Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Le Chercheur d'Afriques

De
316 pages

Au pays, il est le mal blanchi. Ici, il est le moricaud. Petit mulâtre aux yeux verts, André est fraîchement débarqué en France. Il y découvre le jazz moderne dont les rythmes réveillent en lui le souvenir des rives du Congo. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à honorer la promesse faite à sa mère : approcher le docteur Leclerc, un ancien colon épris de l'Afrique auquel il ressemble étrangement...



Romancier congolais né en 1937, Henri Lopes a été Premier ministre dans son pays de 1973 à 1975. Le Grand Prix de la francophonie de l'Académie française lui a été décerné en 1993.



" Un français très classique et en même temps profondément africain. "


Paris Match


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Henri Lopes, né en 1937 à Kinshasa, a grandi à Brazzaville, puis est venu en France pour y faire ses études. Il a 23 ans quand Malraux, porteparole du général de Gaulle, proclame lindépendance de son pays. De retour au Congo, il fait une carrière dhomme politique, occupant plusieurs postes de ministre et notamment, de 1973 à 1976, celui de Premier ministre. Il est depuis 1998 ambassadeur du Congo en France. Cet écrivain du métissage qui, dun ouvrage à lautre, célèbre lAfrique et le difficile, mais salutaire et fécond, mariage des cultures, est lauteur de sept romans et dun recueil de nou velles (Tribaliques, Grand Prix de la littérature dAfrique noire, 1972). Il a obtenu le Grand Prix de la francophonie de lAca démie française en 1993.
d u
m ê m e
a u t e u r
Tribaliques nouvelles Grand prix de la littérature dAfrique noire Éditions Clé, Yaoundé, 1971 et Presse Pocket, 1983
La Nouvelle Romance roman Éditions Clé, Yaoundé, 1976
Sans TamTam roman Éditions Clé, Yaoundé, 1977
Le Pleurerrire roman Présence africaine, 1982
Sur lautre rive roman Seuil, 1992
Le Lys et le Flamboyant roman Seuil, 1997
Dossier classé roman Seuil, 2002
H e n r i L o p e s
L E C H E R C H E U R D ’ A F R I Q U E S
r o m a n
É d i t i o n s d u S e u i l
T E X T E I N T É G R A L
ISBN9782020849609 re (ISBNpublication): 2020109263, 1
Éditions du Seuil, janvier 1990
Le Code de la propriété utilisation collective. Toute procédé que ce soit, sans le une contrefaçon sanctionnée
intellectuelle représentation consentement par les articles
interdit les copies ou reproductions destinées à une ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque de lauteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
À ma mère Micheline, à mon père Max, à mon père JeanMarie, à la mémoire de ma grandmère Joséphine Badza.
Nous sommes peu nombreux à lécouter dans cette salle de cinéma de quartier, une poignée de fidèles en train de boire le vin dune religion nouvelle. Malgré mes difficultés à trouver la rue, je suis arrivé à temps. Assis au dernier rang, dans la pénombre sous le bal con, je ne perds aucun mot. Le conférencier baigne dans un reflet de soleil blanc. Cest sa crinière rousse qui frappe dabord. Dune voix bien timbrée, il sexprime avec aisance. Il jette à peine un regard sur ses notes. Tel un joueur de cartes étalant sa réussite, il enlève et replace ses fiches sur la table. Je savoure la structure de lexposé. Au premier rang, une femme en cardigan de laine, les yeux rivés sur ses lèvres, suit chaque mouvement de la pensée de lorateur, anticipe dun sourire bien veillant la moindre étincelle. Sa coiffure imite celle de Michèle Morgan. Son profil évoque un dessin de Cocteau. Un fil déroulé, tracé dun seul mouvement, sans hésitation ni reprise, ainsi quune signature. À côté delle, une adolescente dont la queue de cheval remue dès quelle bouge la tête. Quand elle sest retournée tout à lheure, un flot de sang a envahi ma poitrine. Détaché de son texte, lhomme aux cheveux rouges sexprime comme on voudrait écrire. Sans hésitation ni
9
