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La Tristesse des Mandarines

De
180 pages
Toto a le cancer proliférant, les cellules en phase 3, les métastases envahissantes. Toto, alias Gilberto, va mourir. Une nouvelle qu’il n’a confessée qu’à des rares personnes. A Cilouin par exemple, grand frère avec lequel il s’était brouillé et qu’il n’a pas revu depuis huit ans. Puis Toto est parti, direction les sables égyptiens, à mille lieues de femme et enfant, laissant Cilouin cogiter, ruminer, dissimuler la vérité aux parents, contenir le secret. L’abandonnant là, hébété, seul face à elle: la mort et sa présence silencieuse, qu’il faudra bien apprivoiser ou digérer, noyer dans le cognac ou exorciser dans l’amour. "Je me demandais toujours comment on pouvait vraiment bien décrire les choses sans les mots adéquats. Je me disais que si on pouvait utiliser un mot avant de comprendre ce qu’il voulait dire, on ne savait ce qu’on avait vécu seulement après que les choses aient eu lieu…", explique Cilouin à propos des mystères de la langue. Ses réflexions pourraient s’étendre à la mort même, épicentre de ce roman. Car, comment approcher ce qui se dérobe au langage et se tait? Comment surmonter ce qui demeurera à jamais inaccessible ou imprécis aux survivants? Des questionnements latents, des raisonnements vertigineux qui parcourent une "Tristesse des Mandarines" faite d’éclats délétères ou sensuels, destructeurs ou passionnés, sucrés et salés…
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IDDN.FR.010.0113788.000.R.P.2009.030.40000
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication aux Éditions Publibook en 2009
Merci à ma famille pour son soutien inconditionnel. Merci à Raluca et Cécile pour leurs ondes si précieuses.
Avant-scène
« On ne parlait pas de la même chose. »
Je me souviens de ce que je pensais à ce moment-là, du vent lyrique qui gonflait mes joues, du mal-être que je ressentais à cause des allures de brouillon que commençait à prendre ma vie. Cétait à la mer, en Normandie, dans un bled du nom dAgon-Coutainville, là où mon frère et sa femme vivaient depuis huit ans. Les récentes pluies avaient fait remonter la terre et les sédi-ments à la surface. La mer était grise, presque marron, boueuse. Cétait le matin, le moment de la journée dont je ne me rappelle généralement pas. On marchait vers le centre-ville. Sur le chemin de lancienne gare, javais bifurqué vers la plage avec une seule idée en tête : fourrer ma gueule dans le lointain. À présent, des ondes narratives méclaboussaient à chaque vaguelette qui clapotait. La respiration des flots reflétait londulation de lâme. Mes yeux décrochaient régulièrement, retombaient sur lécume, se postaient ensuite derrière moi, assez loin sur la grève, pour me surprendre en train de vivre, de dos, les mains dans les poches. La gueule de retour dans le lointain, je pensais : « Putain, mais cest qui ce mec qui a piqué mes fringues et quise sert de mon corps ? » Jattendais. Je sa-vais quavec suffisamment de patience, des choses pouvaient se passer ; je savais que la mer nous parle et nous éclaire, et quil faut prendre le temps découter ce quelle a à nous dire.
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Jétais venu ici pour retrouver un peu de mon frère. Cest ce que je croyais. Cest ce que Sophie mavait dit. Mais je savais à présent que lui et moi nous étions perdus depuis trop longtemps. Tel que jétais, là, à me vider, lintuition commença à sourdre ;cest à ce moment que ça aurait pu se produire ; je commençais à douter, à me dire des choses sans vraiment les voiser. Des images défilaient, des images de ces choses, floues, clandestines. Mon cer-veau fatigué laissait passer nimporte quoi. Jessayais de les préciser, de leur donner un nom, un visage, mais de la jetée, jentendis Sophie qui mappelait. Et, au son de sa voix, je revins à moi ; tout glissa, tout senvola : le doute, lintuition, les vents lyriques et les ondes narratives ; au son de sa voix, je me souvins de ma colère contre elle et de mon désarroi. Deux choses bien concrètes. En marchant sur le sable pour aller la rejoindre, je sa-vais exactement ce quil convenait de faire : traverser les plates-bandes qui me séparaient delle, prendre un café en évitant de trop la regarder, mater encore un peu la mer de façon distraite, sans laisser transparaître ma terreur ou mon mépris. Puis me caler dans le bus pour Caen, oublier la mort prochaine de mon frère, lindifférence flagrante de sa femme et rentrer à Paris par le premier train. Du haut de ma stupeur, je savais que cétait ce que je devais faire : oublier, continuer à vivre comme si de rien nétait, rega-gner Paris. Je savais aussi, quelque part plus bas, que je ny arriverais pas. À peine attablé, Sophie dit quelque chose à propos du vent que je nentendis pas. Je ne lui demandai pas de répé-ter. Je nétais pas encore tout à fait réveillé. Jattendais, sans impatience, le petit déclic que la caféine devait pro-duire en décoinçant mes paupières. Je ne la regardais plus. Elle attendait elle aussi le car qui nous délivrerait lun de lautre. La veille au soir, à Paris, lorsquelle mavait pro-posé de memmener ici, je navais pas pris conscience de la distance. Il faisait lourd. Un de ces temps orageux où
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