Le Chien noir

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Lorsque sa femme Clémence le quitte, le désespoir du vieil Arsène est grand, si grand qu'il songe à en finir avec la vie. Mais sa rencontre avec un chien errant va, paradoxalement peut-être, lui redonner le goût de vivre et même d'aimer à nouveau. De son côté, Clémence entame une nouvelle vie, se remet à travailler, fait de nouvelles rencontres et expériences. L'auteur nous emmène avec elle à Ostende faire la connaissance du Sans-Nom, de frères jumeaux peu conventionnels et de la petite Kembo, jeune orpheline rwandaise rescapée du massacre de sa famille.
Publié le : samedi 6 octobre 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748356410
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748356410
Nombre de pages : 124
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Du même auteur
Le Voyage incertain, 2008
 
Florence Tourtourat
LE CHIEN NOIR
Mon Petit Éditeur
 
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IDDN.FR.010.0115337.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2010
 
À ma sur Luce.
 
Chapitre 1 Aux premières pluies dautomne, Arsène sut quelle ne re-viendrait plus. Lespoir qui lavait soutenu jusque-là lui semblait à présent dérisoire. Est-ce le ciel débordant de nuages gris ou le crépitement de la pluie sur le toit de la véranda ? Toujours est-il quil avait la conviction que, voilà, cétait fini, leur histoire. Assis sur son lit, en pyjama, il regardait par la fenêtre les ro-ses de son jardin qui penchaient la tête lamentablement. Il était seul, usé par la vie, sans attrait, sans énergie. Et maintenant, que me reste-t-il ? songea-t-il avec désespoir ; je suis seul, mon soleil ma quitté et ne reviendra plus. À quoi bon vivre désormais ? Envie de mourir ? Soit ! Mais quand on est en bonne santé, on ne se défait pas si facilement de la vie ! De méchants tirail-lements destomac lui rappelèrent que, triste ou pas, il était fait de chair et de sang. La machine avait faim, il fallait la nourrir. Il descendit dans la cuisine se préparer du café et des tartines beurrées quil mangea en soupirant mais avec appétit. Une fois rassasié, un découragement le prit à lidée de devoir faire ce quil faisait sans y penser depuis tant dannées : se laver, se raser, shabiller. Pour qui ? Pour quoi ? Il renonça, se remit au lit et passa la journée à dormir et rêvasser tout en écoutant la radio.
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Les jours suivants sécoulèrent pareillement. Il se levait pour manger quand il avait faim et retournait ensuite se pieuter. Lui si actif dhabitude, voilà à quoi elle lavait réduit, sa Clémence ! Maintenant, lorsquil pensait à elle, une fureur semparait de lui, si forte quil en tremblait de la tête aux pieds. On aurait dit un accès de fièvre qui le dévastait comme un ouragan et le lais-sait épuisé, en nage, avec une méchante douleur à lendroit du cur. Dailleurs, tout son corps lui faisait mal : son dos, ses articulations le faisaient souffrir. Comme sil ne suffisait pas quil soit simplement malheureux, voilà que son corps se met-tait, lui aussi, à le torturer ! Quand il nen pouvait plus et se sentait aspiré par la dangereuse spirale de la dépression, il appe-lait lhumour à sa rescousse : Ne ten fais pas, Arsène, mon petit vieux, ça pourrait être pire, pense un peu, tu pourrais avoir mal aux dents en plus ! Cette remarque lui arrachait un sourire sans joie mais lempêchait de sombrer totalement.
* * *
Arsène ne sortit pas de chez lui tant que dura le mauvais temps. Lorsque, enfin, le soleil se remit à briller, il sortit du lit, prit un bain et shabilla de propre. Sa barbe avait poussé, il la tailla soigneusement en collier et décida de la garder. Clémence ne laimait pas barbu, mais puisquelle nétait pas là Lui se plaisait bien ainsi, il trouvait que ces poils blancs autour du vi-sage lui donnaient, bizarrement, lair plus jeune. « Arsène à la barbe fleurie » dit-il à son image dans le miroir en se passant une main sur la joue. Puis il haussa les épaules et sen fut aux provisions, car ses armoires étaient vides. Depuis quil avait quitté la vie active, Arsène sétait retiré à la campagne pour vivre avec sa femme dans une vieille ferme iso-lée. Le village le plus proche était à cinq kilomètres. Était-ce la nostalgie dune vie plus mouvementée qui avait poussé Clé-mence à le quitter ? Des deux, cétait elle pourtant la plus
