Le 43 résident

De
Publié par

Recueille les pierres que le destin te jette et descends dans ton atelier les polir.Qui donc est ce mystérieux narrateur, qui sous l’emprise de fièvres blafardes, tente d’égarer sa vieille cicatrice dans le labyrinthe d’un hypothétique récit ? « Un résident » murmura la tenancière soudain réticente.Et c’est ainsi, que pour répondre à l’injonction « Retrouvez Anastasia », que Cédric est descendu dans les territoires interdits du rêve et de la déviance. "Le visage de ceux qui remontent, porte d'étranges stigmates" dira le récit.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 136
Tags :
EAN13 : 9782748123449
Nombre de pages : 171
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Le 43 rØsidentPatrick Abiven
Le 43 rØsident
ROMAN' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2345-X (pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-2344-1 (pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimØ telunlivre.
D Øventuelles fautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueuse de
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comTirez des cordes de la harpe des sons qui soient des
rythmes passagers.
R. TagoreCHAPITRE 1
Deuxyeuxper antsbrillentàtraverslesbuissons
des rives dessØchØes du fleuve… Depuis combien
d’heures dØj , le loup les suivait-il ? Lentement la
citØ d Atz dispara t dans le sillage de la longue pi-
rogue. LesnuagesdepoussiŁres ØlŁventaveclalu-
miŁre naissante du matin, les dômes lointains scin-
tillent. L’œil vague, dØtachØ de tout objet et de tout
dØsir, s abandonne aux reflets et aux jeux des cou-
rants. A l impact la pagaie tranche les muscles tor-
turØsdufleuve,etsafuitesiffledansuneØcumedis-
crŁte.
"Un des derniers jours de cet ØtØ fatal… De ces
semainesquelssouvenirsconserver,etdecevoyage
qu espØrer ? Le flux des annØes sans cesse me re-
jette vers les mŒmes rivages, et anime les vieux mi-
rages". Toujoursramerpourquelarameetlebrasne
soient plus qu un. La pratique des exercices men-
taux enseignØs par Ma tre Jean à l’Øcole des offi-
ciers,suggŁredeplierlecorps ladisciplinepour
mieux libØrer l esprit. Peut-on par la contempla-
tion atteindre l Øtat de vacuitØ propice au combat
ou doit on s astreindre à d inlassables rØpØtitions ?
Toujours ces mŒmes questions, et pourtant comme
elles semblent dØsormais stØriles alors que la citØ
s’Øloigne dØfinitivement. Entre hier et aujourd hui
quelquesbrassesd eaumaissurtoutunerupture,une
discontinuitØ dans le temps. Les annØes faciles et
9Le 43 rØsident
brillantes s achŁvent sans gloire oø elles dØbutŁrent
riches de promesses et d espoirs. Ce matin pour sa-
luer leur dØpart, le fleuve exhale ses parfums mor-
bides, emplissant les sens jusqu la nausØe. Sur
ses berges endormies, terrain d exploits dØrisoires,
le souvenir de tendres crØpuscules galants se super-
pose à celui des chasses cruelles et sanglantes.
Ses premiers mois à Atz furent pour CØdric la
rØvØlation que toutes ses attentes, tous ses espoirs,
trouvaient enfin leur aboutissement. La dØcouverte
de ce lieu, en parfaite harmonie avec son Œtre se-
cret, semblait promettre avec certitude la libØration
des influences qui avaient tant contrariØ son adoles-
cence. A peine arrivØ dans l immensegare,il sedØ-
pouilladesesvŒtementsdepetitcampagnardmontØ
à la capitale pour devenir officier. Quelle victoire
quedesedØtacherdesobjetsdupassØpourmieuxre-
na treetaborderainsiunenouvelleexistence vierge
de toute attache et de toute rØfØrence ! Cet air sec
et poussiØreux qu il savoura tel un alcool rare, lui
promit tant de succŁs, tant de conquŒtes que ses pas
lui semblŁrent flotter à travers la foule colorØe. La
douce lumiŁre de septembre qui se glissait à travers
lehalldeverre,rendaitlesfemmessibellesetsidØ-
sirables qu il voulut toutes les embrasser. La gare
devint sa muse, il y puisa l ivresse des dØparts po-
tentielsetlerØconfortdesarrivØestardives. Illuisa-
crifiaplusieursdesesnuits. Souventilr daprŁsdes
guichets, humer le parfum des billets et des fuites,
mais jamais il n y succomba et fut toujours à la ca-
serneavantl appelnocturne. C estalorsqu iltentait
de dØrober discrŁtement la plaque minØralogiquedu
wagon, que CØdric se heurta pour la premiŁre fois à
Diaz ; lui aussi avait jetØ son dØvolu sur le prØcieux
souvenir.
