La Sonate

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Elodie Pinel réveille, avec ce premier roman, un sentiment de sérénité qui confine à l'amour. A l'histoire de Clara, jeune pianiste, répond celle d'Ernestine, son arrière-grand-mère : Ernestine niée dans son humanité par sa condition de domestique, Ernestine que l'initiation à la musique élève à la beauté et à l'amour. Pianissimo, les notes de musique s'égrènent. Elle qui sait tout juste lire ne trouve pas les mots qui pourraient dire ce monde nouveau qui s'ouvre à elle, un monde virtuel éphémère, un monde où enfin elle peut devenir qui elle est.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 175
EAN13 : 9782748179040
Nombre de pages : 127
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La sonate
Elodie Pinel
La sonate
Roman
Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-7904-8 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748179040 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-7905-6 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748179057 (livre numérique)
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OUVERTURE
C’était étrange d’en être arrivée là – là où elle avait toujours voulu arriver. Après tant de luttes, tant d’années, tant d’efforts : y être. Pouvoir se reposer, et savourer. C’était étrange, au fond, car au fond cela paraissait normal : ce qui, pendant toutes ces années, s’était présenté à elle comme un objectif irréalisable, un but impossible, à présent était là, et semblait y avoir toujours été. C’était la même réalité, la même évidence, qui s’imposait aujourd’hui à elle et qui l’avait toujours tenue, soutenue, forcée à s’obstiner, pendant tout ce temps ; c’était cette même évidence : que là était sa place. Et maintenant qu’elle s’y trouvait, elle se sentait heureuse, et trouvait cela normal. – Le bonheur était-il l’état « normal » des choses, ce qui, toujours, devait être ? Relâchant son esprit comme on étend les bras, Clara se laissa perdre à la contemplation de la campagne anglaise défilant derrière les vitres du taxi : du vert partout, et un été qui n’avait rien « de trop », léger, rafraîchissant,
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insouciant. Un été comme elle les aimait. – Ce n’était pas la première fois qu’elle voyait cette région, mais, cette fois, c’était différent. Et cela ne tenait pas seulement à ce qu’elle venait y faire : c’était autre chose. Elle ne savait pas quoi, encore. Elle savait, en revanche, qu’elle allait bientôt le découvrir. Se laissant porter par son heureux pressentiment, elle ne pensa plus à rien. Clara : après tout, déjà son prénom dessinait son destin. Elle s’amusa de voir, arrivée sur les lieux du festival, qu’on lui avait attribué la chambre « Schumann » : s’appeler Clara quand on est musicienne… La plupart du temps satisfaite de ce prénom, elle s’agaçait parfois de son romantisme échevelé ; et puis, il était comme une marque, une destination à laquelle elle ne pouvait échapper, avec tout ce que ce symbole avait d’exaltant et d’étrange. Parvenue à son étage, la porte de sa chambre s’ouvrit sur une jolie pièce bleue pâle un peu mélancolique, que les rayons de juillet élevaient à une tonalité savoureusement triste. « Comme lorsqu’on se complait dans ses souvenirs », pensa-t-elle. Et comment échapper, ici, à la nostalgie ? L’ancien manoir réhabilité en hôtel trônait au milieu d’un parc dont les plaquettes publicitaires se plaisaient à rappeler qu’il avait
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