La route interdite

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La route interdite est un très beau récit d'aventure dans lequel Henri de Monfreid prouve une nouvelle fois ses talents de conteur.

Publié le : mercredi 23 mai 1979
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246079699
Nombre de pages : 276
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INTRODUCTION
NOTES GÉOGRAPHIQUES ET TECHNIQUES
L'EMPIRE ROMAIN, qui pendant tant de siècles représenta le monde civilisé, recevait les épices, l'encens, la myrrhe, la pourpre et les essences rares, des contrées lointaines entrevues par Alexandre.
Les voyageurs et les marins, par des routes différentes, tentèrent d'atteindre ce nouveau pactole aux inépuisables richesses. Bien peu y réussirent, mais aucun ne put en assurer l'accès aux marchands romains. Ces aventuriers et surtout ceux qui n'arrivèrent pas au bout de leur voyage , en rapportèrent, à défaut de richesses, les récits fabuleux que l'imagination et la verve des aèdes, puis des poètes, magnifièrent par leurs chants.
Longtemps les caravanes, venues par la voie qu'avait tracée le conquérant macédonien, furent la seule liaison commerciale avec ces mystérieuses contrées. Mais cette route à travers des pays inconnus aux montagnes vertigineuses et aux déserts immenses, cette route jalousement gardée par des tribus barbares, était longue et périlleuse. Le
voyage durait souvent plus d'une année quand la caravane manquait certains passages en temps voulu, c'est-à-dire à la saison favorable où les ponts de glace permettent de franchir les gorges escarpées des hauts plateaux persans, ou bien avant les saisons pluvieuses de l'Inde.
Dans ces conditions les marchandises amenées à traverstant de périls et de dangers atteignaient des prix si élevés que seuls les rois ou les rares favoris de la fortune en pouvaient faire usage.
On imagine quel bouleversement dut subir le commerce quand les premiers navires apportèrent ces marchandises en Egyple par le Sinus Arabicus, autrement dit la mer Rouge.
Ce transport par mer, non seulement plus rapide mais infiniment plus sûr, n'était pas grevé de toutes les redevances, souvent fort élevées, imposées par les innombrables roitelets de ces terres barbares.
Ces navires étaient montés par des Sabéens dont le royaume longeait le littoral de la mer Rouge, au sud des brûlants déserts de l'Arabie Pétrée jusqu'au sinistre détroit de Périm, si justement appelé Bab el-Mandeb (Porte des Larmes) par les navigateurs des temps anciens et modernes qui demandaient aux vents la faveur de leur souffle.
Avec l'abaissement des prix de ces denrées de luxe, et les besoins nouveaux des affranchis, devenus souvent plus riches que leurs anciens maîtres, le commerce des épices prit une importance inattendue. Les marchands arméniens et grecs, maîtres de tous les marchés où les Romains se pourvoyaient, ne tardèrent pas à abandonner ceux d'Alexandrie et de Pélusium pour aller au-devant des marchandises et les avoir à meilleur compte en évitant aux navires de remonter le golfe de Suez, long couloir de cent cinquante milles, à peine large de quinze et sans cesse balayé par de violents vents du nord.
C'est ainsi que des ports se créèrent à l'abri des nombreux récifs à l'ouest de l'île Chadwan qui marque l'entrée du golfe en face du massif du Sinaï.
Les marchands égyptiens frustrés de leur commerce au delta du Nil se fixèrent plus au sud encore et ainsi se créa le port Aenus (plus tard Coseir) qui est le point du littoral le plus voisin du fleuve.
Là les trafiquants sabéens, bien aises d'éviter de longs jours de navigation vent debout, consentirent de notables rabais, el d'autant plus volontiers qu'ils trouvaient sur placedes marchandises d'échange telles que les étoffes, le fer et le cuivre.
