Le couple

De
Publié par

Le Couple (1963) réconcilie les sexes déchirés par la guerre féministe. L'amour ne s'accompagne pas forcément de souffrance et de mort. Il dépasse ce qu'en pensent libertins, mystiques et puritains. Un des plus beaux textes de notre culture sur l'amour et le mariage.

Publié le : mercredi 20 février 1991
Lecture(s) : 65
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246138990
Nombre de pages : 318
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
INTRODUCTION
Lorsque Bernard Privat m'a demandé un ouvrage sur le couple, j'étais loin d'attendre qu'il m'entraînerait aussi loin. Quelques idées que j'avais sur le sujet me flattaient de la présomption que je m'en tirerais aisément. Mais dès les premiers sondages, tout fut contre moi. Je pensais qu'il y a une crise moderne de l'amour et du couple et j'apprenais que cette crise est ouverte depuis l'antiquité. Je croyais à la valeur de l'éros, un peu moins à celle de l'amour conjugal. Or je m'apercevais que le féminisme le plus légitime commande que l'un ne soit pas séparé de l'autre. Je pensais que mon travail serait facilité par des catégories désormais classiques, par exemple l'éros et l'agapè, et je constatais que l'agapè avait subi des infiltrations de l'éros, de sorte qu'il arrivait qu'on la défendit avec des armes empruntées a ce dernier. Et ainsi de suite: Bref, je me trouvais devant un sujet tellement neuf, une entreprise tellement immense que je vis bien que je n'y suffirais pas si je ne limitais son objet.
Refaire l'histoire de l'amour dépassait mes capacités et mon appétit. Cependant, je croyais qu'il existe des constantes du couple. Comment les faire apparaitre sinon par la confrontation des époques ? Je songeai alors à pratiquer quelques coupes dans l'histoire de la société occidentale. Ces prélèvements constitueraient déjà un début de vérification, voire, pour d'autres, une invitation à les poursuivre. Mais ce projet s'est encore révélé trop ambitieux. Faute de développement, ces coupes ne présenteraient qu'un médiocre intérêt. Je me vis obligée de les réduire à deux. Une pour l'époque qui vit s'élaborer une doctrine complète de l'amour occidental, une autre pour celle qui laisse apparaître le plus exemplairement ses déformations.
Très vite, je me suis avisée que les théories de l'amour se sont, dés l'antiquité, développées autour de deux problèmes différents, celui de sa valeur absolue et celui de sa valeur en tant que fondement du mariage. Tandis que variaient les opinions sur la valeur absolue, une quasi-unanimité se dessinait sur l'incompatibilité de l'amour et du mariage. Philosophes et moralistes s'accordaient avec la morale pratique pour considérer un certain amour, dit éros, comme périlleux pour l'union conjugale. Tous (ou presque) défendaient l'amour raisonnable
1, c'est-à-dire l'estime, l'amitié, la confiance, la camaraderie, l'esprit d'équipe, quelquefois la tendresse et ses compromissions! –, en somme tout, sauf l'amour vrai. En réalité, il me sembla que, la plupart du temps, ces sentiments édifiants masquaient des mobiles qui l'étaient beaucoup moins. Sous prétexte de protéger la famille contre les risques de l'amour, il s'agissait trop souvent de protéger le patrimoine et d'assurer l'exercice des privilèges maritaux. Une pareille politique, complétée par des institutions et une morale rigides à l'égard des écarts de conduite de la femme, bénignes pour ceux de l'homme, revenait à exclure l'amour du destin de la femme. Pour moi, qui crois à la valeur civilisatrice et sotériologique de l'amour, la découverte était grave. Je
n'y pouvais demeurer indifférente. Non seulement, les femmes ont intérêt (puisque c'est à ce niveau que s'élaborent les politiques) à restaurer la dignité de l'amour conjugal, mais pour la plupart d'entre elles, il n'y a pas de véritable accomplissement en dehors d'un grand amour durable. L'amour féminin tend naturellement au conjugal. Point de lendemain est un programme typiquement masculin. C'est généralement le lendemain que la femme commence à dresser le sien...
J'ai donc pris passionnément parti en faveur de l'amour déraisonnable comme base et fondement du couple (je l'entends de toute union conjugale régulière ou irrégulière : ce qui constitue le couple, ce n'est pas son formalisme mais son intention, avant tout l'intention de durer). Féministe, dans la mesure où je me suis avisée de l'injure et de l'injustice immenses faites à la femme par la politique et la morale traditionnelles du mariage, je m'écarte de la position féministe en ce que je persiste à croire – dans le domaine érotique précisément – à l'existence d'un éternel féminin qui déborde la physiologie, s'étendant sinon au mécanisme du moins à une certaine orientation du sentiment et de la pensée, ce qui n'empêche pas la femme d'être une personne au même titre que l'homme, égale en dignité. Si l'on pouvait concevoir une inégalité de droits ou de traitements à partir de cette différence, elle jouerait plutôt en faveur de la femme, éternelle Initiatrice de l'homme, fût-il un Pythagore ou un Socrate.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.