répétition, il évolue, trouvant la nuance exacte ou le mot juste, avec la facilité et lélégance des classiques. Je reçois les phrases de son discours comme celles dun morceau de musique envoûtant. Il faudra que je me procure louvrage de Poliakov et létude de lUnesco auxquels il sest plusieurs fois référé. Difficile de donner un âge au conférencier. La cin quantaine, sans doute. À mon avis, quelques années de plus que Joseph. La dame au cardigan de laine et lui ont dû former un beau couple. Cest la première fois que je les vois. Hier, alors que je me rendais, le pas décidé, vers la rencontre cruciale, jai brusquement été saisi dun trac stupide et je suis rentré à lhôtel. De temps en temps, la jeune fille à la queue de cheval se penche à loreille de la dame au cardigan. À plusieurs reprises, le conférencier sest levé pour se diriger vers un tableau où sont agrafées de larges feuilles sur lesquelles se profile un front de gratteciel surmonté de chiffres quil commente en saidant dune baguette. Ses gestes et sa démarche me sont familiers et suscitent en moi un sentiment de malaise. Cest par hasard, en feuilletant hier un journal local, que jai été informé de la conférence du docteur Leclerc.
Cest la fin de laprèsmidi. Sous la véranda dune case en ciment, une jeune fille, assise sur un tabouret, chante. Entre ses cuisses, une cuvette en émail, remplie de riz dans lequel ses doigts picorent. De temps à autre elle secoue le récipient, et des charançons remontent à la surface. On dirait des crottes de souris. Elle les saisit de deux doigts et les jette négligemment sur le sol, sans perdre le fil de sa chanson. Je nen comprends pas les paroles. Pourtant, si elle sarrêtait, je la prierais aussitôt de reprendre. À cause de la magie de la mélo die. Lente et triste, elle menchante comme la douceur des doigts de ma mère caressant mes cheveux. Le cou tendu, les yeux remplis de bonheur, Olouomo sadresse à quelquun que je ne vois pas. Elle se plaint visible ment. Elle monte dun ton, se rapproche du cri, puis redescend, souriante, les yeux malicieux et rassurants. Sa voix plane un moment et poursuit son mouvement jusquà la hauteur du murmure. Certaines phrases sont comme tissées de mots de protestation, dautres de colère, quelquefois dappels à la pitié, mais lensemble soulage sa souffrance. Jessaie de retenir chaque note, chaque mot de la langue mystérieuse. Olouomo est une parente. Peutêtre une cousine de ma mère quelle appelleyaya, grande sur. Elle vient du village. Cest ma grandmère qui la envoyée ici,
11
pour aider maman aux travaux du ménage et lui tenir compagnie. La terre est rouge. Sur le tronc dun manguier, un margouillat fait des pompes, hoche la tête, refait des pompes et prestement grimpe dans les branches. Un jour, Olouomo a comparé la peau du margouillat à celle du Commandant. Jai hurlé que ce nétait pas vrai. Mais cette grande bringue a insisté. Jai alors ramassé tout ce qui traînait à portée de ma main pour la bombarder. Je lai ratée et jai cassé un pot auquel le Comman dant tenait. Quand il est rentré et quil sest aperçu dune anomalie dans lordonnancement des bibelots de la pièce, il a engueulé le boy. Il la traité de sale macaque, la giflé, puis lui a décoché un coup de pied dans les fesses, mais le boy la esquivé. Effrayé, jai dit la vérité. Cest la première fessée dont je me souvienne. En face de la maison sétend un drap de passepalum dont les prisonniers sont venus prendre soin ce matin. Une allée de palmiers mène à la place du poste. Une autre au dispensaire, doù des odeurs de pansements et de fioles sombres me soulèvent le cur, chaque fois que nous passons dans les parages. La troisième allée conduit à la case de lautre Commandant. Hormis le cri étrange dun oiseau dans la forêt voi sine, lespace est silencieux sur des kilomètres à la ronde et Olouomo na pas besoin de forcer la voix. Quand loiseau sinterrompt, son visage sassombrit. Cest peutêtre..., songetelle, mais ne finit pas sa pen sée pour ne pas provoquer le destin. Encore assommé par la sieste, assis sur un fauteuil dosier, je savoure la mélodie. Mon siège est la réplique en miniature de celui du Commandant. Quand je my installe, jadopte le port de tête de papa. Jai souvent entendu maman sémerveiller de notre ressemblance.
1
2