Les vaisseaux de cette époque ne pouvant utilement louvoyer, bien rares étaient ceux qui pouvaient revenir à leur point de départ. Quant aux galères, la mer y était trop courte et les vents trop violents pour la vogue. De tels navires risquaient d'être emportés au sud par le courant de jusant qui apaise les vagues en fuyant dans leur sens, tandis qu'aux heures de flot ce courant, favorable pour monter nord, rend la mer si hachée et déferlante qu'un petit navire y serait en perdition s'il tentait l'aventure. Dans ces conditions, les voiliers sont contraints d'attendre une providentielle bourrasque de sud qui, trois ou quatre fois l'an, souffle pendant dix ou douze heures; ils se laissent alors emporter vent arrière par cette tempête aussi loin qu'elle peut les porter; mais si du premier coup ils n'atteignent pas le port, ils doivent à nouveau s'abriter des vents du nord et attendre la problématique renverse.
On conçoit combien, en de telles conditions, la remontée de la mer Rouge et du golfe de Suez est un grave souci, car si le vent du sud, si impatiemment attendu, par malchance se lève dans la nuit, non seulement il faut à l'instant même abandonner l'abri qui protégeait de celui du nord, mais encore s'en aller en aveugle sur une mer que l'on sait parsemée de récifs.
Les Egyptiens, puis les Romains, lentèrent d'envoyer des navires au pays des épices, mais la rive ouest de la mer Rouge, la seule où leurs vaisseaux pouvaient faire escale, ne se prêtait malheureusement pas à cette navigation. Aucun récif, aucun archipel, sauf celui de Dahalak au sud, ne protège de la grosse houle soulevée par les vents régnants soufflant toujours parallèlement à l'axe de la mer Rouge. C'est ainsi qu'ils furent amenés à créer des ports aux entrons du détroit de Bab el-Mandeb, tels que la Phéron de Ptolémée.
La côte d'Arabie au contraire est tout au long protégée par une bande de récifs et d'îlots qui permet de naviguer surun chenal relativement calme et sans courants. De plus la proximité des montagnes y amène, quelques heures avant l'aube, des brises de terre grâce auxquelles un voilier peut aisément parcourir en quelques heures ce qu'il aurait dû gagner péniblement en louvoyant plusieurs jours. Mais les Arabes, jaloux des avantages naturels de leurs côtes, en interdisaient l'accès aux navires étrangers. Quand l'un d'eux s'y aventurait, malheur à lui s'il devait jeter l'ancre - el la mullitude des récifs l'y contraignait sitôt la nuit venue. Il était alors assailli par les petites barques légères des Sabéens, les « zarougs », qui, après l'avoir pillé, massacraient l'équipage ou emmenaient en captivité ceux qui pouvaient payer rançon.
Pour comprendre le récit, qui va suivre, un mot sur le régime des vents en mer Rouge est nécessaire. Il suffit de savoir qu'au nord du tropique du Cancer, les vents soufflent toute l'année du nord. Ce vent de nord-nord-ouest se continue jusqu'à Périm pendant six mois, d'avril à septembre, mais d'octobre à mars cette partie sud de la mer Rouge subit un vent violent de sud-sud-est qui s'arrête au tropique.
Dans ces conditions, un voilier venant d'Egypte après avoir descendu la mer Rouge vent arrière jusqu'au 23eparallèle, ou bien trouvait les vents contraires S.-S.-E. et dans ce cas devait forcément s'abriter pour attendre la renverse qui se produit au mois d'avril, ou bien, s'il y arrivait après cette ° époque, il continuait à courir vent arrière.
Il parvenait ainsi au terrible délroit toujours au moment où la mousson d'été soufflait avec violence et risquait de l'emporter vers les immensités inconnues de l'océan Indien.
De terri fantes légendes, soigneusement entretenues par les conteurs arabes, faisaient de l'île Périm le repaire de génies malfaisants au service d'un monstrueux dragon, implacable gardien du détroit. Les plus sceptiques perdaient tout leur courage à l'aspect de ces cratères déchiquetés surgis d'une mer en furie, comme des monstres menaçants. Des roches calcinées aux formes hallucinantes et des coulées de scoriesrougeâtres encerclaient une rade intérieure, cratère effondré où les vagues s'engouffraient avec un fracas de tonnerre. C'était là le repaire du dragon qui, la nuit venue, dévorait les navires assez imprudents pour avoir tenté de franchir le détroit.
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