la sixième porte

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J'étais dans mon lit. Ça c'est indéniable. On ne peut quand même pas me soupçonner du meurtre de Grégoire, même s'il l'a mérité cent fois, même si j'en ai rêvé. Rêver d'une chose et la commettre, surtout si cette chose est une des plus horribles qui soient, un assassinat par vengeance de surcroît, il y a une marge! Une marge que je n'aurais pu franchir qu'en sortant de mon lit. Mais je ne l'ai pas fait. Ça c'est sûr, je suis resté dans mes toiles. Sophie pourra en témoigner. C'est absurde cette histoire. Pouvoir régler ses comptes en dormant, sans se salir les mains. C'est à la fois effrayant et excitant. Mais quand les rêves de Christophe L. deviennent réalité, la réalité devient cauchemar...
Publié le : mardi 6 avril 2004
Lecture(s) : 45
EAN13 : 9782748125306
Nombre de pages : 220
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La sixième porte
Pierre Saint-Witz
La sixième porte
FANTASTIQUE
Le Manuscrit www.manuscrit.com
Éditions Le Manuscrit 2004 5bis, rue de l’Asile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.comISBN : 2-7481-2531-2 (Fichier numérique) ISBN : 2-7481-2530-4 (Livre imprimé)
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LE VOYAGE
Pierre Saint-Witz
Je m’enfonçais dans la forêt. Une de ces immenses forêts profondes et sans couleur comme il en existe seulement dans les contes de fées et qui sont le repaire de noires sorcières. Je ne sais pas où elle était située cette forêt, et je ne sais pas non plus comment j’y étais entré, ni ce qui j’y faisais. J’étais dedans, c’est tout et j’avançais sans savoir où j’allais. Pas de bruit aux alentours, pas de gazouillis d’oiseaux, pas le moindre bruissement de feuilles, pas le plus petit craquement de branche, pas le bruit de mes propres pas. Rien. Je n’entendais rien, pas même le silence. Pas davantage d’odeurs. C’est en vain que je recherchais cette senteur caractéristique des sous-bois où se mêlent les effluves de champignons, de feuilles mortes, de terre humide et de mousse fraîche. Ça ne sentait rien. On aurait dit une forêt aseptisée. Les hauts arbres d’une essence inconnue s’élançaient vers le ciel et entrelaçaient leurs cimes pour former une voûte opaque qui çà et là laissait filtrer une parcimonieuse clarté. Il devait faire grand jour à l’extérieur, et moi j’avançais dans les ténèbres. Je marchais dans un sentier étroit et encaissé entre deux talus abrupts, moussus, que des racines noueuses boursouflaient. Une fine couche de brouillard rosé enveloppait mes pieds jusqu’aux chevilles et m’empêchait de voir la surface même du chemin. Il me sembla que cette dernière était douce et moelleuse, et je l’aurais volontiers comparée à une moquette, fort confortable au demeurant. Je ne sais pas depuis combien de temps j’errais dans ces lieux improbables. J’ignore également ce que j’y
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cherchais. L’endroit paraissait inhospitalier, mais je n’avais pas peur. Au contraire, je m’y sentais bien, je m’y sentais comme chez moi et sans savoir où j’allais, j’y allais d’un pas léger. C’est extraordinaire comme je me sentais léger, je me sentais comme porté par une puissance supérieure qui par instants m’aurait donné la force et le pouvoir de voler. Je n’éprouvais plus cette pesanteur dans les membres qui habituellement m’interdit les efforts prolongés et me contraint à des pauses forcées. Je crois que j’aurais pu marcher ainsi toute la nuit. La nuit ou le jour, à midi ou à minuit, je ne sais, je n’avais pas la moindre notion du temps. Le chemin qui me guidait fit un coude vers la gauche, oui vers la gauche, je m’en souviens parfaitement à présent. Je me demandai même à ce moment précis ce qu’il y avait après le virage. Une intense curiosité s’était éveillée en moi. J’étais impatient de savoir, et je me précipitai. Mes jambes me soulevèrent, et chacun de mes pas me projetait en avant, en bonds prodigieux, comme si j’avais utilisé une sorte de tremplin. Je n’avais jamais rien ressenti de pareil, une telle force