10Patrick Abiven
DanscettepiroguequimŁnelecapitaineK.Mar-
cus, les lieutenants CØdric et Diaz vers une mis-
sion aux objectifs vagues et contradictoires, cha-
cun semble payer des erreurs de lui seul connues.
Sur les hauteurs, se dressent quelques potences oø
se balancent des dØviants fra chement capturØs. La
citØ d’Atz profondØment meurtrie aprŁs l invasion
soigne ses plaies et dresse ses Øpouvantails. Et tou-
jours, ce loup aux yeux sombres et vifs qui longe la
rive. Lesaccompagnera-t-iljusqu auxTerritoiresIn-
terdits ?
Voici l instant tant redoutØ, oø la voix de Mar-
cus s ØlŁve pour dØverser ses sarcasmes et ses plai-
santeries. Depuis le dØpart à l aube naissante, le
silence qui rØgnait à bord dissimulait mal la ten-
sion grandissante. Le voile se dØchira dŁs les pre-
miers mots. Comment lutter ? Comment rØsister
à l acide des mots jetØs sur la plaie vive ? Surtout
ne pas construire d image et laisser ces torrents de
haine s Øcouler librement. Attendre… Survivre…
Puis descendre dans les mØandres de l esprit, par-
courirlessombrescavernes,ouvrirleslourdesportes
et vider litre par litre, mot par mot, toute cette eau
noireetcroupieavantqu ellenepourrissetoutl Œtre.
Quand donc se taira-t-il ?…
« BØrØnice, par elle et pour elle me voici dans
cette pirogue à ramer, non pour oublier mais pour
mieuxtorturermadØtresse. Lafemmequel oncroit
que le destin nous rØserve, l amie de toujours au-
prŁs de laquelle frØquemment l on revient, nous a
ØtØ ravie dans la nuit. AbandonnØ au rØveil, les re-
grets Øclatent et nous rongent. A-t-on trop tardØ à
se dØclarer ? Est-ce par habitude ou par peur de
rompre le fragile Øquilibre construit au fil des an-
nØes ? Mais qu importe aujourd hui … Comment
quelques phrases rØdigØes avec gr ce sur un papier
vertpommeont-ellessuffiàØbranlerl Ødificed une
jeunesseetmejeteràlarue? Entreleslettresqu on
11Le 43 rØsident
attendet celles quel onre oit,rŁgnetoutun monde
de soupirs retenus et de conventions protectrices.
Pourtantquel enveloppesemblaitprometteuse,avec
cette Øcriture à nulle autre pareille ! Trouver dans
l acte de ramer le repos du corps, certes, mais oø
trouver le repos de l esprit ? Pourrai-je l aveugler
pardesrØflexionspassionnØessurdessujetssansin-
tØrŒt ou mieux encore le perdre dans le labyrinthe
d un rØcit ! Mais surtout Øchapper aux spirales in-
fernales qui se dØclenchent aux frontiŁres du som-
meil et me laissent au matin ØpuisØ, sans espoir ni
vie. Mes nuits sont peuplØes de son visage rieur qui
s enfuit,alorsquelespiedsfigØsdanslaboue,jede-
meure prŁs du saule pleureur ».
Quelques semaines auparavant… Eau mŒlØe de
sang, murs noircis criblØs d Øclats, un cri dØchire
l obscuritØ. DØbusquØ, le dØviant s enfuit à travers
les ruelles du vieux port. Mais dØjà les forces spØ-
ciales l ont rejoint, les balles sifflent. A l Est, le
soleil se lŁve sur la flottille des envahisseurs qui
s Øloigne. Le casque relevØ etl armelourde, CØdric
serØchauffeauxpremiersrayonsdumatin. Combien
devictimes,combiendecaptifsàjamaisemmenØs?
