La Vieille toupie

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Des sternes dans le ciel calédonien, du vin millésimé plein les soutes et un pacifique alizé qui gonfle gentiment les voiles de Sauve Qui Peut, Laetitia est heureuse. Tout simplement. La vie adorant jouer des tours de cochon, cette érudite en grands crus tombe amoureuse du sombre Gustave. Mais pas de sa famille: un fils zombi dont la principale et unique qualité est qu'il se taise quand elle parle, une soeur introvertie maniaco-dépressive et une mère à la voix de crécelle. Nul n'est parfait! Le pire est à venir: la susdite mère débarque inopinément à Nouméa. "Cette vieille m'horripile. Rien de très original. Les belles-doches sont toutes des harpies." Pas de quartiers! À mort la vieille toupie! Un voyage sur fond d'océan et de navigation, de boucan et de vaudou, de drogue et d'alcool, de secrets de famille et de complicités intergénérationnelles. De fausses idées et des faux-semblants. Et de luttes toujours à recommencer.
Publié le : jeudi 10 décembre 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342046298
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342046298
Nombre de pages : 198
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Du même auteur
Duo Largo ou le second souffle, Bénévent, 2009 Chimères et cabrioles en eaux troubles, L’Harmattan, 2011
Joëlle Dauvergne LA VIEILLE TOUPIE
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 175, boulevard Anatole France 93200 Saint-Denis – France IDDN.FR.010.0120694.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
« Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison »
Marguerite Yourcenar
Prélude
Un catamaran de quarante-huit pieds sort du mouillage de Port Boisé. Pas une once d’air. Le voilier à sec de toile semble chercher sa route. Le soleil matinal lui tend la perche, ses flot-teurs se tournent résolument vers le levant. Vers l’océan. À part l’absence de vent, tout est impeccable : la météo, l’heure de départ et surtout l’aube sur la mer, une aube claire et lumineuse, une aube irréprochable comme au premier matin du premier jour. Une aube malgré tout un peu fraîche pour les tropiques. Le barreur est plutôt grand et élancé. Mais ce qui marque surtout en lui, une rigidité sans rime ni raison sur son visage taillé dans du jais. Sa peau tendue sur des pommettes bronzées, ses lèvres tendues, ses muscles tendus, ce matin plus-que-parfait lui fait-il craindre l’arrivée du malheur ? Ou le piège insidieux du bonheur ? À l’ombre du bimini, un gamin au garde-à-vous et une femme, la gravité posée comme une faute sur sa figure. Elle aussi est effrayée, cela crève les yeux. Mais alors, pourquoi ont-ils quitté leur confortable abri côtier ? Qu’espèrent-ils découvrir en pleine mer ? La radio calédonienne aurait-elle interrompu ses émissions pour informer ses fidèles auditeurs d’un séisme aux Vanuatu, d’une éruption volcanique dans la région Pacifique Sud, de l’arrivée imminente d’un train de vagues scélérates ? Pour détendre l’atmosphère, des thons ventrus sautent hors de l’onde et retombent dans de sonores « plouf ! », des mouettes se chamaillent au-dessus d’un banc d’alevins. Un balbuzard secoue énergiquement ses ailes, le poisson dans ses serres, trop lourd,
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l’empêche de décoller, il lâche prise. Une troupe de dauphins prend la relève, les vieux sages accompagnent le bateau tandis que les juvéniles font des prouesses, à qui mieux mieux. Leurs corps fuselés jaillissent tout entiers de l’eau puis, vaincus par les lois de la pesanteur, retombent dans un déluge de cris stridents et d’éclaboussures. Pas un sourire ne sous-tend les lèvres gercées du Capitaine. Le voilier se déhale au moteur, sur sa plage arrière on peut lire : Rocambole. Traînailler ainsi déprime cette bête de course. À moins d’un mille devant lui, un mur blanc barre la sortie du Chenal de la Havannah. Pourtant, c’est par là qu’il se dirige. Le Capitaine doit savoir ce qu’il fait, et surtout où il veut aller. Le Capitaine est seul maître à bord. Le mur grandit, se barde d’écume, gronde sa désapprobation. Malmené, Rocambole monte au créneau, joue des coudes, danse la gigue, personne à bord ne s’en soucie. Ces sinistres plaisanciers sont-ils des des-cendants de disparus de La Monique, ce caboteur engloutit corps et biens un 31 juillet, il y a soixante ans ? Un signe du Capitaine, le mousse disparaît du cockpit, deux claquements coup sur coup, les hublots latéraux des cabines se ferment. Il réapparaît, une sorte de musette en toile à la main. Le Capitaine cède à contrecœur les commandes à la dame, reste un instant près d’elle, corrige d’un doigt nerveux la trajectoire, s’éloigne, revient, lui donne un dernier conseil. Puis plonge ses mains halées dans le sac que lui présente à bout de bras le ga-min. Malgré les assauts répétés d’une semence blanchâtre,le gland rouge de latourelle de Goro reste inébranlable. Oyez, oyez braves gens, entendez la complainte des marins de Bre-tagne ou d’ailleurs, écoutez les témoignages des naufragés en mer d’Iroise : les phares sont toujours synonymes de poisse. Imperturbable, le GPS-traceur-sondeur-calculateur-beau-parleur fixé sur le support de la barre à roue donne la position : 167°34,2’ Est, 22°20,6’ Sud. Vénus brille encore de tous ses feux quand, d’un mouvement ample, le Capitaine jette à la mer
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un présent rond comme une galette des Rois. Sauf qu’à la place des fruits confits et des grains de sucre, des chrysanthèmes blancs et mauves sont piqués sur un lit de mousse. Et que les cycloniques Rois Mages ont rangé leurs sceptres depuis six mois. Un ruban noir égaye le cercle mortuaire. En lettre dorée, une inscription. En se démanchant le cou, on peut lire : « À notre regrettée… » Une maladroite rafale, venue d’on ne sait où, peut-être de ces trois petits cumulus aux joues gonflées, en un magnifique salto arrière, la couronne flotte cul par-dessus tête. Décidément, la Nature a du mal à contenir ses ouailles. Le mousse refrène un rire. Un réflexe nerveux sans doute, une sotte mutinerie contre la mort. Mais non, il persiste : — Fin valab’ Mamie. Choquée comme il se doit par la sardonique oraison funèbre, la femme sursaute, ouvre la bouche puis la referme, la mine pincée. La vérité, elle est la seule à la connaître.
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