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casanière, et il devait la pousser pour quelle consente à laccompagner en ville au cinéma, au théâtre ou au restaurant. Cétait bien elle, malgré tout, qui, un beau jour, avait fait sa va-lise et lavait quitté sans autre explication quun catégorique « Jen ai assez, je te quitte, ne cherche pas à me retenir, ma déci-sion est prise. » « Adieu, avait-elle ajouté avec un sourire en lembrassant sur les deux joues, prends bien soin de toi. » Il la voyait encore, calme et souriante ; elle avait rabattu le coffre sur sa valise et avait disparu au volant de sa Twingo. Et depuis, plus rien. Sur le moment, Arsène, médusé, lavait regardée partir sans réagir. Il se reprochait amèrement depuis ce manque de réflexe. Il aurait dû sauter dans sa voiture, lui aussi, et la suivre, lobliger à sarrêter pour avoir une explication Mais quest-ce que ça aurait changé ? Elle qui avait tant de mal à se décider dhabitude, elle le lui avait bien dit, « ma décision est prise », et la preuve en était que depuis six mois elle nétait pas revenue. Elle navait jamais non plus donné signe de vie, et de temps en temps, surtout au début, il sétait dit quil aurait peut-être dû avertir la police, mais elle était majeure et partie de son plein gré, alors ? En plus, il ne tenait pas à se rendre encore plus ridi-cule. Cest en rentrant du village avec son coffre rempli de mar-chandises quil rencontra le chien noir. Il cheminait en sens inverse, et à peine eut-il aperçu la voiture quil disparut dans les fourrés. Voilà un chien abandonné par des salauds de maîtres, pensa Arsène qui aimait les animaux. Il freina sec, sortit de la voiture et fit quelques pas jusquà lendroit où le chien avait disparu. Il faisait bon marcher sous le soleil, sur cette petite route de campagne entourée de champs, de haies, de bosquets et de talus herbeux. Un vent presque tiède comme il sen trouve quelquefois en novembre, charriait des odeurs de ferme, de
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terre boueuse, dherbe fraîche, et Arsène prenait plaisir à respi-rer profondément, en rythme, deux pas pour inspirer, trois pour expirer, et on recommence. Tout à coup, il sarrêta net. Ça alors, est-ce que ? se demanda-t-il, les yeux fixés sur lasphalte où se distinguaient des gouttelettes rouge grenat. Oui, du sang, à nen pas douter, de légères traces toutes fraîches. Ce chien est blessé, pensa immédiatement Arsène, il faut que je le retrouve. Il retourna à la voiture et, espérant que lanimal reparaîtrait, attendit, mais en vain. Il rentra chez lui, le regret au cur. Pendant deux jours il sillonna la campagne pour lapercevoir, toujours sans succès. Il finit par se dire quil se trompait peut-être, que le chien avait ses maîtres au village et se promenait tranquillement quand il lavait aperçu. Après tout, cétait lui, Arsène, qui avait imaginé cette histoire dabandon sur une sim-ple intuition, mais devait-on se fier à une intuition ? Il résolut doublier cette bête. Une seconde il la revit dans son souvenir, sa façon de marcher le long du chemin, tête baissée, comme sans espoir Allons, Arsène, arrête, se dit-il, peut-être baissait-il la tête pour flairer une odeur intéressante, alors, cesse de te faire du cinéma et dattribuer aux autres ton propre désespoir. Et dailleurs, quel désespoir ? Celui du début, bien épais et pesant au point de lui pomper toute son énergie, sétait amenui-sé au fil des jours jusquà ne plus mériter son nom. Ce quil ressentait à présent ressemblait plus à un désenchantement mêlé damertume qui le poussait à hausser des épaules défaitistes à chaque occasion. On aurait dit que Clémence, en le quittant, avait emporté avec elle tout lenthousiasme dont il était capable, ne lui laissant quune grande fatigue de vivre. Il vivait, oui, il fallait bien, mais sans en tirer la moindre joie.
* * *
Puis, au moment où il ne sy attendait plus, le chien refit sur-face. Cétait le jour des poubelles. De la cuisine où il se préparait une omelette aux girolles pour midi, Arsène le vit remonter le
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