Au-del de l ØvØnement il retrouve dans le Dogme,
le diagnostic mais aussi le pronostic : "Chassez et
refoulez les dØviants en de de la frontiŁre. Que
votre glaive soit tranchant, car ce sont vos frŁres.
Ils se nourrissent de vos dØfauts, de vos faiblesses
et de vos l chetØs. Sans cesse, luttez contre la ten-
tation d abandon et brisez avec fracas ces miroirs
qui vous trompent…". Plus bas, Diaz dØtache un
jeune enfant en pleurs du cadavre encore chaud de
sa mŁre. Quelques volets s ouvrent, dØlivrant d une
nuit blanche ou plut t rouge, des yeux apeurØs et
ØpuisØs. Avec mØthode et haine, chaque cave sera
fouillØeetdØsinfectØe;lescrØaturesattardØesseront
livrØes à la population pour Œtre lapidØes.
12Patrick Abiven
Delaterrassedupalaisquisurplombelaville,les
applaudissements retentissent pour saluer cette nuit
de couleurs, de lumiŁres et de cris, qui fit le dØlice
des notables rØunis autour du tyran. Un buffet est
dressØpourunpetitdØjeunerbienmØritØ. RassurØet
rassasiØ,Agripiusimprovisealorsundiscourssurles
vertusdecourageetd abnØgationdestroupesduCo-
lonelMayer. Aquelquespas,Ma treJeans estisolØ
danslesjardinssuspendusdupalais. SurcettebeautØ
ØphØmŁrequiparcourtlesagesettraverselescrises,
ce matin une fine pellicule de suie, vestige des feux
delanuit,s estdØposØe. Commentdoncsentiràtra-
vers la fleur, les parfums des fleurs d il y a cent ans
etapercevoirdanslagouttederosØe,leregardbien-
veillant et complice du crØateur de ces merveilles,
le jardinier Shupati ? Ilot ØgarØ dans le tumulte des
ages, au jardin convergent les errances et les mØdi-
tations. Dans ses massifs renouvelØs par les saisons
de l me, s Øbauchent des amours sans lendemain -
visagesquel imaginationfacØtieuseornedeparures
sulfureuses-danssesgravierss incrustentdetendres
nostalgies. Au jardin, les rythmes admis sont lents
et profonds, gØnØreux il gratifie le visiteur attentif
d’Øclats curieux, inspirant sagesse et dØrision. Sur
lesmarchesdupalais,ungongretentitetlerituelde
la procession des jardiniers commence.
Dansladescriptionquevousauriezdßlire,enlieu
et place de ce prØambule, vous auriez retrouvØ les
ØlØments classiques d une sociØtØ en crise. En ef-
fet, dans un louable souci d Øpargner poncifs et re-
dites, nous invitons l’imagination à peupler les es-
paces vierges de quelques archØtypes de circons-
tances. Est-il possible aujourd hui de refaire les
vieilles descriptions sans lasser ni blaser, alors que
l’analogie et la rØfØrence sont si puissantes pour rØ-
veiller les Øchos qui sommeillent. Plut t qu un rØ-
cit,dØfinissonsunehypothŁsederØcit,simpletravail
13Le 43 rØsident
d assemblageetdecomposition,quenousprendrons
ensuite un malin plaisir à torturer. Sur une scŁne
mille fois connue, peut-il se nouer de nouvelles in-
triguesouledØcornouscondamne-t-ilàlarØpØtition
et à la p le copie ? Y a-t-il dans ces accessoires nØ-
gligemmentdisposØs,lesressortscachØsdequelques
suspenses,ounesont-ilsquelesvestigesabandonnØs
duhasardetdelaplume,s interrogedØj lecurieux.
