La tombe de mon père

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Voué aux soldats franco-britanniques tombés lors de la guerre d’indépendance de la Grèce, le vieux cimetière de Kalamaki est en réfection. Philipp Julius est appelé sur place par les autorités alliées qui vont procéder à l’exhumation du cercueil de son père, mort dans un attentat en 1963 à Athènes et enterré à Kalamaki sans que l’on sache pourquoi. Que faire du mort ? La France et la Grande-Bretagne se disputent le cercueil dont les allers-retours en avion rythment cet imbroglio où passent un consul de France et sa drôle de fille, un faux espion nommé Pope Dickens, un croque-mort qui mélange plusieurs langues sans en parler vraiment aucune, les mystérieux ports-francs de Genève, des milliardaires grecs réfugiés à Londres et l’histoire secrète de la Deuxième guerre mondiale. Dans une Grèce ravagée par la crise, ce sera à Philipp de décider s’il fait de son père un escroc ou un héros, un membre du fameux Bataillon Sacré ou un aventurier sur qui personne n’a jamais réussi à mettre la main.

Publié le : mercredi 14 janvier 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246811169
Nombre de pages : 140
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Je suis allé voir la tombe de mon père au cimetière britannique d’Athènes, à la Toussaint de 2013. C’est un début romantique (mon père, un cimetière, Athènes) mais rien n’était plus prosaïque que ce voyage. Que le lecteur ne se méprenne pas. Il ne s’agissait pas des devoirs d’un bon fils mais juste de voir la tombe. Enfin, à quoi elle ressemblait. Je n’en avais aucune idée ; on m’aurait montré le Taj Mahal que j’aurais hoché la tête, à peine plus étonné que s’il s’était agi d’un peu de terre poussiéreuse plantée d’une croix de bois. Pourquoi la Toussaint ? Parce que je pouvais prendre quelques jours de vacances. Que ce fût la fête des morts n’était qu’une coïncidence et j’eus beaucoup de mal à en convaincre le gardien du cimetière qui voulait me vendre ses fleurs artificielles.

Je n’avais pas eu de nouvelles de mon père depuis longtemps ; en fait, je n’en ai jamais eu. Si je n’avais pas hérité la maison qu’il avait achetée pour ses vieux jours, sans, je crois, l’habiter plus qu’un été, je n’aurais rien de lui. A part peut-être une décoration qui a un lien avec cette histoire, un lien très ancien mais dont j’espère qu’il n’est pas une illusion de plus : la Victoria Cross.

Quelques jours plus tôt, j’avais reçu un mail envoyé par la banque qui relève les courriers envoyés à mes anciennes adresses. Son auteur avait du mérite ou de la patience car la missive originale datait de cinq semaines au cours desquelles elle s’était heurtée au silence, à l’indifférence ou à la résolution automatique des problèmes dans notre monde informatisé. Je suppose que quelqu’un, à ma banque, a fini par appuyer sur la bonne touche en jugeant que cela en valait la peine. Il s’agissait de mon père ; à la différence des vieillards, les morts nous semblent toujours indispensables à l’expression de nos émotions.

La lettre, dont on m’assurait que je recevrais une copie papier dès que j’aurais fait savoir où me l’envoyer, n’avait pas cet aspect terriblement administratif dont se parent les interventions de l’Etat dans nos vies. Ramassée et dépourvue du blason traditionnel au courrier du Royaume-Uni, reléguée en pièce jointe à télécharger, elle m’annonçait que le cimetière militaire d’Athènes, confié à la garde du gouvernement de Sa Majesté, venait de connaître une période de travaux qui justifiait le déplacement de certaines tombes et le règlement de cas exceptionnels. Que pouvait être un cas exceptionnel dans un cimetière militaire ? J’échafaudai plusieurs hypothèses avant de me rendre compte que si je savais que mon père était mort en Grèce j’ignorais où il était enterré. Nous ne sommes pas du genre commémoratif, ma sœur et moi, et notre mère ne faisait jamais allusion à son mari, qu’il fût mort ou vif. Il est impossible de croire qu’on puisse à ce point manquer de sensibilité ou de curiosité, mais nous déménagions si souvent et nous étions si souvent séparés, même avant sa disparition dans un attentat à Athènes en 1963, qu’aucun d’entre nous ne s’est jamais préoccupé de savoir où reposent nos morts. Dans cette famille, il était déjà assez difficile de découvrir où étaient les vivants.

