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La République des caïmans

De
86 pages

Assikpa, le Président de la République d'Akundan, règne en despote sur un pays ravagé par les inégalités. L'écart ne cesse de se creuser entre les riches et les pauvres, sans que la classe politique au pouvoir ne cherche à améliorer la situation. La population se soulève pour réclamer ses droits, mais subit une violente répression policière. Après des études en Europe, Gotty, issu d'un quartier défavorisé de la capitale, revient dans son pays en proie au chaos. Cet idéaliste plein de projets progressistes s'engage pour changer son pays et venir en aide aux plus démunis. Malgré sa popularité, le jeune politicien se trouve confronté au poids des traditions et à une hiérarchie corrompue qui lui dicte sa conduite. Marginalisé, Gotty démissionne de ses fonctions pour mener librement son combat pour la démocratie et la liberté d'expression. Le roman est une allégorie des dysfonctionnements qui parasitent les gouvernements de nombreux pays du continent africain.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-00044-9

 

© Edilivre, 2017

1ère partie

Chapitre I

Je me tenais sur deux morceaux de briques superposés et regardais, ahuri, le spectacle. Des coups de klaxon se font entendre. L’euphorie du public engendre une bousculade indescriptible. Cette immense foule se divise en deux grands blocs. Une piste apparaît progressivement entre eux. J’y aperçois une tête chauve, protégée par trois autres portant des chapeaux. Des hommes en armes passent en avant pour forcer le passage. La voie s’ouvre enfin, après un long moment de bras de fer avec une foule joyeuse. Là, apparaît l’homme à la calvitie, habillé d’un tee-shirt à l’effigie de son parti. Il est ovationné pendant tout ce temps par ses fans : « président, président, président… » !

Ah ! La pêche aux électeurs, et ses corollaires de fanatisme et d’espérance.

Avec un large sourire, Assikpa traverse la foule en tendant la main à chacun des spectateurs. C’est un grand jour pour lui ; il n’est pas donné à tous de mobiliser un monde pareil.

Le chef de l’État, comme lors des précédentes campagnes électorales, vient dans ce quartier pour recueillir les nombreux suffrages de cette population croupissant sous le poids de la misère qui se perpétue depuis des générations. C’est pendant ces périodes électorales que les habitants profitent des quelques billets de circonstance qui leur sont distribués.

Conscient de cette situation, Assikpa, le président de la République d’Akundan, vient avec des tonnes de riz. À la vue des deux camions remorques, des cris de joie se font entendre. L’ordre est donné par le chef de quartier pour que place lui soit faite. En un clin d’œil, une haie se dresse des deux côtés de la piste jusqu’à l’estrade. Des pagnes sont déposés sur son passage en guise de tapis rouge. Dame Djué, une grosse femme réputée pour ses chants, entonne des éloges :

« Si tu ne le connais pas, il s’appelle Assikpa, le dieu des pauvres. Assikpa, celui qui a toujours la main chargée d’espoir pour toi. Il est là encore aujourd’hui pour t’apporter la vie. Il est juste et bon de lui rendre hommage… ».

Assikpa, de son siège sur l’estrade, jette un regard panoramique sur la foule à ses pieds, puis se tient debout, lève les deux mains, et les balance de gauche à droite. La population regarde ce geste majestueux du président puis en fait autant.

Après cette mise en train, le président se tient à la barre : « Chers parents, chers frères et sœurs, ma visite aujourd’hui chez vous n’est qu’une simple communion fraternelle. J’ai estimé bon de venir voir mes parents d’Ouffouéssou, les saluer, échanger avec eux, m’imprégner de leurs problèmes en vue de leur venir en aide. Vous savez bien que je ne viens jamais ici les mains vides. D’ailleurs, si je le fais un jour, chassez-moi ; chassez-moi, car mes biens sont les vôtres. Ce serait injuste, à mon sens, de jouir de toute cette richesse sans penser à vous. Les deux camionsque vous voyez attestent mes propos. Mais l’objet de ma visite, c’est aussi l’événement majeur que vous connaissez. Je sais que sans vous, je ne serais pas à la tête de ce pays. Je compte encore, après quarante ans passés au pouvoir, rester pour votre bien-être. Il faut qu’Ouffouéssou soit un quartier aussi beau que les autres. Vous avez vu les engins Caterpillar sur la voie principale ! Les travaux vont bientôt commencer. Toutes les rues seront bitumées. Des espaces verts seront créés pour vous permettre de prendre l’air. Un complexe sportif est en cours de construction pour permettre à nos enfants de s’épanouir. Un centre culturel sera également construit. Au lieu d’aller jusqu’au quartier résidentiel pour vos soins, vous aurez un centre hospitalier ici même. Nous avons déjà la maquette, que je vais vous présenter à la fin de mon intervention. Le site est déjà déterminé et les travaux commenceront bientôt. Vous savez que tous ces projets ne pourront voir le jour que si je reste encore à mon poste. Alors, chers parents, je compte sur vous pour mieux faire. Si je reste au pouvoir, vous verrez que votre quartier, en quelques mois, sera un vaste chantier. Je vous tends la perche, à vous de la saisir, pour qu’ensemble nous vivions le bonheur. En attendant, comme nous avons coutume de le faire à chaque campagne électorale, je vous invite le mois prochain à la cérémonie solennelle de la campagne, sur la place de la Paix. Il y aura à boire et à manger, comme d’habitude. Je vous remercie ».

