La Sagesse-folle du Messie

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Beaucoup de gens attendent le Messie. Certains depuis des lustres. Ils peuvent toujours attendre, ou lire ce livre.

Un sage a dit un jour : « Les attentes réduisent la joie » ; elles nous empêchent de vivre la joie de l’instant présent et d’apprécier la beauté de la vie. Cette vie nous est devenue si fade que nous attendons un Sauveur, quelqu’un ou quelque chose qui viendra nous sortir de notre marasme. Nous attendons la Grâce divine, nous espérons, et l’espoir fait vivre.

Et si la Grâce était déjà là, et qu’il suffisait de peu pour retrouver sa Lumière, disons, d’un peu d’humour. Car aborder la vie sans un soupçon d’humour tue la joie. C’est là un des éléments clés du message du Messie à la « sagesse folle ».

La Sagesse-Folle du Messie est une fiction spirituelle humoristique. Certains y verront une satire de la condition humaine, d’autres une parodie de la comédie divine de Dante. Certains n’y verront qu’une vaste farce, d’autres une révélation. On y trouvera en tout cas une introduction sommaire à la science des mantras, de la poésie, des contes, des blagues à la sagesse renversante, et surtout des dialogues vivants et riches qui font de cette fiction une oeuvre originale.

Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 2952155402
Nombre de pages : non-communiqué
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Prologue
Le parc de la Torse avait délaissé le manteau grincheux de l’hiver et revêtu la robe multicolore du printemps. L’herbe grasse et verte des pelouses dressait sa tête vers le fier azur de Provence. Les fleurs de toutes parts exposaient leurs corolles au dieu Soleil. Les promeneurs épris de poésie se laissaient ensorceler par la beauté de leur robe. Le ruisseau ne grondait plus, il chantait. Les arbres ne pleuraient plus, ils souriaient. Les abeilles et les fourmis ne dormaient plus, elles dansaient. La nature riche et secrète s’esclaffait sans retenue et entraînait le désœuvré que j’étais dans sa douce ronde. Il n’était pas encore midi, la chaleur montait mais la brise gardait sa fraîcheur matinale. En face de moi, la mare aux canards. Je leur avais apporté un peu de pain rassis, et comme je jetais quelques miettes sur l’étang, ils vinrent en nombre goûter la manne du boulanger. Les plus gros se précipitaient sur la nourriture mais j’avais l’œil, et je n’oubliais pas les petits. Je lançais même des bouts de pain à ceux qui restaient tapis sous les arbustes et ne demandaient rien. Cela me procurait une joie simple, la joie du désœuvré. La distribution achevée, je restai quelques instants à contempler les éclats de lumière qui jouaient sur l’eau puis je m’assis sur le banc le plus proche, sous l’auspice d’un saule pleureur. Je fermai les yeux. – Puis-je m’asseoir à côté de vous ? J’ouvris les yeux, un peu agacé par cet intrus. Un homme de haute stature, aux épaules larges et à l’air émacié, aux cheveux ébène, attachés en queue de cheval. Il portait une chemise blanche simple et un jean délavé. Un type banal, si ce n’étaient ses baskets d’un rouge vif, un léger accent et des yeux bleus d’une clarté rare.
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– Oui, si vous voulez, lui répondis-je, alors que je désirais être seul. Tout seul sur ce banc. Le parc était vaste et les bancs nombreux, pourquoi avait-il fallu qu’il veuille s’asseoir sur ce banc ? Mon banc. Un banc public, certes, mais... Bah, je resterai encore deux minutes et puis je m’éclipserai discrètement vers un autre banc, de l’autre côté du parc. Do you speak English ?me demanda-t-il soudain. – Euh,yes... répondis-je, maladroitement. !Good, so let’s speak French  Je m’appelle Emmanuel, je suis Américain. Il me tendit la main et je fis de même, machinalement. – Enchanté. Je n’aimais pas particulièrement cette manière assez cavalière d’aborder les gens. Il dut se satisfaire de cette seule réponse. – La vie est belle, n’est-ce pas ? dit l’Américain en s’étirant sur le banc, comme si le monde lui appartenait. – Cela dépend des jours... – Mais, aujourd’hui, ici et maintenant, la vie n’est-elle pas belle ? dit-il avec un large sourire, que je jugeais moqueur. Inconsciemment, je me mis à fixer le sol. – Cela demande réflexion, répondis-je. – Ah, vous avez besoin de réfléchir pour savoir si vous êtes heureux ou pas ? Non mais, de quoi j’me mêle !? J’étais bien tranquille dans mon coin, assis sur mon banc, et voilà que ce quidam me faisait la leçon, quel toupet ! Devant mon air quelque peu outré, il poursuivit la conversation d’une manière plus douce, conscient de m’avoir froissé. – Je vous ai vu jeter du pain aux canards. Ils avaient l’air heureux, et vous aussi. – Ce n’était que du pain, répliquai-je. – En effet, mais c’était aussi de la joie. La joie de donner et de recevoir, mais une même joie.
