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Le défi

De
121 pages
Ce qu'elle aurait voulu c'est avoir du style. Un style mordant, désopilant, déstabilisant, troublant. Elle aurait voulu être un auteur inclassable. Ce qui demandait un talent qu'elle n'était pas certaine d'avoir. Elle pensait que les bons auteurs ne fournissaient aucun effort, que les mots jaillissaient miraculeusement de leur crâne pour aller s'inscrire sur l'écran de leur ordinnateur comme de gentils petits soldats habitués à se mettre en rang, et qu'alors, le texte grossissait jusqu'à devenir un roman. Peut-être même avaient-ils tant de facilité à écrire que leur histoire sortait de l'imprimante directement sous forme de livre de poche à la couverture semi-cartonnée qui ferait immanquablement un tabac à la prochaine rentrée littéraire.
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2 Titre

Le Défi

3Titre
Aurore Lemasson
Le défi
sous-titre de votre ouvrage
Roman
Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01952-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304019520 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01953-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304019537 (livre numérique)

6 . 8 Le défi
LEÇON N°1 : NOIRCIR LES PREMIERES PAGES
Marion, je dois te raconter quelque chose…
Tu ne me croiras pas, mais il faut que je te le
raconte…
Je me souviens très bien du jour de ma mort.
J’avais dix-sept ans. Je me souviens m’être cou-
ché la veille au soir, fatigué, le cœur battant
juste un peu plus vite qu’à la normale. « Il me
faut du repos. » me suis-je simplement dis. Et je
m’endormis profondément. Si profondément
que le matin suivant, je ne me réveillai pas. Je
me souviens d’une sensation étrange : je voulais
ouvrir les yeux mais ils ne s’ouvraient pas, je
voulais sortir de mon lit mais mon corps tout
entier ne me répondait pas. J’étais là, enfermé
dans un corps inerte et froid.
Je demeurai ainsi, dans le noir total, jusqu’à
ce qu’une voix connue se fasse entendre. C’était
toi. Tu m’avais prévenu que tu passerais me
prendre en début d’après-midi pour aller au ci-
néma voir un de ces dessins animés que tu ai-
mes tant. Tu es toujours très ponctuelle alors je
suppose que quand je t’ai entendue pleurer
9 Le défi
après avoir poussé un grand cri, il devait être
aux alentours de quatorze heures. Tu venais de
me découvrir mort sur mon lit. Je ne respirais
plus. Mon palpitant ne palpitait plus. Mais
pourtant je t’entendais, Marion, je te savais à
genoux près de moi. Moi qui ne croyais pas à
l’existence de l’âme, je mis un certain temps à
comprendre qu’après ma mort mon esprit était
resté prisonnier de mon corps, jusqu’à ce
qu’enfin quelque chose ne l’en délivre.

Je suis resté longtemps à l’intérieur de mon
propre cadavre à observer ce qui se passait au-
tour de moi. Tu as appelé une ambulance qui
m’a transporté à l’hôpital, où mon décès n’a pu
être que confirmé. On m’a alors relégué à la
morgue. Tu m’y as suivi et es restée me
contempler pendant de longues heures sans
verser une seule larme. Tu tenais ma main dans
la tienne, l’embrassais, me parlais. « Tu te sou-
viens du jour où nous nous sommes ren-
contrés ? » me demandais-tu sans espérer de ré-
ponse. « C’était en novembre. Je t’ai tout de
suite trouvé différent des autres, et tu l’étais. »
Oui Marion, bien sûr que je me souvenais de ce
jour, je t’ai aimée dès ce jour. Marion pourquoi
cette torture ? Pourquoi me poser des questions
auxquelles je ne peux pas répondre ? Je ne peux
rien faire d’où je suis et tu devrais le savoir. Tu
m’as caressé le visage comme si tu avais com-
10 Le défi
pris ce que j’aurais tant voulu dire. Tu as souri,
posé les yeux sur moi une dernière fois et tu
t’en es allée. J’ai dû attendre des années pour te
revoir, Marion. Tu m’as manqué.

* * *

Je me souviens très bien du jour de sa mort.
Je devais passer le prendre chez lui pour aller au
cinéma. Il voulait aller voir un de ces films
d’action américains qui n’ont pas trop de sens.
J’avais réussi à le convaincre au dernier moment
d’aller voir un dessin animé. Je savais bien qu’il
ne me le refuserait pas. De manière générale, il
ne me refusait rien. J’avais faim, il m’emmenait
au restaurant. J’avais froid, il m’achetait un
manteau. C’était toujours trop. Je faisais mine
de ne pas vouloir, mais j’étais trop contente
qu’il obéisse à mes caprices pour avoir
l’honnêteté de refuser. J’avais un double de ses
clés. Je me suis faufilée tout doucement dans
son petit studio. Souvent, il faisait semblant de
dormir quand il m’entendait arriver. Il voulait
ainsi que je me penche sur lui pour le réveiller.
Et alors il m’attrapait et me faisait basculer sur
le lit pour me couvrir de baisers. C’était notre
petit jeu.
Quand je le vis étendu sur son lit, rien ne me
sembla inhabituel. J’ai commencé à avoir peur
au bout de quelques instants passés penchée au-
11 Le défi
dessus de lui. En temps normal, il m’aurait fait
son tour depuis longtemps. Je tentai le baiser de
la belle au bois dormant, ses lèvres étaient un
peu froides. Il ne respirait plus. Un cri est sorti
de ma bouche presque instantanément, sans
que je ne puisse le retenir. J’ai appelé une ambu-
lance. L’attente m’a paru interminable. J’étais
seule avec le corps inanimé de mon amour. Mes
yeux le parcouraient, ils cherchaient encore le
soupçon d’un mouvement. J’ai suivi le corps de
Fabien jusqu’à la morgue de l’hôpital où il a été
entreposé parce qu’il n’avait aucune famille
pour le réclamer. Bêtement, je lui parlais. Ne
plus jamais le revoir me semblait impossible.

Je le revoyais encore, le jour de notre ren-
contre. Il faisait un temps de chien. Un au-
tomne brumeux et froid. Il était arrivé au lycée
en plein milieu du mois de novembre, pas vrai-
ment le moment idéal pour une rentrée. Il ne
pouvait jamais rien faire comme les autres. Il ne
ressemblait pas non plus aux autres gars du ly-
cée. Il avait l’air hors du temps, hors de portée
de qui que ce soit, dans sa bulle. Fabien était
toujours seul dans la cour, seul dans les cou-
loirs. Je l’imaginais également seul en classe.
Dans un premier temps, j’ai eu un peu de peine
pour lui. Et puis on a fait connaissance un jour
où je me suis assise à côté de lui sur le sol gou-
dronné de la cour. Je me suis rendu compte que
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