Diaz et sa compagne ont fini par s Øclipser. CØ-
dric reste seul sur la profonde banquette, le regard
errant à travers la faune du bar. La cØlØbration de la
victoire s’achŁve dans ce lieu glauque, noyØe dans
un alcool bon marchØ et des fumØes douteuses. Sur
un dØcor de pourpre, baignØ de lueurs bleues, des
corps nus se dØhanchent au rythme d un orchestre
que Ma tre Jean qualifierait volontiers de post dØ-
cadent. Que son enseignement et ses valeurs sont
lointains ce soir ! PassØ une certaine heure, cha-
cun retrouve sans joie ses vieux dØmons. Impertur-
bable,lesyeuxvitreuxetlesmainsjaun tres,Victor
contempleleverrevide. Depuissonretourdeconva-
lescence,ilpasseainsisesjournØes,sansreconna tre
ses amis, ni prononcer une seule parole. CØdric et
quelques autres continuent nØanmoins à le saluer et
à payer ses consommations, mais sans jamais le dØ-
fendre,carleDogmeeststrict: "QuelesrØsidentsrØ-
intØgrØssoientlestØmoinsdestraversØesauxquelles
l hommesainrenonce. Qu ilssoientcompagnonsde
jeux et boucs Ømissaires…" Parfois dans des accŁs
de fiŁvre, sa cicatrice à la tempe gauche suintait et
dØgageaituneodeurnausØabonde. Lesgouttesabon-
dantes dØposaient des marques grasses sur sa joue.
Trois fils des banlieues, patauds et grossiers, s ap-
prochent. Rejetantbrutalementsachaise,ilfuitvers
sonterrier,unrecoinsombresousl’escalier,oøs en-
tassent ses maigres possessions terrestres. Les rires
couvrent à peine ses glapissements.
14Patrick Abiven
D un geste las, CØdric appelle l h tesse pour se
rØfugier, un instantencore, dans son regard pØtillant
et sa poitrine accueillante.
« De toutes ces nuits, que reste-t-il ? Combien
de yeux tels les Øtoiles d’ØtØ, furent ainsi mes lu-
cioles pour quelques heures ? Les visages flottent
et tant t se confondent, tant t s’affirment. Puis len-
tement, BØrØnice Ømerge de ce brouillard… J al-
lume l Øcran merveilleux et j y plonge pour trouver
l’abandondesprofondeurs. Parfoisencha nØeàmes
rŒves, j entra ne dans ma chute une crØature apeu-
rØe que j immole au dieu antique qui me gouverne.
Avant d annihiler l esprit, l alcool brßle la gorge et
dØfonce l estomac. ToutelibØrationrØclame son tri-
but et exige le sacrifice du corps. Et ce soir, com-
biend artifices,de misesen scŁnemefaudra-t-ilin-
voquer ? Ma source d images et de fantasmes s’est
tarieetnem abreuveplus. Ettoujourscesquestions
sans rØponse. Que reste-t-il de ces regards, qui tels
des Øtincelles ont dØclenchØ les incendies qui cette
nuit encore me rØveillent ? D oø souffle le vent ce
soir ? Les vieux dØmons, rieurs et possessifs, sont
remontØs me tourmenter. Les voyages, les Øtudes et
mŒmel argent,nelesontpaschassØs. Sanspeine,ils
me retrouvent et pour quelques heures je redeviens
leurjouet,leuroeuvre…BØrØnice,unseulmotdetoi
suffirait à briser ce sortilŁge qui chaque nuit m’em-
porte dans des contrØes inconnues, d oøjecrains ne
jamaisrevenir…Lesmotsquel’onattendenvainne
sont-ils pas les plus beaux ? »
La porte s ouvre sur un hall enfumØ plein de
rires. Titubant lØgŁrement, CØdric s avance vers
les invitØs. Quelques visages connus Ømergent du
brouillard, Marcus, Brian le fils d Agripius, Cylia
comme toujours entourØe de sa cour d admirateurs,
et pour le reste des regards inconnus ou oubliØs.
15Le 43 rØsident
BØrØnice n est pas venue, ni Raphaºl d ailleurs. Un
jeune couple danse au milieu des murmures, "qu ils
sont charmants…, leur mariage fut une rØussite…".
Que la chute de ces personnages chimØriques sur
lesquels tous reportent leurs dØsirs, sera dØlicieuse !