Le consul britannique me demandait donc de prendre contact, ou mieux, de me déplacer, faute de quoi, concession extraterritoriale ou pas, une décision serait prise en accord avec la municipalité sans possibilité de recours.

J’ai toujours pensé que les concessions sont à perpétuité, si l’on en juge par les chapelles bourgeoises et les monuments tarabiscotés qu’on peut voir à Paris, sans oublier les morts illustres dont les guides font un argument touristique. Peut-être les Grecs manquaient-ils de place ? Ou bien réclamaient-ils un loyer avec révision des tarifs après un demi-siècle d’occupation silencieuse ? Je ne suis jamais allé en Grèce mais je savais que la situation n’était pas fameuse entre les injonctions du FMI et les prêts de l’Union. Tout cet argent qui leur manquait ! Il me semblait que je devais faire quelque chose. Les vacances universitaires me permettraient de m’absenter. Après tout la Grèce n’était pas la France, le voyage ne présentait aucun risque. Je pouvais même y aller en voiture, moi qui n’aime pas l’avion.

Je pris quand même mon billet à l’aéroport Leonardo da Vinci. Le pilote ne manqua pas le demi-tour traditionnel au-dessus du Parthénon mais la ville était plongée dans le brouillard, comme à peu près tout le pays. Je me demandais ce que mon père pouvait bien faire dans un cimetière militaire. Je me serais plutôt attendu à le voir dormir dans une station de ski suisse ou près d’un de ces palaces internationaux où l’on ne savait jamais s’il faisait partie du personnel ou des clients.

du même auteur

Romans

Sophie ou la Rive droite, J.-C. Lattès.

Le Cœur net, La Table Ronde et La Petite Vermillon.

La Chinoise, Albin Michel.

Feu de paille, Fayard et Livre de Poche.

Les Evénements de 67, Plon et Presses Pocket.

Histoire de France, t. 1 : Saintonge, Fayard et Livre de Poche.

Histoire de France, t. 2 : Les Derniers Jours, Fayard et Livre de Poche.

Histoire de France, t. 3 : Madame est morte, Fayard et Livre de Poche.

People, Fayard.

Chambre d’hôtes, Fayard et Livre de Poche.

La Grande Forme, Fayard et Livre de Poche.

Sisters, Fayard et Livre de Poche.

Capitaine Troy, Fayard et Livre de Poche.

Charmant Garçon, Fayard et Livre de Poche.

Les Immeubles Walter, Fayard et Livre de Poche.

Minty, Fayard et Livre de Poche.

Un espion trop parfait, Fayard et Livre de Poche.

Un parfait salaud, Grasset.

L’Ennemi du bien, Grasset.

Les Dormeurs, Grasset.

Nouvelles

Elle a maigri pour le festival, Fayard et Livre de Poche.

Vous trouvez que je suis trop grande ?, Fayard et Livre de Poche.

Chroniques

Un mauvais sujet(Chroniques 1993-2003), Fayard.

Pause I, L’Enfance de l’art, Fayard.

Pause II, La Lutte des classes, Fayard.

Pause III, La Fin des journaux, Fayard.

Autres

La Chute de la maison Giscard, J.-C. Lattès.

L’Affaire Poivre, Stock.

Le Roman de l’Argent, Albin Michel.

Manicamp : Mitterrand s’en va, Plon.

L’Amoraliste, Fayard.

Bernard des Saints-Pères : Dîners en ville, Plon.

Bernard des Saints-Pères : Mes nouveaux dîners en ville, Plon.

Le Journal d’Edouard, Plon.

Un beau crime, Fayard et Livre de Poche.

Manicamp : Les 40 valeurs, Plon.

Manicamp : Chirac s’en va, Grasset.

Rumeur, sexe et affaires d’Etat, Grasset.

ISBN : 978-2-246-81116-9

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation
réservés pour tous pays.

Editions Grasset & Fasquelle, 2015.

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