Un tonnerre d’applaudissements se fait entendre. La joie se lit sur le visage des habitants de ce quartier précaire de Kobla, la capitale d’Akundan. L’espoir est permis. Ouffouéssou peut devenir un beau quartier comme les autres.

Un silence fait place au vacarme quand Anougba, le chef de quartier, prend la parole :

« Monsieur le président de la République, tous les habitants d’Ouffouéssou, par ma voix, vous remercient pour l’intérêt que vous accordez à notre modeste quartier. D’ailleurs, nous vous devons son existence, car nous savons combien de fois des gens ont demandé que nous quittions ce lieu, mais grâce à votre magnanimité, Ouffouéssou est là. Merci, Monsieur le président. Comme un bon père, vous avez toujours quelque chose pour nous quand vous décidez de nous rendre visite. Nous vous en remercions. Comme vous l’avez constaté, habituellement, nous prenons la parole avant vous. Mais aujourd’hui, nous avons fait le contraire, car nous savons que vous connaissez nos problèmes et que vous êtes en train de prendre des résolutions pour les résoudre. Nous vous remercions encore pour cela. Sachant que vous êtes à pied d’œuvre pour la rénovation de notre quartier, il n’y a pas de raison pour que cette population ne vous donne pas sa voix. Sachez qu’en toutes circonstances, vous avez le soutien indéfectible d’Ouffouéssou. Soyez également assuré de notre présence à vos côtés sur la place de la Paix le mois prochain, comme vous l’avez indiqué. Encore une fois, merci, et que Dieu vous garde longtemps à la tête de ce pays, pour que vivent les filles et les fils de la République d’Akundan ».

Des applaudissements et des cris se font une fois encore entendre en guise d’approbation des propos du chef.

Toute cette scène se passait sous le regard triste de Nsi, un des fondateurs du quartier.

Ce vaste faubourg a connu assez de difficultés. Toutes les rues sont l’œuvre des habitants eux-mêmes. Nsi en sait beaucoup. Un quartier enclavé entre les grandes villas de la capitale, Ouffouéssou, est le dépotoir de la ville. Les canalisations d’eau usée convergent vers le canal principal qui traverse cette portion de terre considérée comme une zone à risque. Malgré ses pistes, le politique y a installé des lampadaires, qui n’existent que de nom. Ce quartier populaire n’est jamais sorti de ses nuits noires. Ouffouéssou n’a d’électricité que la journée. Une fois la nuit tombée, le quartier plonge dans l’obscurité totale. Il faut fournir une intensité plus puissante au reste de la ville. Pour ce faire, l’énergie doit être retirée d’Ouffouéssou. Il n’y a donc rien de nouveau ; la même chanson, la même musique, la même danse. Que fait-on du canal qui traverse le quartier à ciel ouvert ? Ouffouéssou baigne dans la puanteur provenant de ce canal, d’année en année.

Nsi, menton dans la paume, coude sur le genou, suit cette scène avec désintérêt. Il est le seul de sa génération qui est encore en vie. La plupart de ceux qui étaient décédés avaient connu des infections dues à la pollution. L’homme de quatre-vingt-cinq ans a encore la mémoire fraîche. À cette époque d’épidémie, les autorités leur reprochaient la négligence de leur cadre de vie, sans toutefois chercher la cause réelle de cette maladie. C’est grâce à l’aide de l’ONG « Santé du modeste citoyen » que l’on a découvert l’effet néfaste du canal d’eau usée sur l’environnement et la vie de la population. Le choléra a duré deux ans dans ce quartier, semant désolation et mort dans les familles. Grâce à cette ONG, plusieurs enfants du quartier ont été sauvés de cette épidémie. Gotty, le petit-fils de Nsi, en faisait partie. Cet enfant est la fierté de l’octogénaire. Il a fini ses études en Occident et va revenir bientôt. C’est à l’issue de cette triste période que l’ONG l’a envoyé en Europe, où il est resté pour étudier.

À cette époque, la gravité de l’épidémie ayant eu des échos dans le monde entier, le gouvernement a pris la décision de couvrir le canal. Mais ce n’est que du fil barbelé dressé de part et d’autre afin d’éviter que la population n’aille au contact de cette eau puante.

La saison des pluies approche, avec son cortège de maladies. Pourtant, le quartier est englouti par les ordures. Le camion de collecte d’ordures n’y passe que quelques rares fois. Ceux qui en ont les moyens payent des éboueurs pour faire le ménage, pendant que les plus courageux creusent des trous pour enfouir les ordures. Malheureusement, la grande partie de ces tas d’immondices jonche les ruelles. Pendant la saison sèche, le quartier baigne dans un nuage épais de fumée ; il faut brûler les ordures pour s’en débarrasser. Les habitants ont su adopter ces déchets, qui en contrepartie distribuent la fièvre typhoïde, la fièvre jaune, la méningite, le choléra…

La vie, à Ouffouéssou, est infernale. Une sorte de jungle en pleine ville. Chacun doit lutter pour sa survie. Tous les moyens sont bons pour réussir : vol, viol, braquage, assassinat sont les identifiants de ce bidonville. Le jeune homme se livre à la consommation d’alcool et de drogue, deux excitants qui lui permettent d’aller à la recherche de son pain quotidien. Quant à la jeune fille, elle a un moyen plus simple, selon elle : elle a plusieurs petits amis. Elle a élaboré son agenda de sorte que ces hommes ne se rencontrent pas et ne se connaissent jamais. Elle fait tout pour être la femme idéale à leurs yeux. Elle a plusieurs numéros...