La singularité Tania

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Un homme raconte, dans "La singularité Tania", une histoire d'amour qui parvient à être aussi une histoire d'amitié , un autre, le narrateur d' "En attendant que le ciel se déchire", offre une variation surle même thème où l'amour tend à transcender, naturellement si l'on ose dire, et le temps et l'espace , celui de "Kevingrid", en filigrane du conte, ose mettre en doute la pertinence de certaines théories de la psyché , "Deleatur", au-delà du jeu sur le mot, s'attache aux mots précisément dont le mésusage fait advenir, dans cette histoire, des événements indésirables , "Trop loin de Pompéi" s'attache à la question de la frontière entre le réel etl'imaginaire.
Publié le : lundi 8 janvier 2001
Lecture(s) : 57
EAN13 : 9782748106381
Nombre de pages : 127
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La singularité Tania
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748106393 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748106385 (pour le livre imprimé)
Sylvain Génel
La singularité Tania
NOUVELLE
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LA SINGULARITE TANIA
Louis et moi, si je ne m’abuse, cela faisait bien trente ans que nous nous connaissions. Après tout ce temps, bien sûr, la mémoire n’est plus aussi fiable qu’à l’époque de l’adolescence, mais tout de même et bien qu’il me soit forcément très difficile aujourd’hui d’avoir une conscience claire de ce qui nous dif férenciait l’un de l’autre , il me reste de cette ère lointaine quelques souvenirs suffisamment précis pour que je puisse les rapporter. Souvenirs d’autant plus fiables qu’ils ne cessent à présent de se confondre à ceux que sa femme me raconte, transcriptions exactes de ce que Louis luimême avait cru bon de révéler à Tania, m’atelle expliqué, tout au long de ce long déroulement de jours emplis d’échanges verbaux qui constituait leur vie matrimoniale. Il me paraît étrange, aujourd’hui, cet homme que j’étais au début de leur rencontre, il y a vingt ans déjà, connaissant Louis sur le bout des ongles et fermement convaincu que cette femme, Tania, n’était pas du tout faite pour lui. Et pourtant ! Si ma mémoire est bonne, il s’en est fallu de deux ou trois mots à peine, appuyés d’un regard sans équivoque, pour qu’une vie entière change définitivement de cap. C’était dans une station de métro, un soir d’avril, où Louis et moi étions rentrés fatigués d’avoir passé toute la journée à ne pas suivre nos cours. J’avais vingtcinq ans, lui vingtsept, Tania
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’n’en avait que dixneuf mais nous ne le savions pas encore. Louis feignait d’étudier la physique, moi l’histoire de l’art. Tania étudiait sérieusement les ma thématiques mais cela non plus, ni lui ni moi ne le sa vions encore. Aujourd’hui, évidemment, je sais que le sérieux de Tania était soigneusement étudié. Les femmes de son genre, c’est à dire plutôt jeunes, à peu près fraîches, suffisamment naïves pour être bernées facilement et en même temps suffisamment intelligentes pour n’être pas dupes de notre sincérité affectée, nous connaissions. A cette époque, selon les statistiques que nous mettions scrupuleusement à jour le premier de chaque mois, elles constituaient en moyenne trentesept pour cent de nos conquêtes trimestrielles, ce qui signifie que sur une semaine, deux Tania au moins avaient l’honneur de visiter l’apparte ment que nous partagions. En elle, c’est vrai, j’avais pourtant très vite senti comme une réserve, une sorte de distance indéfinissable qui se manifestait à l’égard de tout, et nécessairement, qui lui interdisait d’entrer dans quelque catégorie que ce fût. Avec elle, il était manifeste que la théorie montrait ses limites. Et je me souviens que lorsque, comme d’habitude, j’avais laissé à Louis les clés de l’appartement pour qu’il utilise avec Tania le créneau horaire qui lui était réservé, pour tuer le temps, j’échafaudais en me promenant les bases d’une autre théorie, beaucoup plus apte que la précédente à rendre compte de ce que j’appelais alors, avec une de ces presciences qui s’ignorent et dont on mesure avec stupéfaction, rétrospectivement, le pouvoir prédictif, la "singularité Tania". Singulière, il se révéla en effet qu’elle l’était audelà de toute mesure : à mon retour de promenade, non seulement elle n’était pas partie, mais Louis me demandait de lui abandonner définiti vement l’appartement pour la simple raison qu’il avait décidé de vivre avec elle. Stupéfiante, l’annonce de cette décision ne l’était en rien comparée à l’absolue métamorphose de son regard. Il avait suffi d’une heure
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