cas où des ofciers du procureur général civil de la ville viendraient à s’y présenter, car, comme mon ami me le t ressortir, j’étais un membre estimé de la communauté, apprécié d’elle pour ma conduite, le règlement de ma vie et la conséquente bénignité de mes dispositions, et les ofciers de la commu-nauté répugneraient donc à m’arracher à elle. La
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