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La Traversée de la nuit

De
316 pages
L’étrange enquête de police sur une vague d’homicides automobiles; le calvaire d’un homme confronté à un monsieur Je-sais-tout particulièrement collant; un prêtre assiste aux derniers moments d’un condamné à mort au Mexique; un chauffeur de taxi doit conduire une baronne intrigante de Marseille à Berlin; à l’occasion de l’anniversaire du premier, un colonel et un lieutenant retraités se remémorent leur jeunesse commune… Funambule adroit, l’auteur passe d’un univers à l’autre et jongle avec les genres sans la moindre fausse note. Composée en onze mouvements, une partition variée alliant poésie, nostalgie, humour noir, romance et surréalisme, qui démontre toute l’étendue du talent d’un conteur passionné.
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IDDN.FR.010.0115269.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication aux Éditions Publibook en 2010
Écrire une histoire, nimporte quelle histoire, mais lécrire de façon à plaire, à séduire, à envoûter dune quelconque façon, à accrocher lintérêt du lecteur, à le faire rêver, ne serait-ce quun court instant, linstant dune nouvelle
Alex Tout le monde ici mappelle Alex. Je dois dailleurs dire que ce nom ne me déplaît pas. Jai même fini par laimer à la longue, enfin, disons à bien my habituer. Quand je dis « tout le monde », je veux dire bien évidem-ment les gens qui soccupent de moi. Ceux et celles qui me brossent, me toilettent, me donnent à manger, à boire, lavent la cage dans laquelle je suis enfermé jour et nuit. Le directeur du zoo, monsieur Boissarel, mappelle lui aussi toujours Alex. Je sais. Vous allez penser que je suis un prisonnier dans une prison, dans un centre pénitencier. Dans le fond et à bien y réfléchir, vous vous trompez à peine. Ma situation est vraiment comparable à celle dun prisonnier sauf que dans mon cas je nai pas commis de faute grave, je nai fait de mal à personne et ma conduite na jamais été illicite, répréhensible ni fautive. En un mot comme en cent, personne na jamais eu quoi que ce soit à me reprocher. Et pourtant je suis enfermé ici dans cette cage, cette loge, pour le restant de mes jours. Ciel, quai-je fait à lhumanité pour mériter un tel traitement, un tel sup-plice ? Alors, direz-vous, pourquoi me garde-t-on prisonnier dans une cage entourée de barreaux de fer soli-des, inébranlables et infranchissables ? La réponse est très simple : je suis un vieux lion enfermé dans la cage dun jardin zoologique. Dans quelle ville ? Peu importe la ville. Être enfermé à Paris, à Rome, à Berlin, à Tokyo ou ail-leurs, après tout, cest la même chose. La liberté est identique dans nimporte quel pays du monde, dans nim-porte quelle ville du monde. Il en est de même pour lemprisonnement même si, je le concède, il existe des
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prisons meilleures que dautres, un brin plus humaines que les autres. Mais enfin, la privation de liberté demeure tou-jours la même chose : la privation de liberté. Oui, comme je le disais il y a un court instant, je suis un vieux lion et enfermé dans une cage depuis maintenant pas mal dan-nées. Tout ce dont je me souviens cest que lorsque je suis arrivé ici, en provenance de mon Afrique natale, jétais un jeune lion, disons que je devais avoir quatre ou cinq ans, mais bon, jétais encore un jeune lion. Je le sais car je me souviens que la vie était belle dans ma savane natale, que jétais en pleine forme physique, que je courais sans cesse parmi les hautes herbes, que je vivais dans une quasi in-souciance quotidienne, que jaimais passionnément ma lionne  dune rare beauté  et que javais de nombreux lionceaux tous aussi beaux les uns que les autres. Un jour, des gens de la ville sont venus, des gens qui devaient for-cément appartenir à un grand jardin zoologique et ils devaient être à la recherche dun jeune lion, en bonne san-té, robuste, plein de vie et de vivacité et cest moi qui par malheur me trouvais là ce jour-là ; alors, ils mont de loin envoyé une seringue à laide dune carabine et cette serin-gue est venue se loger quelque part dans ma chair et je me suis endormi peu de temps après, un sommeil lourd, pro-fond et chimique. Alors, lorsque je me suis étendu sur lherbe brûlée de la savane, que jétais profondément en-dormi, ces hommes et ces femmes sont venus me ramasser, mont ficelé solidement comme un vulgaire sau-cisson dépicerie ou de charcuterie et ils mont embarqué dans une grande caisse de bois à bord dun camion et puis je me suis retrouvé dans un aéroport et de là dans un avion. Lavion a quitté mon Afrique natale et bien-aimée que je ne devais jamais revoir car je sais bien que mainte-nant, plusieurs années plus tard, je ne reverrai plus jamais ma savane natale. Cest triste mais cest ainsi. Une fois enfermé dans une cage dun jardin zoologique, cest pour y passer la vie, enfin la période de vie qui nous reste avant
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