Le bâillon dénoué après quatre ans de silence

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« Sauf trois articles parus dans l'hebdomadaire Carrefour et dans la revue France-U.R.S.S., c'est l'essentiel de ma collaboration au Figaro, depuis l'août de la délivrance jusqu'aux premiers jours de mars, que je donne ici. Je me suis fait un devoir de n'y rien changer. Si les premières pages trahissent une fièvre bien excusable après cinq années de silence, d'angoisse, tout esprit non prévenu m'accordera que mon attitude n'a guère varié au long de six mois. Il est vrai qu'on chercherait en vain dans ce recueil, les pages intitulées La Narration française a une âme, parues dans le premier numéro non clandestin des Lettres françaises. Ce n'est certes pas que j'en renie un seul mot ; mais le ton eût tranché trop vivement avec le reste : elles furent écrites en effet pendant la clandestinité, alors que je me cachais et que c'était Maurras qui, à Vichy, tenait la vedette. Je n'avais alors aucune raison de réfréner la violence de mes sentiments, dans un récit destiné à paraître sous le manteau, à mes risques et périls. Mes amis, lorsqu'ils les connurent, me demandèrent de les réserver pour le jour où les Lettres françaises sortiraient des ténèbres : ainsi fut fait. Je les renie si peu qu'elles paraîtront prochainement, à la suite du Cahier noir, dans un volume que préparent Les Editions de Minuit. Les articles qu'on va lire étaient brillants, le jour où ils parurent. Mais je n'aime guère les papillons morts. Du moins gardent-ils une valeur de document : ils reflètent cette époque confuse et trouble où la France, devenue libre, n'avait pas retrouvé encore les mœurs de la liberté. »

François Mauriac, Paris, 25 avril 1945

Publié le : dimanche 1 janvier 1967
Lecture(s) : 94
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246142799
Nombre de pages : 208
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« Sauf trois articles parus dans l'hebdomadaire Carrefour et dans la revue France-U.R.S.S., c'est l'essentiel de ma collaboration au Figaro, depuis l'août de la délivrance jusqu'aux premiers jours de mars, que je donne ici. Je me suis fait un devoir de n'y rien changer. Si les premières pages trahissent une fièvre bien excusable après cinq années de silence, d'angoisse, tout esprit non prévenu m'accordera que mon attitude n'a guère varié au long de six mois. Il est vrai qu'on chercherait en vain dans ce recueil, les pages intitulées La Narration française a une âme, parues dans le premier numéro non clandestin des Lettres françaises. Ce n'est certes pas que j'en renie un seul mot ; mais le ton eût tranché trop vivement avec le reste : elles furent écrites en effet pendant la clandestinité, alors que je me cachais et que c'était Maurras qui, à Vichy, tenait la vedette. Je n'avais alors aucune raison de réfréner la violence de mes sentiments, dans un récit destiné à paraître sous le manteau, à mes risques et périls. Mes amis, lorsqu'ils les connurent, me demandèrent de les réserver pour le jour où les Lettres françaises sortiraient des ténèbres : ainsi fut fait. Je les renie si peu qu'elles paraîtront prochainement, à la suite du Cahier noir, dans un volume que préparent Les Editions de Minuit. Les articles qu'on va lire étaient brillants, le jour où ils parurent. Mais je n'aime guère les papillons morts. Du moins gardent-ils une valeur de document : ils reflètent cette époque confuse et trouble où la France, devenue libre, n'avait pas retrouvé encore les mœurs de la liberté.
»
François Mauriac, Paris, 25 avril 1945
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