La rose d'ivoire (Harlequin Prélud')

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Une rose d'ivoire, Caron Todd

Une rose d'ivoire..., délicatement ouvragrée, pâle, envoûtante, mais fragile et qu'on ne peut toucher voilà ce qu'évoque pour David Bretton la jolie Gwen Sinclair. Dès le premier regard, sans rien faire ou presque, cette jeune femme mystérieuse et apparemment inaccessible l'a intrigué. Pourtant, elle est aussi différente qu on peut l'être de lui, mais aussi des femmes qu'il a aimées jusque-là. Comme une fleur précieuse, elle semble vivre à l'abri, dans son monde à elle, protégée des réalités intouchable. Pour David, fasciné malgré lui, cette attitude est une espèce de provocation : il brûle de mieux connaître la jeune femme, de l'arracher à ce cocon où, selon lui, elle passe complètement à côté de la vie, et de l'emporter avec lui dans le tourbillon de sa propre existence. Mais le tempérament de la jeune femme n'est ni son seul mystère ni le seul obstacle qui retient David de l' approcher : alors qu'elle vit seule, Gwen porte néanmoins une alliance...

Publié le : mercredi 1 août 2007
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280262606
Nombre de pages : 352
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Chapitre 1

— Mais non, mon chéri. Je te répète que c’est du cinéma.

Gwen s’assit au bord du lit de son fils et lui caressa la joue. La rage l’étouffait. Cette baby-sitter méritait qu’elle lui remette une bonne fois les points sur les i !

Et en même temps, elle se sentait tellement coupable de ne pouvoir s’occuper elle-même de son enfant.

Le garçon s’écarta avec un geste de colère.

— Je le sais bien que c’est un film !

A cinq ans, Chris était d’une maturité surprenante, ce qui ne l’empêchait pas de tenir pour véridiques certains films de science-fiction, comme celui devant lequel Mme Henderson avait jugé bon de l’installer aujourd’hui.

Le Jour d’après racontait comment le nord de l’Amérique se retrouvait soudainement pris par les glaces, à la suite d’un dérèglement climatique.

Chris savait parfaitement où se situait Winnipeg, la ville où ils vivaient. Dans le film, toute leur région et, bien sûr, ses habitants finissaient congelés.

L’enfant semblait minuscule parmi ses peluches, toutes des répliques de vrais animaux sauvages. Ses préférées étaient son panda — cadeau de Noël de ses grands-parents —, son tigre et son ours polaire.

La nature le passionnait. Il possédait des livres sur les étoiles, les volcans, les séismes. Jamais il ne lui était passé par la tête qu’une catastrophe pût survenir dans sa province.

— Tu sais, reprit la jeune femme, le héros de ce film n’était pas un vrai professeur. C’était un comédien qui récitait un texte. Il jouait, comme tu le fais parfois quand tu enfiles ton costume de Davy Crockett.

— Mais c’est bien quelqu’un qui a écrit le texte ?

— Oui, mais pas un scientifique… C’est un professionnel du cinéma, qui s’appelle un scénariste et qui invente des histoires comme l’auteur de Boucle d’or et les trois ours. Tu crois que les mamans et papas ours vivent avec leurs oursons dans de vraies maisons avec des vrais meubles, et qu’ils mangent de la soupe dans des vraies assiettes ?

Un semblant de sourire passa sur le petit visage crispé.

— Non…

— Un océan ne peut pas submerger une ville aussi rapidement, tu es bien d’accord ?

— Bien sûr que si, protesta-t-il.

— Et cette eau gèlerait en quelques secondes ?

— J’ai vu au muséum qu’un mammouth, un vrai mammouth, avait été surpris par les glaces. Il avait encore de l’herbe dans la bouche. Il n’avait pas eu le temps de mâcher et d’avaler. Un vrai mammouth avec de l’herbe dans sa bouche, maman, insista-t-il en détachant chaque syllabe. C’était dans le film aussi. Et ce n’est pas une invention, ça !

La journée de travail avait été longue. La jeune femme rêvait de se couler dans un bon bain frais. Chris n’était pourtant pas près de s’endormir.

Comment s’y retrouver si le film mélangeait fiction et réalité ?

Il devait bien y avoir une explication concernant ce mammouth gelé.

— Il a dû mourir pendant son dîner. Ça arrive parfois. Peut-être qu’il s’est étouffé parce qu’il avait pris une trop grosse bouchée ?

— Et il aurait gelé en même temps ?

— Eh bien…

— C’est ce qu’ils ont dit dans le film.

— Ce film raconte n’importe quoi ! Et pour en avoir le cœur net, nous retournerons dès demain au muséum d’histoire naturelle, d’accord ?

Son hochement de tête affirmatif ne dissipa pas pour autant son air soucieux. Il ne demanda même pas s’ils iraient à la boutique acheter des figurines d’animaux.

— Ah, mon tout petit, viens ici.

L’enfant ne se fit pas prier pour se réfugier dans les bras de sa mère. Le panda tomba sur son oreiller comme s’il en profitait pour prendre ses aises. Gwen ferma les yeux pour mieux savourer la douceur de ce fragile petit corps et le parfum de ses cheveux. Il arriverait bien assez vite le jour où Chris n’accepterait plus ses câlins.

— Je regrette de ne pas avoir vu ce film avec toi. Nous aurions bien ri, tous les deux, devant ces scènes ridicules. Et je sais que ton papa aurait ri, lui aussi.

Chris leva les yeux vers le mur en face de son lit. La faible lueur de la fenêtre suffisait à éclairer la fresque qu’ils avaient peinte ensemble aux dernières vacances. Pour un enfant si jeune et une personne sans talent artistique particulier, ils s’étaient bien débrouillés. Leur composition représentait un grand ciel bleu parsemé de nuages blancs suspendus au-dessus d’un paysage champêtre. Des oiseaux et des nids occupaient les arbres fruitiers. Posée sur un tapis herbeux, une maisonnette carrée avec un toit de tuiles rouges — qui ressemblait à la leur — était entourée d’un jardin planté de marguerites et de pensées.

Aucun humain n’était dessiné. En revanche, ils avaient accroché des photographies du père de Chris.

On voyait Duncan à différentes époques de sa vie, adolescent pédalant debout sur un VTT, adulte brandissant fièrement un saumon aussi long que son bras, ou habillé en militaire à côté d’un hélicoptère de la Canadian Air Force.

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