La Ville des écrivains figés

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Un homme a écrit quelques notes dans sa jeunesse "pour je ne sais quel diable d’œuvre littéraire". Malgré lui, la rumeur l’a proclamé écrivain. On est en Albanie durant le période communiste. Dès que son projet de faire de ces notes un roman est connu, il reçoit de nombreux écrits de personnes anonymes: un don généreux d’histoires invraisemblables, dignes de l’univers de Kafka. Ces histoires hallucinantes révèlent un monde bloqué, paralysé par la peur, le doute, la maladie, la mort et le non-sens. Une unité étrange relie les notes de l’auteur, les lettres anonymes et le monologue incessant, noir, profond, plaintif, sarcastique, accusateur, comme du ciment qui sert de base à un alliage indissoluble.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748361407
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748361407
Nombre de pages : 126
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Du même auteur Le Chameau dans la neige et autres récits de migration, récits, Arber Ahmetaj et al., Édition dEn bas, Lausanne 2007 Tu me manques mon amour, poésies, Édition Mergimi AB, Tirana 2010
Arber Ahmetaj LA VILLE DES ÉCRIVAINS FIGÉS Traduit de l'albanais par Edmond Tupja
Mon Petit Éditeur
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Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
À mon père, à mon fils et à ma ville !
Les gens de ma ville parlent de politique tout en fourrant leur nez dans la vie privée des uns et des autres. Dans ma jeunesse, javais couché sur le papier quelques notes sous le titre desur je ne sais quel diable douvrage littéraireNotes . Cela, tout le monde lavait assez vite su et navait pas attendu longtemps pour me proclamer le plus grand écrivain interdit de la ville. Toutes sortes de légendes sétaient aussitôt mises à circuler, parfois si belles que je métais plu à les tenir pour vraies. Le comble, ce fut quand jai à mon tour commencé à les raconter. Il y a quelques jours, jai sorti dune chemise moisie ces fameuses notes et, assis devant une vieille machine à écrire Olivetti, je passe de longues heures à taper en essayant de leur insuffler la vie. Je suis convaincu dêtre un grand écrivain ! Jai donc décidé décrire un roman. Pourquoi pas, au fond ? Jy pense, sincèrement. Combien de gens dans le monde ont écrit des romans sans pour autant devenir célèbres ! Moi, par contre, je le suis devenu sans avoir encore rien écrit de semblable ! Nest-ce pas là une raison suffisante pour que je commence absolument à en écrire un ? Ma méthode de travail en tant quécrivain nest pas tellement intéressante, aussi cela ne vaut-il pas la peine de vous la décrire par le menu. Ce qui arrive à mon roman est surprenant, plus que surprenant.
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Cahier n° 11, page 130
Dès quon a appris que même le poète le plus connu de la ville sétait adonné au jeu de cartes, nombreux ont été ceux qui soudain ont perdu le nord. La principale maison dédition dÉtat lui avait retourné son dernier manuscrit accompagné dune note de lecture impitoyable. Cela a été une offense non seulement pour lui, mais encore pour la ville tout entière. Ses habitants se sont attroupés devant la mairie, le visage assombri. Ils nont rien fait, se tenant là comme une foule suintant lirritation par contamination plutôt que par émanation. Bien après minuit, ils se sont dispersés pour gagner de sombres bistrots très humides, en proie à une vague révolte, quils ont noyée dans lalcool, les potins et lodeur de moisi. B. M. le second poète connu de la ville, a senti que lheure de sa gloire était proche. Après sêtre enivré deau-de-vie, il est parti rejoindre sa maîtresse, sans tenir compte du calendrier de leurs rendez-vous. Il a sonné comme un fou chez elle et, quelques secondes plus tard, il a vu apparaître devant lui Arlinda C., la jolie femme du pharmacien Myope, suivie de son mari. B. M. a remarqué quils venaient de prendre leur douche : leurs cheveux étaient encore mouillés et ils sentaient le shampooing. (Lui aussi, il sen était servi du même, quelquefois.)  Qui cherchez-vous ? lui a demandé poliment Arlinda C.  Toi ! a dit B. M. en faisant irruption dans leur appartement. Ici, cest moi le maître de maison ! a crié le pharmacien Myope sur le même ton quArchimède de Syracuse disant aux soldats romains : « Ne touchez pas à mes dessins ! » Le poète B.
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LA VILLE DES ÉCRIVAINS FIGÉS
M. se moquait du pharmacien Myope et de sa maison. Ce quil voulait, cétait sa femme. Les soldats romains avaient tué Archimède de Syracuse sans toucher à ses dessins quils ne comprenaient pas, alors que dans la maison du pharmacien Myope il est arrivé quelque chose qui aurait à tout jamais marqué notre ville si, peu après, un plus grand malheur ne sétait pas abattu sur la ville voisine, qui a jeté dans loubli, pendant de longues années, lincident en question. Et, du même coup, on a oublié le poète soudain devenu joueur passionné de cartes. Relisant un paragraphe de mon cahier n° 11, jai remarqué, glissées sous ma porte, trois feuilles de papier de format A4 remplies dune belle écriture sous le titre : « Tri(patho)logie » :
Première feuille
En ce temps-là jétais très petit. Quel âge javais ? Je lignore. Je ne men souviens pas. Tout ce que je sais, cest que je la voyais tous les jours. Chaque fois que jallais à lécole. Je la retrouvais là, dans la cour de lécole. Elle mattendait, moi. Mince, grande, dune élégance élancée, parfaitement arrondie, lisse, propre. Je la regardais. Elle se tenait tout droit. Jaurais aimé lui monter dessus, mais javais peur. Un jour, jai pris mon parti. Devenu courageux, jai craché dans mes mains et jy suis allé. Elle mattendait là, sans bouger. Je me rappelle que je portais un short. Javais les cuisses écorchées à force de me frotter contre son corps fluet. Je nai pas lâché prise. Javais décidé de parvenir coûte que coûte à mes fins. Quand je me suis vu au-dessus delle et quelle se tenait la tête baissée au-dessous de moi, jai voulu redescendre. Quitter son corps en glissant. Ce fut juste à ce moment-là que jai éprouvé un plaisir
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