Laisse toute espérance...

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Pourquoi Youssef se retrouve-t-il prisonnier sur un navire de guerre de la marine américaine? Pourquoi est-il détenu dans le plus simple appareil, obligé d'exhiber sa nudité devant un tribunal militaire? Quel secret est enfoui au plus profond de son inconscient? Ce roman est un éprouvant huis clos entre un otage et ses ravisseurs. Travaillant sur un site archéologique situé dans le sud-ouest du Pakistan, Youssef a été kidnappé par des agents secrets américains pour des raisons qui lui échappent et qu'il s'efforce, au fur et à mesure de l'avancement d'un procès absurde, de découvrir. À ses accusateurs qui veulent lui faire avouer une activité terroriste qu'il ignore, à son geôlier paternaliste et au médecin qui expérimente sur lui une drogue à base de LSD, il oppose une résistance fondée sur des arguments rationnels. Mais la raison est loin d'habiter l'équipage du navire. Les fautes qui sont imputées au détenu finissent par devenir puériles, les propos échangés deviendront à peine plus cohérents qu'un dialogue entre parents et enfants. Youssef adopte, bien malgré lui, un comportement infantile qui va aller en s'accentuant...
Publié le : jeudi 26 novembre 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342044980
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EAN13 : 9782342044980
Nombre de pages : 108
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Du même auteur Sous le nom de Morrad Benxayer Nouvelles La Queue de discorde, inNoires Sœurs, Éditions de L’Œil du Sphinx, Lille, 2002. Gaza Plage, éditée dans la revueAlgérie Littérature Action, n° 75-76, Marsa Éditions, Paris, 2003. L’Alif, in :Aventures oniriques et Compagnie (AOC)n° 30, une publication du club Présences d’Esprits, Paris, 2013. Roman La Mosquée, Marsa Éditions, Paris, 2003. Sous le nom de Jo Darmor Nouvelle Le Méharon, in :Le Huitième Péché, Ndzé Éditions, Paris, 2006. Roman Conjuration. Le cinquième Sikh, Éditions Le Manuscrit, Paris, 2006.
Morrad Bey LAISSE TOUTE ESPÉRANCE…
Mon Petit Éditeur
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« Laissez toute espérance, vous qui entrez ! » Ces mots de couleur obscure Je vis écrits en haut d’une porte, Alors je dis : « Maître, dur m’est leur sens. » Et lui à moi, en personne qui sait : « Ici il convient de bannir toute crainte et que toute lâcheté ici soit morte. Nous sommes venus au lieu où je t’ai dit Que tu verras les gens douloureux qui ont perdu le bien de l’intelligence. »
Dante Alighieri La divine comédie
Chapitre premier …tièrement nue. Ce fut la première sensation ressentie par Youssef Bey au sortir du sommeil. Mais… à propos ! Était-ce un sommeil, ce puits dans lequel on l’avait plongé ? Lui avait-on demandé son avis ? Et qui était ce « on » qui désignait une source de trouble bien réelle ? Car trouble, il y avait. Ce mal de crâne qui lui forait le cerveau, cette impression de flotter à côté de son corps tout en éprouvant mille douleurs (des os en feu, des vertèbres comme percutées par des baguettes en métal, des nerfs à vif qui avaient acquis une singulière autonomie et qui lui lançaient des messages d’alerte et de refus lorsqu’il faisait mine de vouloir réintégrer son enveloppe). Nue était la pièce – était-ce une cellule ? – dans laquelle il reposait. Car il reposait bien sur le sol, allongé sur le dos au sommet d’une saillie (curieux, ce drôle de lit !) dont la couleur se confondait avec celle de la pièce. Indéfinissable, cette couleur, perdue entre un gris à peine amorcé et un blanc déjà sale. Nue. Ni fenêtre, ni meuble appa-rent, aucune décoration. Une cellule de prison, triste et chaude. Car il faisait chaud dans cette turne ! Tellement chaud. Ce qui expliquait pourquoi il était nu. « On » lui avait ôté ses vête-ments, « on » l’avait dénudé jusqu’au poil (où était sa foutue montre ? Elle lui aurait donné l’heure, comme c’est heureux ! Une montre, c’est fait pour indiquer le temps présent, n’est-ce pas ?). Les morceaux de sa mémoire se recomposaient, lente-ment. Le village où il résidait – où il « avait » résidé, Kot e Zhob, s’étalait comme une traînée d’excréments à flanc de co-teaux, bruni par un soleil impérial dont les traits rendaient le ciel
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métallique et aveuglant. Puis, ces ombres avaient fondu sur lui, discrètement. Un coup assené sur l’arrière de son crâne, une main gantée qui appuie contre ses lèvres, une odeur lourde et sucrée – l’odeur du chanvre ; il avait perdu connaissance. C’est étrange de se rappeler ce moment où quelque chose bascule, où la vie semble être en passe de s’enfuir ; la conscience se défait très vite, un matelas anesthésiant pèse sur les sens, le nom des choses, les patronymes, les phonèmes, tout cela quitte irrémé-diablement la pensée ; la machine neuronale tombe en panne et le voile noir du néant couvre les yeux du pâmé, envahit son crâne, affaiblit son corps puis… le vide. La mort est-elle ainsi ? Néant absolu, tunnel épais où l’âme est désintégrée. Une vibration légère agitait le sol. Elle se répandait dans les parois, donnant l’impression qu’un moteur omniprésent ron-ronnait. Youssef Bey perçut un autre bruit ; familier lui sembla-t-il. Comme celui que commettent les vagues venant mourir sur le sable des plages d’Alger. Assurément ! C’était bien un infime clapotis qu’il distinguait dans les sons perçus. On est au bord de l’eau, pensa-t-il. Mais de quelle eau s’agissait-il ? La mer d’Oman ? Le fleuve Indus ? Ou encore la mer qui baigne le golfe du Bengale ? Qui l’avaient enlevé ? Il n’avait pas de doute à ce sujet. « On » l’avait kidnappé ! Une prise d’otage ? Par des talibans ? Il prit alors conscience du danger qu’un tel enlève-ment pouvait contenir. Avec eux, il n’eût mené pas large ! Il était musulman (enfin… il était juste né musulman) mais ne pratiquait pas. Il ne portait pas la barbe fleurie (et repoussante) des fondamentalistes ni se maquillait les yeux, à l’instar du Pro-phète (que Dieu étende sa bénédiction sur lui…) Merde ! Voilà qu’il délirait… rappelle-toi les sourates du Coran. Peut-être t’interrogeront-ils sur certains versets, peut-être vérifieront-ils ton pénis pour confirmer ton état, peut-être… mais, que chan-tait-il là ? Ils l’avaient entièrement déshabillé ; ce n’était pas là les manières des talibans. Trop prudes, trop hypocrites face à la
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nudité des corps. Alors quoi ? Des Pakistanais ? Certes, ceux-là voyaient d’un mauvais œil les fouilles archéologiques ; tout ce remue-ménage dans les entrailles de la terre ne pouvait que dis-créditer la prééminence de l’Islam sur cette terre « pure ». Étaient-ils affiliés au Jamaat-e-Islami ? Au Jamiat Ulema-e-Islam ? Ou… que savait-il encore ? Ce qui n’eût rien changé à sa situation. Rappelle-toi de ce pauvre bougre de journaliste : Daniel Pearl. Décapité, le malheureux ! Mais… il était américain et juif de surcroît. Double tare pour ces cinglés de l’épée. Tout de même, à poil comme ça ! Les musulmans n’aiment pas les corps dévêtus exposés de cette façon.H’ram !Tu ne Péché ! seras nu que dans le linceul. Le linceul ? Bon sang ! Peut-être étaient-ils en train de le préparer, ce foutu linceul. Son exécu-tion n’allait pas tarder. Mais… n’avaient-ils pas un plan, ces preneurs d’otages ? N’étaient-ils pas en train de négocier quelque libération ? Je déraisonne ! gémit Youssef Bey. Et il posa à nouveau son regard sur ce qui l’entourait. La pièce était tout en métal ; y compris la porte. Celle-ci se distin-guait du reste uniforme par ses rainures. Et il comprit. La porte se découpait dans le blanc cassé bien au-dessus du sol de la même manière qu’une porte de cabine : il était dans un bateau ! Ce qui expliquait le clapotement et le bruit diffus d’un moteur. Il se précipita sur la masse compacte de la porte – il n’y avait pas de poignée – et tambourina de toutes ses forces. Mais il était tellement faible, tellement las. Que lui avait-on fait ? Lui, si vigoureux d’habitude. Pour faire ce qu’il faisait – et ce que fai-saient la plupart des « fouilleurs », novices archéologues ou archéologues confirmés, il était nécessaire voire indispensable d’être costaud ou, à tout le moins, d’avoir la forme physique. Car piocher, excaver, décaper, dégager, ramper sur le ventre, brosser, nettoyer, dépoussiérer, détacher, épousseter, balayer, frotter, soulever, porter, acheminer, exigeait cette force, cette volonté d’énergie et davantage… car en plus d’être robuste ou
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résistant, il fallait être adroit, intelligent, mesuré, bref joindre l’habileté et l’abstraction à la force. Pour l’heure, il peinait dans sa nudité, tremblant comme un agneau. Et si on l’observait ? Son œil affolé balaya les murs, le plafond, chaque centimètre de cet espace blême. Rien ! Aucun œil-de-bœuf, aucune caméra ni faux miroir, la nudité dans toute sa crudité. Et le silence… en-fin, presque (clapotis discret de l’eau, ronronnement d’une lointaine machine). Il était seul. Il se rallongea sur l’éminence qui imitait la forme d’un lit. Il n’avait pas faim. Bien que proche de Quetta – à la fois capitale du Baloutchistan et refuge des talibans, le village de Kot e Zhob était plutôt calme ; ses habi-tants étaient de sacrés travailleurs – ils fabriquaient de remarquables et beaux tapis que les marchands iraniens, fins connaisseurs, emmenaient chez eux après force marchandages – et ne manquaient pas d’humour. Un brin « civilisés » eût dit Youssef, c’est-à-dire sociables, accueillants, tolérants et aimant la vie : ce que n’étaient pas les « fous de Dieu » ! Ce qu’il était lui, au contraire. Pas totalement convaincu des bienfaits ensei-gnés par le Coran ou préférant alléger ses enseignements, les adaptant aux modalités de ce siècle – ce Vingt et Unième para-dant avec sa boulimie d’images, de sons, de plaisirs, d’apparence, de joies et de faux bonheurs, les faisant siens (je ne tuerai point l’incroyant ou l’infidèle car, à l’heure du Jugement dernier, il sera soumis à la justice divine, donc nul besoin de massacrer de pauvres bougres, nul besoin de se mortifier, nul besoin de s’isoler pour éviter le contact impur). Les Baloutches – plus hospitaliers qu’ils n’y paraissaient – l’hébergeaient et n’hésitaient pas, à l’occasion, à lui refiler un coup de jaja (une sacrée gnôle, cet alcool de millet !) dont il s’abreuvait jusqu’à l’aube, seul stimulant qu’il s’accordait dans son quotidien labo-rieux. Dieu ! Il aurait bien voulu en goûter de cette ambroisie-là. Maintenant, dans cette cellule, même s’il avait soif d’autre
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