La saison des fleurs sauvages

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Série Happiness Key, tome 1

Encore sous le choc d’un divorce douloureux qui l’a plongée dans une grande solitude, Tracy Deloche part s’installer dans la presqu’île de Happiness Key, le seul bien qu’il lui reste et que lui a transmis son ex-mari. Là, sous le soleil étincelant de Floride, elle espère se reconstruire et prendre un nouveau départ. Mais, à son arrivée, rien ne se passe comme prévu : au lieu des grandes villas lumineuses qu’elle imaginait le long d’immenses plages de sable fin, elle ne trouve que de modestes maisons perdues au milieu des fleurs sauvages. Des maisons au charme suranné et dont les habitants hostiles semblent se méfier d’elle – particulièrement son plus proche voisin, un homme étrange qui vit à côté du petit pavillon inoccupé où elle a choisi de s’installer. Désemparée, Tracy ne sait comment réagir. Jusqu’au jour où un événement vient ébranler l’atmosphère paisible de Happiness Key.

A propos de l'auteur :

Richesse de l’intrigue, finesse de l’analyse psychologique, souffle romanesque : telles sont les qualités des romans d’Emilie Richards, qui lui valent d’être régulièrement classée sur les listes de meilleures ventes aux Etats-Unis. Elle sait capter l’air du temps et tendre à ses lecteurs, avec un brio plein d’humour, un miroir romancé de leur propre vie. Avec légèreté, mais aussi avec profondeur.


Série Happiness Key


Tome 1 : La saison des fleurs sauvages
Tome 2 : La maison des secrets
Tome 3 : Le parfum du thé glacé
Publié le : jeudi 1 juillet 2010
Lecture(s) : 42
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280252331
Nombre de pages : 640
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A ma tante, Laura Coleman, avec ma plus sincère
affection et mes remerciements pour tous ces jours
heureux passés, dans mon enfance, à Pass-A-Grille et
Treasure Island.

1

Tracy Deloche frappa pour la troisième fois au montant de la porte moustiquaire — avec le poing pour plus d’efficacité —, mais le vieil Herb Krause ne répondit pas plus que les fois précédentes. La seule chose que la jeune femme obtint de l’opération, ce fut une écharde sur le tranchant de la main.

Elle esquissa une grimace de douleur et retira le petit éclat de bois avec des ongles qui avaient sérieusement besoin d’une visite chez sa manucure. Hélas, la douce Hong Hanh officiait à deux mille kilomètres de là, bichonnant les mains délicates de ses clientes pour des tarifs exorbitants, pendant qu’elle-même tambourinait aux portes pour tenter de récupérer de maigres loyers qui lui permettraient de remplir son réfrigérateur et son réservoir d’essence.

— Monsieur Krause, vous êtes là ? cria-t-elle.

D’où elle se trouvait, elle pouvait voir la vieille Dodge garée derrière la maison et elle était sûre d’avoir bien choisi son heure. Mais, apparemment, elle avait autant de succès en matière de récupération de loyers qu’en tout autre domaine, ces temps-ci.

Elle se laissa choir sur un banc de bois, à côté de trois orchidées en pots, saisie par une vague de découragement. Un éclair vert et visqueux passa entre ses pieds et disparut dans le paillis de mousse espagnole. C’était cela, la Floride — un endroit grouillant de bestioles qui vous passent continuellement entre les jambes ou au ras de la tête, et dont certaines ont des pattes encore plus maigrelettes que celles des poulets de fast-food.

Happiness Key…

Elle laissa échapper un petit rire, qui sonna dans sa gorge comme un sanglot étouffé.

C’était CJ, son ex-mari, qui avait baptisé ainsi la pointe de l’île où se trouvaient le pavillon d’Herb Krause et quatre autres habitations semblables. Dans l’un de ses rares élans poétiques, il avait même qualifié ce terrain de « yin et yang de la Floride ». D’un côté, des plages de sable blanc où se dressaient de grands palmiers agités par la brise tropicale ; de l’autre, la beauté de la Floride à l’état brut. Mangroves et alligators, une multitude d’oiseaux migrateurs et des marais bruissant de mille chants qui composaient la plus douce des musiques naturelles. Qui n’aurait pu trouver le bonheur, ici ? CJ, en tout cas, comptait bien y faire fructifier sa fortune, pourtant déjà considérable, en transformant toute cette partie de l’île en paradis pour riches retraités désireux de partager ce rêve d’exotisme : marinas et résidences haut de gamme, sur fond de nature sauvage.

Le ronflement d’un appareil de climatisation, sur un côté du pavillon, rappela à Tracy cette sensation de faire une incursion dans l’Antarctique qu’elle avait en entrant chez le vieil Herb. Elle se demanda non sans inquiétude dans combien de temps cet appareil d’un autre âge allait rendre l’âme, l’obligeant encore à dépenser des centaines de dollars pour le remplacer.

Herbert Krause était plus vieux que les mangroves qui bloquaient l’accès à la baie, plus vieux que les sépultures situées à l’extrémité de la péninsule de Palmetto Grove, où les premiers habitants de Floride avaient enfoui leurs défunts. Rien d’étonnant à ce que le contrôle de sa température interne soit quelque peu déréglé. Tracy s’estimait encore heureuse que le bonhomme réglât sa facture d’électricité. L’expulsion d’une personne âgée lui aurait procuré le genre de publicité tapageuse dont elle se passait volontiers.

Elle en avait eu sa dose en Californie !

S’adossant au mur cimenté du pavillon, elle croisa les bras et ferma les yeux, offrant dans un long soupir son visage à l’air déjà frémissant. Elle n’avait pas consulté sa montre depuis son réveil, mais il ne devait pas être loin de 9 heures.

Sur les côtes du golfe de Floride, l’été battait son plein dès le mois de mai. Tracy n’avait jamais passé l’été ici et elle se dit que juin serait peut-être encore pire ; peut-être même serait-ce insupportable… Mais étant donné la vie qu’elle menait depuis son divorce, elle n’en était plus à quelques désagréments près, alors quelques degrés ! Même si l’humidité, sous l’effet de la condensation, prenait l’épaisseur d’une purée de pois, cela ne lui ferait ni chaud ni froid. Elle en prélèverait même quelques cuillerées et trouverait bien à en faire quelque chose !

C’était là son nouveau leitmotiv : quoi qu’il arrive, elle saurait désormais toujours en voir le bon côté ou en retirer un avantage.

Une porte grinça tout près d’elle et, dans un bref sursaut d’espoir, elle se dit qu’Herbert Krause s’était enfin frayé un chemin dans la toundra glaciale de son séjour. Puis elle entendit un bruit qui ressemblait à celui du va-et-vient d’un balai sur un sol en ciment. Non, ce n’était pas Herbert.

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