Le chemin des sortilèges

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Un jour, il est parti. Lui qui l’avait vue naître et accompagnée depuis toujours, il s’est retiré dans la solitude."
Dix ans plus tard, elle retrouve sa trace et le rejoint pour comprendre ce qui s’est passé. Dans une maison aux apparences trompeuses commence un huis clos où les cauchemars se confondent avec le réel. Les souvenirs ressurgissent à travers les contes de fées qu’une main invisible dépose chaque soir à son chevet. De l’éveil de La Belle au bois dormant au crépuscule de La Petite Marchande d’allumettes, elle franchit les étapes d’une étrange initiation qui la mène à un secret bouleversant. Aura-t-elle la force d’aller au bout de la vérité, de sa vérité ?
Sur le chemin des sortilèges, le destin attendait son heure.
"Le Chemin des sortilèges" est le dixième livre de Nathalie Rheims.
La presse en parle : Livres Hebdo – 6 juin 2008, Le Nouvel Observateur – 21 août 2008, Madame Figaro – 23 août 2008, Le Point – 4 septembre 2008, Le Monde des livres – 12 septembre 2008, Elle – 29 septembre 2008
Publié le : jeudi 28 août 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756105147
Nombre de pages : 183
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Nathalie Rheims
Le Chemin des
sortilèges
roman




Un jour, il est parti. Lui qui l’avait vue naître
et accompagnée depuis toujours, il s’est
retiré dans la solitude.
Dix ans plus tard, elle retrouve sa trace et
le rejoint pour comprendre ce qui s’est
passé. Dans une maison aux apparences
trompeuses commence un huis clos où les
cauchemars se confondent avec le réel.
Les souvenirs ressurgissent à travers les
contes de fées qu’une main invisible dépose chaque soir à son chevet. De l’éveil
de La Belle au bois dormant au crépuscule
de La Petite Marchande d’allumettes, elle
franchit les étapes d’une étrange initiation
qui la mène à un secret bouleversant.
Aurat-elle la force d’aller au bout de la vérité, de
sa vérité ?
Sur le chemin des sortilèges, le destin
attendait son heure.

Le Chemin des sortilèges est le dixième
livre de Nathalie Rheims.