"Faut-il ce soir en profiter pour aller rosser Brian ?
En conclure avec ce jeune arriviste au parcours
si bien tracØ qu il finit par se rØaliser. Cet alcool
qui me remplit, permet-il d Øchapper aux statuts
et aux rôles que nous jouons sans cesse ? Est-il
l excuse qui m autorise à frapper celui que j envie
et à possØder celle que je dØsire ? N est-il pas mon
alibi secret ?"
Mais dØj anticipant le scandale, David s ap-
proche et lui confie une poupØe blonde à la jupe
courte et aux cheveux longs. Certes des yeux bleus
mais un visage lisse et des mains potelØes. Saluant
quelques relations, heurtant quelques meubles,
CØdric se laisse guider jusqu au buffet pour attraper
une coupe d un breuvage vert. Puis l Øquipage
chancelant se dirige vers l escalier de la mezzanine
pour accØder à la terrasse. Sur les marches, sa
main qui remonte le long des jambes nues, plut t
par habitude que par dØsir, la fit glousser. Dehors
l air doux qui dØgrise lØgŁrement, lui permet de
mieux dØtailler la jeune fille. Pas plus de seize
ans semble-t-il, ses pommettes relevØes trahissent
des origines Sersi, sans doute une fille ramassØe
pour la nuit à la sortie d un atelier. Fut-il grossier
ou simplement indiffØrent, pour qu elle s enfuie
ainsi le visage pourpre de colŁre ? La musique
rØveille des Øchos lointains de soirØes à la lueur des
Øtoiles et du trouble. Là oø les mots bleus furent
pensØs mais non prononcØs. La vieille bâtisse à
l histoire ancienne et aux poutres basses, parfois au
grØ d une mØlodie remonte d un passØ si lointain
que la cicatrice s ouvre lentement, sans peine mais
avecdØlice. Quej aimecesentimentdetristessequi
16Patrick Abiven
m’envahit et me submerge. Mes larmes brillent sur
cesmusiquesqueparfoisaucreuxdemanuit,jeme
repasse. Dans l obscuritØ provocante, je fuis celle
qui attend mes lŁvres pour regagner ma place prŁs
deBØrØnicequisans unsouriredØtourne leregard.
LeslumiŁresdelavilleetleursrefletssurlefleuve
sedilatentenhaloslumineuxquidansentdevantses
yeux. Bientôt il ne subsiste plus qu un spectre pris
de frØnØsie. Comme un vieux sac, il se laisse choir
surlesdallesdelaterrasse. Cedernierverrefutsans
doutefatal. UncoupleenlacØmontesurlestoitspar
l’Øchelledesecours. SouslalunedrapØe,lesgØmis-
sements flottent dans la nuit, descendent lentement
sur ses joues et rØveillent ses ardeurs. "Oø est donc
partie ma poupØe blonde ? En cette heure, j appelle
la femme qui sans paroles superflues, se livrera à
mes jeux. Qu importe son visage, je ne dØsire que
l’abandondesoncorps."LespantinsendiablØssedØ-
tachent sur des musiques stroboscopiques. Instants
de fureur capturØs par l’Øclair aveuglant qui sculpte
la foule en poses insolentes. Que la poupØe blonde
auxcheveuxluisantsestdØsirablesurcesaccordsde
folie. L esprit s effondre et entra ne dans sa chute
un corps lourd et plein. CØdric s affale sur un ca-
napØexpulsantsesoccupants,quelquesgrognements
etcoupsparviennentjusqu saconscience. Lamain
enfouie dans les coussins, il s imagine fouillant son
sexegorgØd amouretnelaquittepasdesyeuxalors
que ses doigts s agitent dans les profondeurs du ca-
napØ. Plus tard une silhouette à la dØmarche fØ-
line Ømerge des brumes. Il ne distingua Cylia que
lorsqu elles assitcontrelui. Au-del desmotsnoyØs
parla sueur, la mØlodiel envoßte ets’infiltre en lui.
Les cheveux noirs effleurent son front alors qu elle
sepenchepourdØposerunbaisersursajoue. Ilsent
le genou soyeux et brßlant venir au contact de sa
main engourdie.
17

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.