La synchronicité de la tasse de café

«
N'avez vous jamais constaté que certaines coïncidences jalonnent votre vie?
Ce ne sont pas de simples coïncidences mais
... »

La Synchronicité de la tasse de café Je la regardai droit dans les yeux, sans faillir. Ma réponse fusa comme un coup de revolver : « Non ! Je refuse ! ». Mes yeux plongés dans les siens, j'observai sa réaction avec une impatience mêlée d'anxiété. Elle ouvrit la bouche pour essayer d'argumenter, puis la referma aussitôt. Elle avait compris qu'aucune de ses objections ne me feraient fléchir. Ce jour ne devait pas être un jour comme les autres. Je l'avais sentis depuis le matin et plusieurs signaux avaient attirés mon attention. Le premier peut sembler insignifiant, pourtant ce fut le plus déterminant de tous. Une seule chose me permets de bien démarrer la journée, comme une sorte de bouton sur lequel je dois appuyer pour me mettre en route : un café. Cela me réveille, c'est sûr, mais c'est surtout grâce à ça que je peux prononcer mes premières paroles. Et puis, c'est comme une drogue. Si je n'en ai pas, je suis en état de manque et tous les subterfuges que je mets en place chaque matin pour ressembler à une femme s'effondrent. Il ne reste plus, alors, qu'une créature grognante et irascible, une sorte de démon mal coiffée à l’œil hagard qui n'a plus du tout de retenue. Ainsi, ce matin là, comme je versais le précieux breuvage dans mon bol, je constatai tout à coup que le liquide qui coulait de la cafetière n'avait pas la couleur brunâtre habituelle. Il était plutôt translucide. J'y plongeai immédiatement un doigt, le portai à ma bouche et découvris qu'au lieu du café tant attendu, c'était de l'eau qui la remplissait. Un simple coup d’œil me permit de constater qu'il n'y avait plus de poudre dans le paquet. Je me mis aussitôt à la recherche d'un paquet de secours. Mais, au bout de plusieurs minutes passées à retourner toutes les étagères du cellier, je dus me rendre à l'évidence : il n'y avait plus de café ! Là, une profonde angoisse m'envahit : comment allais-je faire pour tenir toute la journée. Bien sûr j'allais pouvoir en boire un au bureau, mais il serait trop tard. Le seul qui compte pour que je puisse assurer mon rôle quotidien était le premier bu au saut du lit ! Malgré tout, il fallait partir au bureau. Je me composai donc une allure à peu près acceptable et me rabattis sur un verre de jus d'orange. Du jus d'orange, pfui ! Je n'étais pas en état de me rendre compte qu'il s'agissait là d'un avertissement de l'Univers à mon attention. Mon esprit était trop embrumé par le manque. Jusqu'à ce que j’arrive au bureau. Là, je ne pus plus nier l'évidence. A moitié réveillée, pas tellement d'humeur loquace, j'arborai un air menaçant qui avait pour but de décourager quiconque aurait eu l'intention de s'adresser à moi. J'arrivai en vue de mon bureau, je m'apprêtai à m'asseoir lorsque je distinguai une subtile différence dans l'organisation de mon poste de travail par rapport à la veille. En effet, le bloc-notes avait changé de place et les dossiers que j'avais laissés exprès devant mon clavier pour les traiter en priorité à mon arrivée n'étaient plus là. Ils avaient été poussés jusque vers mon téléphone. Bref, quelqu'un s'était installé à ma place et ce quelqu'un n'avait pas eu assez de savoir-vivre pour tout remettre dans l'état où il l'avait trouvé. En temps ordinaire, cela m'aurait certes dérangé, mais j'aurais pris sur moi et tout remis à sa place sans rien dire. Seulement là, ce n'était pas un jour ordinaire. Je n'arrivais plus à contenir ma hargne. Aussi, assez distinctement pour que tout le monde m'entende, je déclarai : « Que celui qui s'est permit de s'asseoir à mon bureau et d'y avoir mis le désordre sans rien ranger après sache qu'en cet instant je jette sur lui une malédiction qui lui fera perdre tous ses cheveux dans la nuit prochaine ! ». Sur ce, je m'assis et entrepris de commencer mon travail, sous le regard médusé de mes collègues. Ce deuxième incident commença d'insinuer le germe de la suspicion dans mon esprit. Je passais la matinée à râler pour tout et n'importe quoi, mais mes collègues, implicitement avisés que ce n'était pas la jour pour me contredire, ne m'importunèrent pas. Toute la journée aurait pu se dérouler ainsi, mais c'était sans compter sur les plans que l'Univers avaient formés pour moi. Un troisième incident se produisit au moment du déjeuner qui acheva de me convaincre que j'allais franchir une étape décisive dans l'accomplissement de ma destinée. En effet, une salle est mise à la disposition des salariés pour chauffer leurs repas et y prendre leurs déjeuners. Habituellement, je prépare mon petit panier le matin et l'emporte pour manger sur place. Or, les conditions