Le Coup d'état de mon père

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…Jean Christian… Il interrompit sa marche, revint à sa place, il se rassit. Le Colonel fit de même, il se sentit dans une contrainte insurmontable; il pensa à ses prises sanglantes du pouvoir. Pourquoi se couvrir d’honneur avec le sang de ses compatriotes? Les mots de Jean Christian lui revinrent en mémoire: toutes les portes vous seront fermées sauf la porte du tombeau ou par chance celle de l’exil… La bassesse et la honte montèrent en lui, couvrirent son cœur tels des lierres étouffants… Après "Des roses et des ronces", un recueil des poèmes, une expression du beau et "Une vie à Mangueba", un roman très remarqué où il retrace une période de guerre civile, Fred Bissahou évoque ici le rôle néfaste des puissances étrangères qui pactisent avec les Chefs militaires pour des intérêts égoïstes. "Le Coup d’Etat de mon père" s’impose comme une dénonciation des manipulations politiques, il souligne les péripéties d’une destitution de pouvoir, révèle la triste réalité d’un peuple: le peuple africain...
Publié le : samedi 6 octobre 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748361605
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748361605
Nombre de pages : 136
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Fred Bissahou
LE COUP D’ÉTAT DE MON PÈRE
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0115693.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
À Monsieur MBoukou Ferdinand Sanders LHistoire oublie souvent les vrais hommes.
Chapitre I Le soleil avait parcouru la deuxième moitié du ciel ; il sem-blait « saigné » sur lhorizon de montagnes, plus rouge que de coutume, comme sil nallait plus réapparaître le lendemain ; comme sil voulait séteindre à jamais pour laisser les ténèbres guider les hommes jusquà leur propre mort. Il jetait sur la ville de grosses lueurs sanglantes. Depuis un mois le pays était paralysé, presque tous les ser-vices publics et privés ne travaillaient plus. La grève. Ce matin, les sirènes de police hurlaient violemment, elles se mélangeaient à celles des sapeurs pompiers et des ambulances. Les hélicoptères de la police nationale survolaient la ville ; ils surveillaient les foules, détaillaient leurs mouvements ; leurs vrombissements étaient assourdissants. Le premier ministère était en flamme. Personne ne sy attendait. Les grévistes : les élèves, les étudiants, les travailleurs, les commerçants, prirent dassaut lédifice ; ils y avaient mis le feu. Les sapeurs pompiers furent alertés ; ils arrivèrent rapidement au pied de limmeuble. Ils sefforcèrent de maîtriser lincendie. Difficile. Le feu dévorait la bibliothèque en toute liberté ; les tables, les chaises et les livres constituaient son brasier. Les flammes jaillissaient des fenêtres, se lançaient sur les arbres, délogeaient les insectes et les lézards. La compagnie délectricité avait momentanément interrom-pu le courant. Lincendie ne devrait pas toucher les autres immeubles : la Banque Internationale du Développement, lHôtel du Carrefour, lInstitut des Nouvelles Technologies
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La fumée ! Elle était effrayante avec des rougeurs subites ; elle senvolait dans les feuillages, envahissait les rues, zébrait lair de colonnes mouvantes de brouillard. Haute dans le ciel, elle se mesurait aux nuages et cachait les avions de surveillance. Après une trentaine de minutes, les Sapeurs Pompiers réussi-rent à maîtriser lincendie. Ils étaient entrés dans limmeuble ; il y avait encore de la chaleur qui jaillissait des décombres. Ils dé-couvrirent le terrible : des corps calcinés dhommes et de femmes : le feu les avait certainement surpris, il les avait traqués partout, dans les bureaux, les couloirs, les escaliers, les latrines ; neuf morts. Les manifestants étaient visiblement en colère ; les yeux en-flammés, torse nu, les visages ruisselant de sueur. Sur des notes enragées, ils chantaient lhymne national,la flûte de laurore; ils brandissaient des enseignes revendicatives : « La vie chère, nous nen voulons plus ! », « Non à la gabegie financière ! », « Non au bradage de nos richesses ! », « Non au tribalisme ! » Ils investirent toutes les artères de la ville, lAvenue Cheik Anta Diop, lAvenue France  Afrique, le Boulevard Nelson Mandela Les forces antiémeutes bardées de casques et de boucliers occupèrent les lieux. On dirait quelles étaient conci-liantes avec les manifestants, elles navaient pas usé de la force ; elles sétaient contentées de barrer la route. Soudain, des véhicules blindés arrivèrent à vive allure. Des coups de mitrailleuses lourdes retentirent en ville. Une caco-phonie assourdissante. Cétait la garde présidentielle, guêtrée, casquée, ceinturonnée et armée jusquaux dents, lance-grenades, armes automatiques. Elle se mit à disperser violemment la foule dense. La situation se détériora davantage ; les manifestants sacca-gèrent les feux de circulation, pillèrent les magasins, brûlèrent des pneus sur le goudron qui fondit par endroits. Sur lavenue de la Côtière, la double voie qui partait de la Gare routière au Palais du Parlement, un incident horrible se produisit : une voi-
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ture incendiée. Elle avait les quatre roues en lair. Quatre corps de gendarmes saignaient sur le goudron. Le sang coulait sur le trottoir entre les pavés. Vers laéroport, devant lHôtel des Princes, une voiture diplomatique avait heurté une grosse barri-cade de tronc darbre. Des passagers, deux hommes et une dame, ils étaient couverts de sang. Jetée contre le pare-brise par le choc, la dame avait les mains blessées, elle avait dû se proté-ger le visage. La panique ! Lhorreur ! Et la garde présidentielle tira à balles réelles. Les gens tombaient, fauchées. De folles courses. Des vitesses effrénées. Des rafales assassines des mitraillettes filaient partout, dans les foules, dans lair, dans les feuillages ; fracas-saient tout sur leur passage : les vitres des immeubles, les pancartes publicitaires, les poteaux électriques. Elles heurtèrent un logement des réfugiés. Tristesse ! Un enfant qui regardait par la fenêtre reçut une balle, celle quon dit « balle perdue ». Des gaz lacrymogènes furent lancés en nombre incalculable. Les grévistes couraient dans toutes les directions, ils avaient des picotements dans les yeux, les larmes en coulaient ; ils se bou-chaient les narines avec des mouchoirs voire les mains ; certains sévanouissaient. En pleine matinée, la nuit sinstalla, la fumée étant devenue opaque ; lobscurité couvrit la ville, déchirée par des fulgurants éclats des balles.
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