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La Terrasse

De
161 pages
Les chemins croisés des uns et des autres. Aux croisements, les changements de cap, ou seulement des traces, des marques indélébiles. Que sommes-nous, les uns pour les autres ? Aucune rencontre, aucune relation n'est innocente. Aucun évènement ne vient seul. Nos voies, si elles sont tracées par le destin, ou par Dieu, ou par autre chose, sont infléchies par ces rencontres, ces relations. Que deviennent alors nos destinées ? Ces neuf nouvelles, chacune à sa façon, saisissent les influences des personnages les uns sur les autres, l'instant, le grain de sable, la décision ou l'accident qui a tout changé.
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© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00002-3 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304000023 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00003-0 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304000030 (livre numérique)
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LES LARMES DE LANGE
Elle a éternué trois fois ! Dans le cimetière qui fait face à l’entrée de l’église, Clémentine, Célestine et Augustine, sorties de la messe du matin, et déjà à l’œuvre, arrangent les tombes de leurs proches, prenant bien soin d’arracher les herbes indésirables avec toutes leurs racines. Il a plu tout à l’heure, mouillant la terre juste ce qu’il faut. Elles travaillent tout en discutant d’une tombe à l’autre, commentant ce qu’elles ont constaté durant la messe. – Avec sa petite veste, pas étonnant : il fait bien frisquet le matin ! – Mais où donc reste Jeanne ? Elle en met un temps à sortir ! En effet la messe est terminée depuis un moment. Déjà parviennent par les portes ouvertes les premières notes d’un nouveau chant que le curé fait répéter aux jeunes du village, des notes rythmées, un air syncopé, parce que ce curé, grand amateur de jazz, de blues, de gospel, se dit que les prières vont
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peut-être aussi bien à Dieu si ses paroissiens les lui envoient dans des musiques gaies et entraînantes. Voilà pourquoi les trois commères entendent s’élever ce matin un arrangement façon Haarlem du classique « Le seigneur est mon berger », accompagné des modulations vocales et enthousiastes d’une jeune fille. Et Jeanne ne sort toujours pas, ce qui excite furieusement la curiosité des trois femmes à qui rien n’échappe. Jeanne tarde, alors que tous les jours, après avoir assisté à l’office du matin, elle se rend avec ses camarades au cimetière, ou sur la place avec les pliants, sous les tilleuls. Jeanne se perd dans un rêve. Pendant le service, tout à l’heure, saisie d’une petite distraction, elle a levé les yeux, et voilà qu’elle a assisté à un événement tout à fait étonnant : au sommet d’un pilier, l’ange de pierre pleurait. Oui, elle a vu cela, Jeanne, une larme couler sur le visage d’un ange de pierre ! Un miracle, c’est un miracle ! On voit parfois un Christ de bois qui saigne, une fiole de sang qui se liquéfie. Jeanne, elle, a vu l’ange de pierre pleurer. Jeanne n’hésite pas un seul instant : cette vision, Dieu la lui destine. Elle qui se soumet à toutes les rigueurs de la religion, se conforme en tout point à l’image qu’elle se fait d’une sainte, elle qui s’occupe du ménage du père Adrien, lui cuisinant parfois son repas, lui
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