de mon réveil n'ayant pas été optimales, j'avais oublié la préparation de celui-ci. Et c'est au moment où mes collègues se dirigeaient vers la salle de pause que je m'en aperçus. Dépitée, énervée, je me rassis et décidai que, plutôt que de manger, j'allais essayer de compenser la nourriture par une petite sieste, suivant ainsi à la lettre l'adage « qui dors dîne » ? Mes bras repliés sur mon bureau, je m'allongeai dessus et fermai les yeux. J'étais à moitié endormie lorsque je sentis une présence dans la pièce. On respirait, on déplaçait un siège, on tapait sur un clavier sans aucune considération pour mon sommeil. Qui donc avait l'outrancière impolitesse de s'agiter autant alors qu'il voyait bien que je me reposais ? D'habitude, je me serais contentée de faire semblant de dormir et d'attendre l'heure de la reprise sans rien dire. Mais là, je ne pu refréner une soudaine envie de renvoyer l'importun dans ses quartiers. J'ouvris donc les yeux et me relevai. Je balayai la pièce du regard et m'arrêtai non pas sur un importun, mais sur une importune. Évidemment, ça ne pouvait être qu'elle, la rabat-joie de service. Cela ne faisait que six mois, tout au plus, qu'elle avait été embauchée et, déjà, elle s'était acquise une solide réputation d'enquiquineuse. Elle n'avait pas d'enfants, pas de compagnon. Elle était d'un égoïsme et d'une intolérance sans limites, comme le sont souvent les personnes qui ne vivent que pour elles. Cela ne la gênait pas, par exemple, de nous parler des problèmes de poids de son chat à longueurs de journées et de ne pas écouter l'un d'entre nous lorsqu'il racontait les derniers progrès en matière de langage de son enfant. Alors, faire du bruit pendant que quelqu'un dormait... même pas peur. De toutes façons, elle savait pertinemment que je ne me serait jamais permise de réagir. C'est pourquoi son étonnement fut immense lorsqu'elle me vit me diriger vers elle et commencer à répandre le contenu de sa corbeille à papier sur son bureau. Elle tenta bien de m'interrompre, mais mon air furibond la découragea. Une fois son bureau jonché de boulettes de papier, je retournai à ma place sans dire un mot et repris ma sieste comme si de rien n'était. Ma collègue, quant à elle, n'émis plus aucun son jusqu'au retour des autres « locataires » de notre bureau. En début d'après-midi, j'avais compris qu'une force mystérieuse essayait de m'envoyer un message. Oui, mais lequel. Et puis, psychologiquement, je n'étais absolument pas à même de voir clairement le lien entre tous ces incidents. Cependant, je restais désormais à l'affût de tout ce qui pouvait m'éclairer. Chaque détail m'interpellait, tel le fait que plus personne ne venait utiliser la photocopieuse située à côté de moi, ou encore le fait que chacun de mes collègues me regardait à la dérobée, semblant me voir pour la première fois. Mais malgré tout, rien ne s'imposait à moi et tout le reste de l'après-midi se passa comme la matinée. Je pestais contre chaque chose que je faisais, me retenant de pousser la porte du bureau de ma supérieure à tout moment pour lui donner ma démission. Enfin, dix-sept heure arriva. Heureuse que la journée se termine enfin, j'étais en train d'éteindre mon ordinateur, prête à partir et à me rendre au supermarché pour y acheter du café lorsque, tout à coup, la sonnerie de mon téléphone retentit. Il fallait que quelqu'un m'appelle maintenant, juste au moment où mon supplice allait prendre fin ! Qui avait décidé de le prolonger ? Remontée à bloc contre l'importun, je décrochais le combiné et aboyais le rituel « Allô ? ». Ma chef était au bout du fil et me demanda si je pouvais venir la voir dans son bureau. Je lui répondis un bref « J'arrive tout de suite » et clos la conversation en raccrochant immédiatement après. Puis, je me dirigeai vers son bureau qui était situé juste dans la pièce à côté. Elle me sourit en me voyant arriver. Elle avait toujours été très gentille avec moi, et je n'avais vraiment rien à lui reprocher. Depuis notre première rencontre, elle s'était toujours efforcée d'être à l'écoute de mes problèmes, et, régulièrement, elle me félicitait sur la qualité de mon travail. Bref, elle était la « manager » parfaite. Elle commença par me demander comment j'allais, comme à chaque fois que nous avions un entretien individuel. Ne voulant pas rentrer dans les détails, je me contentai de lui répondre que tout allait bien. Puis, elle me parla de crise et de contexte économique. Je hochais la tête chaque fois qu'elle semblait vouloir mon approbation. Pourtant, j'étais très loin de là, tranquillement installée dans mon canapé, une bonne tasse de café fumante posée sur la table basse, en train de regarder un bon film à la télé. Enfin, elle en vint aux faits : « Écoutes, voilà, je ne vais pas passer par quatre chemin. Tu vas devoir reprendre les dossiers de Julie. C'est la dernière arrivée et....il va falloir qu'elle nous quitte. La direction m'a demandé de choisir de me séparer de l'un d'entre vous. En fait, elle l'a demandé à chaque service, pour faire des économies. Donc, nous allons tous devoir travailler beaucoup plus pendant quelques temps. Par ailleurs, ils m'ont également demandé d'informer chaque collaborateur que s'il désirait garder son travail, il allait falloir qu'il consente provisoirement à une réduction de salaire ». Je n'en revenais pas. Je savais que le contexte économique n'était pas très favorable aux entreprises, mais je ne pensais pas que c'était à ce point là. En somme, moi qui n'étais déjà pas passionnée par mon travail, j'allais non seulement en récupérer une double dose, mais en plus, la seule raison pour laquelle je le faisait allait se trouver réduite. Et, aussitôt, ce fut comme un déclic dans mon cerveau. D'abord, le manque de caféine qui m'avait désinhibée. Puis, l'arrivée au bureau avec mes dossiers qui avaient été déplacés, comme pour m'avertir que quelque chose allait changer dans mon environnement professionnel. Enfin, ma petite altercation avec ma collègue inconvenante, celle-là même qui allait être licenciée. Et mon humeur morose toute la journée reflétant mon ras-le-bol général de ce travail qui m'empêchait d'être moi même et de réaliser mon ambition personnelle. Voilà le message que l'Univers voulait me faire passer : le moment était venu pour moi de changer de vie et il m'offrait une occasion de me libérer de ce quotidien qui m'étouffait, une chance de ne pas finir ma carrière coincée derrière ce bureau. Je pouvais persuader ma chef de me choisir pour ce fameux licenciement pour raison économique. C'était une formidable opportunité de tout recommencer ailleurs, autrement. C'est pourquoi je lui répondis « Non ! Je refuse ». Elle resta suspendue quelques instant à mon regard. Comme elle ne trouvais rien à dire j'en profitai pour ajouter : « Je veux partir à sa place. Elle sera beaucoup plus efficace que moi car elle vient juste d'arriver, et elle est faite pour ce travail. Moi, ça fait bientôt six ans que je suis là et j'ai fais le tour. Je veux voir autre chose. La seule raison pour laquelle je reste, c'est que j'ai besoin d'un salaire. Mais si vous me licenciez, ce sera pour moi une incroyable opportunité de changer de métier tout en étant financée. Vous comprenez ? ». Elle comprit surtout à quel point j'étais déterminée. J'avais choisis la carte de l'honnêteté avec elle car je savais que je pouvais lui faire confiance. Elle ne me trahirait pas. « Très bien. Je le regrette car tu es un très bon élément, mais si tu es sûre que c'est ce que tu veux...alors d'accord, c'est ton nom que je proposerai pour le licenciement. » Elle me sourit puis ajouta : « Je l'avais deviné, tu sais, que tu étais en train de te faner ici. Je me demandais juste quand tu allais enfin te décider ». Il n'était plus nécessaire d'ajouter autre chose. Nous nous étions comprise et nous étions tombées d'accord. J'avais enfin eu le courage d'affirmer mon opinion et de dire non. Je m'étais laissée guidée par mon cœur plutôt que par mon esprit et les événements s'étaient organisés de façon à ce que je réussisse. Alors, après l'avoir remercié et lui avoir dit au revoir, je quittai son bureau avec, pour la première fois de la journée, le sourire aux lèvres. Je pris mon sac que j'avais laissé sur mon bureau et je partis, le cœur léger, songeant à cette nouvelle vie qui s'offrait enfin à moi. Désormais, je fais enfin un métier en accord avec ma personnalité. Je suis également beaucoup plus attentive aux indices déposés sur ma route pour m'indiquer le chemin à suivre. Et, surtout, j'ai arrêté de consommer ce qui m'empêchait d'y voir clair et d'être honnête avec moi- même et avec les autres : le café. FIN

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Language: Français

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Publication type: Books

Theme: Literature > Novels and short stories

Number of pages: 4

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Cest la première fois qu'un café me fait rigoler à ce point. Cela est signe d'imagination.

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mediter

Une nouvelle touchante ! Histoire vraie ?

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amandine17

Merci beaucoup pour ce commentaire.

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amandine17

Merci beaucoup pour ce commentaire.

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amandine17

published by amandine17

the 1/1/2012

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