© photo de Nathalie Rheims : Gérard
Rancinan


EAN numérique : 978-2-7561-0513-0978-2-7561-0514-7
EAN livre papier : 9782756101392
www.centrenationaldulivre.fr
www.leoscheer.com LE CHEMIN DES SORTILÈGESDU MÊME AUTEUR
L’Un pour l’Autre
Galilée, 1999 ; Folio, 2001.
Lettre d’une amoureuse morte
Flammarion, 2000 ; Folio, 2002.
Les Fleurs du silence
Flammarion, 2001 ; Folio, 2004.
L’Ange de la dernière heure
Flammarion, 2002 ; Folio, 2005.
Lumière invisible à mes yeux
Éditions Léo Scheer, 2003.
Le Rêve de Balthus
coédition Fayard/Léo Scheer, 2004 ; Folio, 2007.
Le Cercle de Megiddo
Éditions Léo Scheer, 2005 ; Le Livre de Poche, 2007.
L’Ombre des Autres, 2006.
Journal intime, roman
Éditions Léo Scheer, 2007., 2008©
www.leoscheer.comNATHALIE RHEIMS
LE CHEMIN
DES SORTILÈGES
roman
Éditions Léo ScheerPour Catherine Roux-Krespine
et Cécile David-WeillLa brume restait accrochée aux bosquets qui
défilaient le long de la voie. J’effaçai un peu de
buée sur la vitre. Les premières maisons
apparurent.
Le train ralentissait déjà. Mon cœur se mit à
battre, m’arrachant à la somnolence où m’avait
plongée le rythme monotone des essieux.
Refermé sur ses secrets, le village se devinait
dans le creux du vallon.
Le crissement des roues, comme une plainte
montant du sol, déchira le silence. Il était trop
tard pour revenir en arrière. Les murs gris de la
gare s’inscrivirent dans le cadre de la fenêtre
tandis que la voix du contrôleur annonçait
trois minutes d’arrêt.
9J’aurais pu rester là, assise, sans bouger. Le quai
était désert. On n’entendait plus que la
respiration rauque de la locomotive, comme celle
d’une bête rongeant son frein, pressée de
repartir.
D’un mouvement brusque, je pris mon sac.
À peine avais-je posé le pied sur le bitume que
le train redémarrait et disparaissait dans le
brouillard.
Je suivis la rue qui descendait en pente douce
vers la grand-place, guidée par les tuiles sombres
de la pointe du clocher qui dépassait des toits.
Il m’avait dit :
— Vous ne pouvez pas vous tromper, il n’y a
qu’une maison en face de l’église, c’est là.
Trouant les murs de parpaings aux parements
bistre, les vieilles dentelles blanches des rideaux
laissaient entrevoir des yeux posés sur moi.
Je frappai à la porte. J’entendis des pas, un bruit
de clef ; au bout de quelques instants, il fut là,
immobile dans la pénombre du vestibule.
— Ne restez pas dehors, il gèle.
Comme je l’avais imaginé en entendant sa voix
au téléphone, il était devenu un autre homme.
10Je cherchai dans ma mémoire des images de
lui. Enfant, chaque semaine, je dessinais sur de
grandes feuilles de papier des châteaux, des
chemins, des rêves et des cauchemars, pendant
qu’il tirait longuement sur sa pipe en me
regardant.
Depuis dix ans, il ne voulait plus voir personne.
Ses patients avaient-ils eu raison de son désir
d’écoute? Des rumeurs avaient circulé à
l’époque : un accident cérébral aurait altéré
sa faculté de parole, l’obligeant à interrompre
son séminaire, à abandonner la foule de ses
disciples, pour se retrancher dans la solitude.
Il partit, laissant tout derrière lui, et se retira
dans ce lieu qui lui ressemblait si peu.
Aujourd’hui, à nouveau, j’étais face à lui.
J’avais envie de pleurer, de me blottir dans ses
bras, mais je ne bougeai pas.
Il prit mon sac, le déposa sur une banquette,
suspendit mon manteau à côté d’un miroir
biseauté. Je le suivis dans la cuisine. Deux assiettes
et une soupière avaient été disposées sur une
table recouverte d’une nappe en toile cirée à
carreaux rouge et blanc. Il m’invita à m’asseoir.
11Il souleva le couvercle et nous servit. Ses
mouvements étaient réguliers et calmes; fermé,
silencieux, il semblait attendre que je parle.
J’étais dans cette maison pour cela, il le savait.
Il me connaissait mieux que personne.
Mais les mots ne venaient pas. Je me calai sur
son rythme, en silence. Je finis par murmurer
son prénom :
— Roland…
— Oui, me répondit-il en plongeant ses
immenses yeux verts au fond des miens.
Dix ans. Dix longues années d’absence. Les
seules nouvelles, je les apprenais par les livres
qui lui étaient consacrés. Il était devenu une
figure majeure de la psychanalyse mais pour
moi, c’était différent : il restait celui que je voyais
tous les jeudis matin, à la sortie de l’école.
Un jour, j’avais interrogé ma mère :
— Pourquoi Roland s’occupe-t-il de moi ?
— Parce qu’il t’a vu naître.
Le fil de nos conversations, nos rendez-vous
hebdomadaires ne s’étaient interrompus qu’avec
son départ. Quelque temps auparavant, il
m’avait demandé de ne plus l’appeler.
12Je me revois sortir de son bureau, retenant mes
larmes, traverser la place de l’Alma, et sangloter
au bord de la Seine sous une pluie battante.
Cette nuit-là, je rêvai que, ne parvenant plus à
me souvenir de mon nom, je cherchais mon
passeport, mais il avait disparu.
Roland se redressa sur sa chaise ; il me regardait
fixement. Je retrouvais dans ses yeux un
fragment de sa tendresse attentive. Il me demanda
de lui parler de moi, de lui dire ce qu’avait été
ma vie depuis tout ce temps. Je remarquai que
ses mots, par moments, accrochaient encore.
C’est moi qui le questionnai. La rumeur
disait vrai. Dix ans après, son élocution n’était
toujours pas rétablie, mais cela, apparemment,
ne le gênait plus.
Il n’y avait pas un bruit dans la cuisine. Le
crépitement du poêle avait cessé, le balancier
de l’horloge de parquet rouge s’était soudain
immobilisé.
Roland s’était tu, et son visage demeurait figé
comme celui d’une statue. Il fallait que j’arrive
à rompre ce silence étouffant. J’aperçus un
13vieil ours en peluche posé sur un fauteuil. Je le
reconnus. C’était celui de mon enfance. Je croyais
l’avoir égaré, un jour, dans un square.