et telle puissance m’enivraient presque, je me régalais. Après le tournant, le chemin présentait une déclivité qui allait s’intensifiant. Je m’y lançai allègrement. Je sautais de plus en plus haut, de plus en plus vite, de plus en plus loin. Le chemin descendait à pic. Je trébuchai sur quelque chose, une racine en saillie peut-être, un rocher, je ne sais, je n’ai rien vu. Je tombai. Puis un roulé-boulé interminable m’amena à la lisière d’une clairière. Curieusement, je n’étais ni assommé ni seulement contusionné après la furieuse cascade que je venais d’exécuter. Je tâtai mes membres. Je ne souffrais pas. Je me sentais toujours aussi bien, incroyablement bien. Je me
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relevai. Instinctivement je voulus épousseter mes vêtements, je m’aperçus alors que j’étais nu, tout nu. Cela ne m’étonna pas outre mesure ni ne m’inquiéta. Je haussai les épaules. Debout au bord de la clairière, je tâchai de m’orienter. En vain. Je ne savais toujours pas où je me trouvais, mais cela ne me préoccupait pas vraiment. Je fis quelques pas sous les lueurs diaphanes d’un soleil de petit matin. La clairière en question où je venais d’échouer était bitumée et lisse, elle ressemblait plutôt à un gigantesque parking. Etonnant non ! Des automobiles y étaient rangées sur des files impeccablement parallèles, interminables. Je me penchai à la vitre de la première voiture, personne à l’intérieur. Personne dans la seconde, personne dans la troisième, j’étais seul. Je me sentais bien. Des voitures de quelle marque ? De quel modèle me demanderez-vous ? Je ne sais pas, il me semble que c’était des voitures hors du marché. Ce qui est sûr, c’est qu’elles étaient blanches, longues et larges comme des limousines d’émirs arabes. Je me souviens aussi m’être penché et avoir compté les roues, il y en avait six sous chaque auto. J’en suis certain, cela m’a étonné sur le coup. J’étais au beau milieu du parking lorsque j’entendis ce vrombissement. C’était la première fois que quelque chose ou quelqu’un se manifestait depuis le début de mon voyage. Un ronronnement métallique vrillait l’atmosphère. Je clignais les yeux vers le soleil pâle, et je vis l’insecte énorme et brillant qui ressemblait à un très gros frelon de tôle et d’acier avec des yeux rouges, clignotant. Il virevoltait au-dessus de ma tête. Il n’avait pas l’air
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belliqueux et semblait simplement me surveiller de haut. J’avais traversé de part en part le parc de stationnement et j’arrivai de l’autre côté de la clairière. Le frelon de métal tournoyait toujours au-dessus de ma tête et ferraillait de plus en plus, c’était assommant à la longue. Je courus, je tentai de lui échapper, impossible. A chaque tentative, il piquait vers moi comme un sinistre oiseau de proie et me foudroyait de mille regards pour m’interdire de rebrousser chemin et me guider vers l’une des six issues qui s’ouvraient devant moi au travers des bois. Des sorties qui étaient autant d’invitations à poursuivre le voyage. Des portes encadrées de hauts piliers de pierre recouverts de lierre. Des portes attirantes qui donnaient sur l’inconnu… Sans trop y réfléchir, j’optai pour la première, à ma gauche. Ce n’était plus un sentier. Après avoir traversé un épais rideau d’arbres sans nom, je me retrouvai dans une rue, une rue absolument déserte, mais une rue avec des immeubles de chaque côté, des trottoirs, des lampadaires. L’insecte de fer me suivait à une distance respectable, et de temps en temps, par fatigue ou pour toute autre raison que j’ignore, il se posait à terre, soit devant moi, soit derrière moi et cessait son vacarme. Les bâtiments qui se dressaient de part et d’autre étaient blêmes, fermés, muets, inquiétants. Ils semblaient retenir derrière de sourcilleuses façades tant de lourds secrets que leurs portes et leurs fenêtres closes se gondolaient sous la pression et s’apprêtaient à craquer. Je n’étais pas curieux et je poursuivis ma route, le regard
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