Le brouillard, la reine des pluies et moi

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Nouvelle fantastique.
Une rencontre qui va tout changer.
Publié le : mardi 3 juillet 2012
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Il y avait cet homme assis dans le couloir comme un enfant. Un môme d'une dizaine
d'années dans sa tête, et dont personne ne prêtait tellement attention qu'il en était devenu du
brouillard.
Il y avait cet homme assis dans le couloir devant la première porte, les mains sales.
Il y avait d'autres portes. Un boudoir avec une fille à l'intérieur, et sa caisse à outils. Elle
réparait des gens cassées ; peut-être que celui qui attendait dans le couloir était là pour se faire
rafistoler.
Il y avait la porte derrière laquelle dormaient les redoublantes, celles que je préfère.
Non, n'ouvre pas la porte. Tu n'es pas encore prête.
« Et pourquoi je ne suis pas prête ?
-Parce que.
-Parce que quoi ?
-Parce que tu m'emmerdes.
-Alors parce que je t'emmerde, je ne suis pas prête ? Là, j'avoue que je n'y comprends rien.
-Cherche pas non plus.
-Ah, bon. »
Ne prête pas attention à cet homme assis dans le couloir, il pourrait t'attirer dans ses filets.
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Ne prête pas non plus attention à ces redoublantes, celles-là sont à moi. Ne t'avise pas d'y
toucher.
Il y avait ce couloir avec toutes ces portes.
il y avait le brouillard, la reine des pluies et moi. Il n'y avait pas de roi.
« Pourquoi il n'y a pas de roi ?
-Parce que c'est la reine des pluies et un point c'est tout.
-Et pourquoi c'est la reine des pluies ? La reine du soleil ce serait mieux.
-Parce qu'ici c'est pas comme partout. C'est différent. DI-FFÉ-RENT. Voilà tout, et arrête un peu de
poser des questions. »
Une espère ce pantin apparut brusquement devant nous, un cadenas que je fermai à clef, à la
bouche.
« C'est ainsi que tu finiras si tu ne la boucles pas. » dis-je.
L'autre se tut.
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Il y avait beaucoup de monde, en fait, derrière toutes les portes dans ce couloir.
Beaucoup de monde, beaucoup d'inconnus.
Ne leur parle pas... Sait-on jamais.
Il y avait des gens qui allaient et venaient, attendaient et repartaient. Ils repartaient soit
dans le bon sens, soit dans
le mauvais... à la manière d'un
alea jacta est
boîteux.
En tout cas, plus ou moins tout le monde passait par le boudoir pour cause d'abîmement corporel. Il
y avait aussi bien souvent des dégâts des eaux dans les canaux lacrymaux trop pleins.
« Comment elle répare les corps, cette fille ?
-Je croyais que tu devais te taire, toi ? Ecoute-moi bien, je n'ai pas l'intention de te faire traverser
jusqu'à l'autre côté. Mais si tu en sais trop, je ne pourrais pas te laisser repartir chez toi. »
Une nouvelle fois, l'autre se tut.
Moi-même, un jour, je partirai... mais dans le mauvais sens, aussi... quand ma mission serait
terminée.
Il me faudrait traverser jusqu'à l'autre côté.
Par contre, pour l'heure, j'étais toujours là à mi-chemin entre le tout et le rien.
Le brouillard et la reine des pluies étaient toujours dans le couloir, alors moi, bah, j'avais le temps.
Parce qu'eux, ils attendaient déjà depuis un bail.
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Dans la pièce où devait se poser tranquillement la fille, ç'avait été un florilège de
démembrés, des atrophiés en tous genres.
Désolée pour elle, je n'avais pas de place ailleurs. C'était plein à craquer... un peu comme les
urgences de la dernière chance.
La fille attendrait là un bout de temps avant de rentrer chez elle... si je pouvais la faire rentrer. Cela
dépendait de
moi mais pas que.
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J'achetais mon sursis comme je pouvais, notamment auprès de la reine des pluies. Je lui
offrais mes services faussement amoureux et purement sexuels.
Elle avait des envies d'amour physique avant le grand saut.
En contrepartie de mes attentions délicates, elle réduisait un peu mon temps de passage. C'était
glauque et bizarre. C'était comme se méprendre au fil du jeu et se vautrer au bout du tunnel.
Tout ceci, ce couloir, ces multiples portes dans ce couloir, tout ceci ne devait pas constituer un
barrage à son plaisir. Elle avait trouvé le moyen de me faire entrer dans la danse.
Il ne s'agissait pas plus de la sienne que de la mienne, mais avec elle, je m'étais enfoncée un peu
plus bas que le niveau de la mer.
Il n'y avait plus de chaloupe pour me sauver ; j'aais cessé de la voir depuis une éternité. Ou
peut-être deux.
Encore que...
Cet homme assis dans le couloir était là depuis tellement longtemps qu'il aurait pu y sauter toutes
les filles du monde. C'est pour cela que je le compare à un nuage de brouillard. Et même un
brouillard à couper au couteau.
Je sais que des fois il nous regarde par le trou de serrure et qu'il y prend son pied.
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Il y avait toutes ces personnes qui attendaient à la porte du boudoir... le coeur effiloché pour
certains... le sourire en compote pour d'autres.
Il y avait tous ces corps estropiés ou cabossés ou coupés au rasoir. Tous ces yeux gonflés de
larmes, tous ces doigts crispés sur le vide, toutes ces vies mises au placard.
Ça faisait des mois et des mois que je voyais les corps défiler, croiser le long d'eux et des corridors
toutes leurs histoires... et comment ils étaient arrivés là, à essayer de dompter la Mort.
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