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– Je ne sais pas ce qu’éprouvent les canards, rétorquai-je. Il leva les yeux vers l’azur. – Lorsque le ciel est restégraylongtemps... – Gris. Resté gris. – Lorsque le ciel est resté gris longtemps et qu’il a plu des chats et des chiens... – Il a plu à verse. – C’est ça. Pardonnez mon français. – Ce n’est rien, votre français est excellent. – Ma mère est française, mais j’ai toujours vécu aux États-Unis, me confia-t-il. – Ah ? Vous disiez ? – Lorsque le ciel est resté gris longtemps et qu’il a plu à verse, un rayon de soleil est un signe qu’il ne faut pas écarter. Je fronçai les sourcils. Où voulait-il en venir ? – Quel rapport avec les canards ? – Aucun. Si ce n’est que votre vie n’est pas toujours grise, qu’après la pluie, le beau temps et que le soleil brille toujours au-dessus des nuages. Apprenez à suivre votre joie, elle est votre passeport pour le soleil. Il pointa le doigt vers l’astre et mes yeux suivirent son geste. Je ne pus soutenir la luminosité qu’une seconde. Une seconde pendant laquelle je sentis en moi quelque chose tomber, se briser, comme si une écorce de moi-même s’était détachée. Un sentiment diffus de tranquillité m’enveloppa alors. – Qui êtes-vous ? demandai-je, intrigué par ce sentiment étrange. – Un ami qui vous veut du bien. Un ami à qui vous avez ouvert la porte aujourd’hui en jetant des miettes de pain aux canards. Il souriait. Un sourire large. Un sourire franc. – Mais, je ne vous connais pas. – Oh, si, vous et moi nous nous connaissons depuis toujours. On peut oublier, suivre des chemins différents, mais à l’heure de retourner vers l’Éternel, nos vies se recroisent.
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À présent ses yeux me fixaient, comme pour déchirer le voile de l’oubli. – Vous êtes bien énigmatique, repris-je. – Je ne le serai pas très longtemps. Il me tendit un manuscrit d’une centaine de pages. Je ne me souvenais pas l’avoir vu un livre ou un sac à la main. – Qu’est-ce que c’est ? demandai-je. – Mon autobiographie et d’autres choses qui vont certaine-ment vous aider. Ainsi vous en saurez davantage sur votre ami dans cette vie-ci... – Je vous remercie, mais... – Je vous en prie, lisez-le. Vous savez, on aide toujours un ami dans le besoin, alors j’ai pensé à vous. – Ai-je l’air malheureux ? – Un peu. Entre amis, on doit se soutenir lorsque l’un ou l’autre faiblit et perd la joie de vivre. Mais la véritable amitié, c’est aussi la conscience réciproque d’aller ensemble vers le même but, le même idéal. Et les énergies qui animent cette conscience sont la joie et le rire. La joie d’être ensemble et les rires qui en jaillissent, car la joie est très pétillante. Et aborder la vie sans le sens de l’humour tue l’amitié. Lisez ces pages, si l’histoire vous plaît, faites-la partager. Je regardai le manuscrit, un peu perplexe. – Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi étrange que vous. – Vous voulez dire un ami étranger aussi étrange ? – Vous m’avez compris. – En parlant d’étranger et d’étrange, connaissez-vous le zen ? – Euh, le truc bouddhiste ? – Plus particulièrement le bouddhisme zen japonais venu de e Chine auXIIIsiècle. – Je ne connais rien à ce genre d’exotisme... Il esquissa un sourire. – Peu importe. Avant de prendre congé de vous, je voulais simplement vous conter cette histoire zen :
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« Il y avait un moine zen célèbre du nom de Gasan. Il était chargé d’un temple. Or, un jour vinrent des officiers japonais en manœuvre. Ils réquisitionnèrent le temple pour en faire leur quartier général. Bien sûr, ils eurent faim. Gasan recommanda au cuisinier : – Tu feras aux officiers les mêmes simples repas que pour nous. Cela rendit furieux les soldats habitués à un traitement spécial. Un des officiers vint donc voir Gasan et lui dit : – Qui crois-tu que nous sommes ? Nous sommes des soldats qui sacrifions nos vies pour leur pays. Pourquoi n’avons-nous pas le traitement qui nous est dû ? Gasan répondit alors sévèrement : – Et qui crois-tu que nous soyons, nous ? Nous sommes des soldats de l’humanité, et notre but est de sauver tous les êtres. » C’était une histoire intéressante et j’attendais qu’il la déve-loppe, mais il se tut. – C’est tout ? – Oui. – Et la morale de l’histoire ? – Plus tard, lorsque vous aurez lu mon autobiographie. – Pourquoi tant de mystère ? – Parce que c’est bien ainsi. Bon, je vous laisse, mon ami. Take care. À la semaine prochaine, même jour, même heure, même banc. Je n’eus pas le temps d’articuler un seul mot qu’il filait déjà vers la sortie du parc. Je restai comme cloué au banc. Que faire ? La semaine suivante, je devais partir à Paris. Vite, il fallait que je le rattrape à tout prix. Il n’avait pas pu aller bien loin. Je me mis à courir. J’aperçus sa silhouette disparaître au coin de la route. Je courus de plus belle. Mais, croyant l’avoir rejoint, je ne vis plus personne. Il s’était littéralement vola-tilisé ! Étrange, ce type mais sympathique au demeurant... Zut !
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Son manuscrit ! Dans ma hâte je l’avais laissé sur le banc. Je repartis donc à vive allure vers la mare aux canards. Le livre était toujours là. Je poussai un « ouf » de soulagement. Personne ne semblait y avoir touché. Je le mis sur mes genoux et l’ouvris à la première page. Le titre avait de quoi surprendre et prêtait volontiers à rire : «La Sagesse-Folle du Messie. »
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