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La vie commode aux peuples

De
138 pages

Une réflexion sur le peuple, et le rapport à l'Etat.

Ne décourageons donc pas les penseurs et puissent les législateurs s'inspirer de leurs rêveries en ce qu'elles ont de juste et de raisonnable..
Quant à ce petit livre, il n'a été écrit en des temmps difficiles qu'afin de rappeler à nos contemporains le point de vue normal de la vie commode aux peuples...

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Nous voulons faire une vie plus agréable aux peuples.
Spaak, Président de l’o.n.u.
Londres, mars 1946
I
LA VIE COMMODE AUX PEUPLES
DES savants discutaient, un soir, devant nous : Le but de la politique est le progrès des sciences, déclarait J. P... – Non, c’est le bonheur des peuples, répliquait M. C...
Ce dernier était dans la tradition classique. Bossuet montrant la France au Dauphin lui disait : « Ce grand royaume que vous êtes obligé de rendre heureux... »1
. Et Catherine de Russie écrivait dans son Instruction : « Une bonne législation n’est que l’art de conduire les hommes au maximum du bonheur ou au minimum du malheur. »2.
Enfin, Montesquieu concluait : « Il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant plus heureux. »3.
(de l’Esprit des Lois.)
C’est une idée banale de vouloir réformer les sociétés. On ne saurait compter les esprits qui se sont préoccupés ou flattés de construire un système de gouvernement solide, équitable4 ou peut-être simplement original. Nommons pour mémoire les République de Platon, de Cicéron, de Bodin, l’Utopie de T. More, le
Contrat social de Rousseau, le Capital de Karl Marx sans oublier l’admirable Cité de Dieu et naturellement les essais de l’abbé de Saint-Pierre, de Kant, de la baronne de Suttner en faveur de la Paix Universelle.
Bien que nous en ayons vu des exemples à notre époque5, l’intégrale application des doctrines par leurs auteurs est rare. Violente, elle n’est pas toujours durable6... Malgré les révolutions, les changements de fond sont moins complets que ne le voudraient tant de réformateurs : on a pu soutenir et prouver, que l’administration française par exemple ne s’était pas modifiée depuis Napoléon Ier, en dépit de l’établissement de 7 à 8 régimes divers en 130 ans 7.
Les idées s’incorporent cependant peu à peu à la société existante. Tel fut le cas de la conception d’une vie moins dure pour les classes laborieuses. La durée du travail qui atteignait encore quatorze heures par jour au XIX
e siècle fut ramenée légalement à huit heures au XXe. Il est vrai que T. More, dès 1518, avait réduit à six heures celle des Utopiens...
De même on ne songerait plus à discuter aujourd’hui si les femmes doivent apprendre la musique et la gymnastique comme au temps où Platon soutint audacieusement ce point de vue, vers 375 av. J.-C.
L’esclavage avait été admis par Socrate, Aristote et Aristophane. La Convention, pendant la Révolution française, sur la proposition des députés Levasseur et Lacroix, en décida l’abolition immédiate (4 février 1794) 8 mais ce ne fut qu’en 1928 (25 sept.) que la S.D.N. fit signer à 37 Etats les mesures correspondant à la suppression définitive de la traite des noirs9.
Ne décourageons donc pas les penseurs et puissent les législateurs s’inspirer de leurs rêveries en ce qu’elles ont de juste et de raisonnable...
Quant à ce petit livre, il n’a été écrit en des temps difficiles qu’afin de rappeler à nos contemporains le point de vue normal de la vie commode aux peuples.
1 Dans le même sens, Fénelon écrivait à Louis XIV : « ... Vous que Dieu n’a mis au monde que pour votre peuple. »
2 Elle assemblait les députés de son vaste empire : « Formons ensemble, recommandait-elle, un corps de lois qui établisse solidement la félicité publique. « 
3 Notons cependant que Jean Bodin, dans son traité de la République (1577), donnait pour fin à l’Etat non l’intérêt et le bonheur des gouvernés,
mais l’accomplissement des droits de Justice et de la raison.
4 Les Perses passent pour le premier peuple qui ait introduit de la douceur dans le gouvernement, par contraste avec les cruautés de Babylone et d’Assyrie.
5 En Russie, avec les ouvrages de Lénine, en Allemagne avec « Mein Kampf », d’Hitler.
6 La persécution religieuse de la révolution française dût cesser avec l’avènement de Bonaparte.
7 Hauriou.
8 La comtesse d’Eu, régente au Brésil, sanctionna, en 1888, la loi abolissant l’esclavage.
9 Il se trouve que des innovateurs payent excessivement la vérité de leur thèse : Horace Welles, champion de l’anesthésie. n’ayant rencontré que scepticisme se suicida au siècle dernier. (Aujourd’hui, on a le choix entre l’insensibilisation locale, rachidienne ou générale.)

Un progrès est-il d’ailleurs accompli une fois pour toutes ? N’avons-nous pas vu la déportation en usage dans l’antiquité rétablie par l’Allemagne en 1940 ?
II
UNE POLITIQUE DES FEMMES
IL serait sans doute absurde de concevoir une politique des femmes avec le propos de l’opposer à une politique des hommes. Trouverait-on des traits communs à Machiavel, Sully et Robespierre ? Plus difficilement encore à Cléopâtre, à Blanche de Castille, à Madame de Staël... Cependant la justice voudrait qu’on notât, non d’une manière fantaisiste, comme les apologistes et les polémistes l’ont fait, mais avec une critique historique sévère les idées de chacune des femmes, parfois éminentes, qui se sont occupées de politique, soit ouvertement, soit à titre d’inspiratrices. On y verrait la quantité et la diversité de ces politiciennes
1, reines, régentes, conseillères, écrivains, apôtres, etc... depuis la fabuleuse nymphe Egérie qui suggérait à Numa Pompilius le rétablissement des lois religieuses jusqu’à Flora Tristan, fondatrice du socialisme international et à Madame Tchang-Kaï-Tcheck, négociatrice des intérêts de la Chine auprès du Président Roosevelt.
Voici, au hasard, deux exemples choisis dans l’histoire du XVIIIe siècle à l’apogée et au déclin de la monarchie.
Nous empruntons l’appréciation de la diplomatie féminine au journal du Marquis d’Argenson, peu suspect de bienveillance pour Madame de Pompadour : « ... Il sort quelques bonnes choses de cette boutique de la favorite : elle adoucit les coups de despotisme des ministres, c’est par elle que le roi s’est accommodé avec le Parlement, c’est elle qui a adouci notre cause contre les Anglais et qui a jeté le Roi dans les partis de douceur et d’équité. Cela se fait, si vous le voulez, par le seul dessein de contredire mon dit frère qui est pour le despotisme et les troubles qui y mènent, mais cela va cependant
au bien des peuples. »
1 Renan écrivait : « Les femmes comptent en France pour une part énorme du mouvement social et politique » (Réforme intellectuelle et morale).