La phrase qui me traversa l’esprit me surprit,
comme si elle ne venait pas de moi, et m’était
soufflée par cette peluche :
— Le sang s’est arrêté de couler, plus de traces,
plus de dangers ; la chaîne s’est rompue net, je
ne risque plus de voir le chagrin réapparaître.
Roland m’écoutait tout en regardant l’ours.
— Suivez-moi.
Je montai un escalier de bois derrière lui ; il avait
pris mon sac. En haut des marches, il ouvrit une
porte en me disant :
— Vous dormirez là.
Puis il disparut au fond d’un couloir sombre.
Dans la vaste pièce où il m’avait installée, rien
ne paraissait avoir bougé depuis un siècle. Je
défis mes affaires et commençai à les ranger
dans une armoire en merisier.
Accroché derrière le lit, un grand tableau
montrait une fileuse tournant un rouet de la main
droite, un fuseau dans la main gauche. Près du
lit, à côté d’une table de chevet où brillait une
14lampe en opaline, il y avait un rouet de bois
clair identique à celui que le peintre avait
représenté sur la toile.
Des pièces de dentelle envahissaient la chambre,
aux fenêtres, sur les sièges, dans tous les recoins ;
on ne pouvait pas imaginer être ailleurs que
dans cette région où s’étaient réfugiées les
dernières dentellières. Cette maison avait dû
être celle d’une famille de marchands.
J’étais de plus en plus troublée par ce qui
m’entourait. Je m’allongeai un instant, en
essayant de ne rien déranger, mais mon regard
ne pouvait se détacher de l’objet qui se trouvait
là, à ma gauche.
Je finis par me relever et j’approchai. Le rouet
était intact. Pas la moindre trace de poussière.
On eût dit qu’il avait servi la veille. Je laissai
mes doigts se promener sur le bois et saisir le
fuseau, mais sa pointe vint me piquer l’index ;
une goutte de sang perla.
J’allai vers le meuble de toilette surmonté d’un
plateau de marbre où étaient disposés une
cuvette et un broc. J’ouvris la petite armoire
accrochée au mur, pris une bouteille d’eau de
15Cologne, dont j’imprégnai un morceau de
coton que j’appliquai sur la blessure.
Je me regardai dans le miroir. Celle que je vis
me parut être une autre, qui m’observait avec
une expression étrange, que je ne connaissais
pas.
Je sentis qu’elle voulait me dire quelque chose.
Je m’entendis articuler :
— Écoute, c’est à toi que je parle.
Je m’arrachai à cette image et me dirigeai vers
le bureau, devant la fenêtre. Il était en laque
noire décorée de chinoiseries. Au-dessus de
cinq tiroirs bombés, ornés de figures d’oiseaux,
de panthères et de lions, une écritoire était tirée,
découvrant un paon doré entouré de fleurs.
Un grand livre illustré était posé dessus : La
Belle au bois dormant, avec le sous-titre Contes
de fées et autres sortilèges. Contre la fenêtre, un
immense cèdre du Liban semblait chercher à
entrer dans la pièce.
Je m’assis, ouvris le volume au hasard et tombai
sur une image où des fées se penchaient
audessus d’un berceau ; je lus ces phrases que
j’avais totalement oubliées :
16Les fées commencèrent à faire leurs dons à la
princesse. La plus jeune donna pour don qu’elle
serait la plus belle personne du monde, celle
d’après qu’elle aurait de l’esprit comme un ange,
la troisième qu’elle aurait une grâce admirable
à tout ce qu’elle ferait, la quatrième qu’elle
danserait parfaitement bien, la cinquième qu’elle
chanterait comme un rossignol, et la sixième
qu’elle jouerait de toutes sortes d’instruments dans
la dernière perfection. Le rang de la vieille fée
étant venu, elle dit, en branlant la tête encore
plus de dépit que de vieillesse, que la princesse
se percerait la main d’un fuseau, et qu’elle en
mourrait.
Je regardai mon doigt. Il ne saignait plus. Je
ressentis une douleur sourde et une chaleur
intense ; j’eus l’impression que j’allais
m’évanouir. Je fus prise de vertige.
Tout, dans la pièce, se déformait, se tordait, agité
par une force invisible. Je crus entendre un
murmure, une voix étouffée qui chuchotait des
mots dont je ne comprenais pas le sens. Ce qui
était inerte prenait corps, mais un corps inconnu.
17On m’avait jeté cette phrase, comme j’avais été
jetée hors de sa vie pendant les derniers mois
de son agonie. Parce que ce n’était pas ma
place. Parce que je n’étais qu’un secret. Un
chuchotement.
J’aurais voulu accourir, venir pleurer sur son
lit. Me pencher sur son corps et lui dire
combien je l’avais aimé. Ce qu’il avait été
pour moi. Et ce que serait ma vie, s’il ne
m’avait pas donné cette heure, cette simple
heure, chaque semaine, à l’abri des regards,
s’il ne m’avait pas écoutée, et comprise,
mieux que quiconque.
J’avais supplié qu’on me permette de le voir.
Mais on m’avait répondu non, d’un air
embarrassé, en m’expliquant que c’était délicat, que
c’était compliqué. Et l’enterrement ? Quand
aurait-il lieu ? On me rappellerait demain.
Le jour dit, j’avais attendu des heures près du
téléphone. La même voix avait fini par me
dire qu’il valait mieux que je ne vienne pas.
Ou un peu plus tard, lorsque tout le monde
serait parti.
179Alors, j’avais désobéi ; j’y étais allée. J’étais restée
debout, à l’écart, dans le fond du cimetière.
J’avais pleuré seule. Puis cet instant s’était
effondré sur lui-même, laissant en moi un
creux aussi béant qu’une fosse, un creux si
profond qu’aucun cercueil n’arriverait à le
combler. Comme un caveau qui ne se
refermerait jamais. Et ma mémoire s’y était
engloutie.
Dix ans plus tard, Roland était venu me
chercher dans mon imaginaire, et avait guidé
mon stylo à travers ce conte, pour que je puisse
à mon tour refermer sa tombe. Vivre avec lui,
ces six jours, dans cette maison, en suivant le
rituel qu’il avait inventé pour moi.

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