La source invisible

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Ces nouvelles sont des contes philosophiques. Certaines s'imprègnent d'interrogations profondes. On peut y reconnaître aussi les éléments d'une évolution intérieure ou d'une quête spirituelle.

Publié le : mercredi 15 juin 2011
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EAN13 : 9782748102901
Nombre de pages : 219
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La source invisible
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748102916 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748102908 (pour le livre imprimé)
Jeanne Annonciade
La source invisible
NOUVELLE
« La Voie qui peut être exprimée par des mots, n’est pas la Voie » TAOTEKING
Il était là, assis devant son bureau de bois noir. Sur le plateau vide, quelques feuilles déjà noircies d’une écriture hâtive, quelques unes encore blanches. Sur l’une d’elle, un oeuf de cristal bleu, reflétant les lueurs d’un jour gris. Autour de lui, les murs couverts de livres, un vieux tapis, un fauteuil de cuir roux. Par la fenêtre, la dentelle immaculée d’un arbre enneigé. Au loin la pâleur du ciel d’hiver… Sa main suspendue hésitait, il leva le regard vers la fenêtre, vers le lointain, qu’il ne vit pas… Partout il avait cherché la vérité… Dans la foule des hommes, dans le regard des femmes. Dans la furie des barricades au cœur des villes, dans les discours enflammés, dans les nuits sans repos, dans les cris de ceux qui meurent pour leurs rêves, dans le désespoir des matins blêmes livrés au bruit des bottes, dans les rues vides écrasées par les chars, dans les traces de sang sur le pavé des rues. Il l’avait cherché, dans les églises, les temples et les mosquées. Il s’était agenouillé des milliers de fois, avide de contrition et d’humilité. Il avait pleuré, le front posé sur la pierre froide, salie de tous les pas. Il avait laissé sa vie s’effeuiller peu à peu, perdant de jour en jour le fil du temps, perdant la raison, per dant le sens, tournant en rond dans sa prison de peur, de regrets, sa prison d’ombre. Les ombres, il les avait toutes étreintes l’une après l’autre, avec la frénésie macabre d’un fossoyeur. Il avait essayé toutes les méthodes, expérimenté tout l’expérimentable, grimpé les milles étages du BIG BUILDING, pour finir dans les poubelles des favelas. Il avait goutté à tout, sans se résoudre jamais à l’un ou à l’autre.
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Il s’était exalté, il s’était ennuyé, toutes les nuits finissant dans la même certitude de n’être pas. Il avait écouté tous les prêcheurs, tous les guides, ceux qui disent » Abandonnezvous ! » ceux qui disent » Réveillezvous ! » ceux qui disent » Tour nezvous vers l’Est ! » ceux qui disent » Tournezvous vers l’Ouest ! », ceux qui disent » Le corps n’est que charogne ! » ceux qui disent » Le corps est un temple ! » ceux qui disent » La vie est illusion ! » ceux qui disent » La vie est divine ! » ceux qui disent » Ni Dieu, ni Maître ! » ceux qui disent » Dieu premier servi ! ». Il s’était peu à peu enfoncé dans le silence. Il avait marché jusqu’au bord de la falaise, et il avait continué au delà, ne sentant plus la terre sous ses pieds, ne sen tant plus rien que le néant, vivant de vide, palpant cet inconnu moiteux de l’absence de sens, criant » La vé rité n’est que mensonge ! la vérité n’est qu’absence ! la vérité n’est qu’illusion ! L’illusion est seule vérité ! ». Il avait erré des milliers de vies, sans rencontrer âmequivive, âmequiparle, âmequiaime, sans rencontrer couleur, ni odeur, ni forme, rien de tou chable, rien de perceptible, rien de reconnaissable, rien dont il puisse dire » cela est ! », rien d’autre que l’impalpable, l’innommable haine de soi. Rien d’autre que l’angoisse, la crainte de ne pas être convenable, de ne pas être conforme, de ne pas être dans la bonne voie, la crainte de ne pas être assez sage, assez beau, de ne pas être assez pur, assez lumineux, la crainte incessante de sentir le pêt ou le vomis, la crainte d’avoir un sexe à la place des ailes, la crainte d’être nu et ridicule sous le regard de tous les autres, tous ceux qui savent parcequ’ils ont trouvé la bonne formule, le bon maître, le bon chemin ou la bonne lessive. Il avait un jour touché le fond, de ce qui est sans fondement, de ce qui est hors de toute loi, hors de toute mesure, de ce qui est sans durée, sans définition, qui n’appartient à personne, qui n’a pas d’identité fixe.
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Il avait touché le fond, de ce lieu sans lieu. Il était là, assis devant son bureau de bois. Sur l’une des feuilles blanches un oeuf de cristal bleu reflé tait les lueurs du jour finissant. Il regardait vers la fenêtre, vers le lointain qu’il ne voyait pas… Mais, dans le vide de ce regard sans regard, une rumeur monta… Fragile, à la limite de l’audible, du perceptible, elle mit longtemps encore à se frayer un chemin dans l’épaisseur de l’invisible. Puis il la perçut et s’étonna. » Quoi donc ? quelque chose viendrait après tant d’an nées, de la seule présence du silence ? ». La rumeur se précisa, elle fut musique, enchantement. Elle monta encore, se fit rugissement, craquement, grondement. Elle déferla en lui soudainement. La souris accouchait d’une montagne, la souris accouchait d’un volcan ! Alors il se sentit en mal d’enfantement. Il se sentit l’impatience et le halètement, l’écartement, le cri de l’accouchée qui pousse son enfant hors d’elle. Il prit la feuille blanche, et se mit à écrire. Tout était clair, limpide. Tout était dans le pre mier éclat du premier matin du monde. Tout venait à lui, l’emplissait, le portait. Et il ouvrait les bras dans la gerbe embaumée de la vie. Il mordait les seins de la femme divine ! Il s’enivrait d’Elle, des millions de mil liers d’Elle, de toutes les façons qu’elle a, d’être Elle, l’ÉVEVIE, le mystérieux foisonnement du multiple. Il reçut le baiser de toutes les bouches, l’ancienneté des siècles et la nouveauté des jours. Et il écrivit des milliers de milliers de mots. Il noircissait les pages, les jetant à terre. Il s’épuisa, plus qu’un amant qui va perdre l’ai mée. Il s’endormit. Au matin, toutes les feuilles étaient blanches, d’une blancheur étrange, luminescente. Il était calme. Il se leva, mit son manteau. Il fit un tas des feuilles
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blanches. Il y lança une bûche prise au foyer. Sa maison brûla. Il disparût.
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