Le Dernier Pouvoir

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Le jeune Adda Walfa n'avait rien, au demeurant, pour être convoqué par cette étrange communauté des Mage-o-muses. Pourtant, le soir où un étrange savant artistique se présente devant sa porte et lui demande de le suivre, il sent que sa vie va prendre un tournant. Lui, mendiant dans une petite ville, aux portes du Sahara, voit s'ouvrir à lui les portes de la magie artistique: cet art, qu'il y a bien longtemps, Aristophane avait découvert. Mais que recèle comme mystères cette fameuse classe des privilégiés dont le but n'est pas très clair dans cette période où le monde des Mage-o-muses se sent menacer par leur éternel ennemis, Cassandre? Et qu'en est-il de l'énigme du Dernier Pouvoir? Adda a, face à lui, des mystères qui le dépassent encore..
Publié le : mercredi 10 octobre 2007
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EAN13 : 9782304004588
Nombre de pages : 297
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2 Titre
Le Dernier Pouvoir

3Titre
Philippe Gardes
Le Dernier Pouvoir
La classe des Privilégiés
Tome I
Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00396-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304003963 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00397-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304003970 (livre numérique)

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Dédié à mon grand-père qui m’a fait aimer la lecture. 8






Remerciement à mes illustres prédécesseurs :

Merci à Messieurs Racine, Boileau, Lamar-
tine, Hugo et Beaudelaire de m’avoir laissé utili-
ser leurs poésies.

Remerciement à mes illustres contem-
porains :

De plus, merci à Messieurs Jean-charles, Mat-
thieu, Arnaud, Olivier, M. Gardes et Nicolas
pour m’avoir involontairement prêtés leurs
noms dans cette épopée.
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PREMIÈRE PARTIE
11
CHAPITRE 1
LE PINCEAU MYSTÉRIEUX
Le vent chaud qui tournoyait dans le désert
ralentit doucement lorsque la nuit se posa sur
les sables d’or. Ainsi, le règne de l’homme, si
jamais il y eût un règne dans ces étendues dé-
laissées, disparaît par enchantement et les ani-
maux de toutes sortes suintent du sol pour
créer la peur. En effet, les hommes ont toujours
craint cette région si mystérieuse où le vent est
le seul chant qui répond aux cris plaintifs des
égarés ; et le soleil : un mal qui ne se soigne que
lors des interminables nuits glacées. La nuit, le
désert vit dans une sorte de lamentation, de
plainte d’un passé plus glorieux, un passé où
devait s’étendre eau, rivières et mers, rendant
cet espace plus beau que jamais. Aujourd’hui, il
joue au chat et la souris entre les ombres froides
et les insolations, sur un paysage de désastre.
C’est pourquoi, l’homme ne foule plus le sable
la nuit, de peur de s’égarer dans des confins de
la mort.
Il est vrai que ce soir là, le soleil mit beau-
coup plus de temps que les autres jours à fon-
13 Le Dernier Pouvoir
dre derrière l’horizon ensablé, et la nuit
s’échappa de son repère plus vite, comme em-
pressée de rattraper le temps perdu. Alors que
le monde des hommes s’éteignait sous cette
sombre tapisserie ; dans le silence adéquat, se
déplaçait doucement une forme haute et mas-
sive. Le sable dessinait des empreintes sous ses
pattes que le vent effaçait fragilement, et sur
son dos bosselé se tenait un homme de petite
taille, les bras et les jambes boudinées, la barbi-
chette entortillée. De cet étrange équipage,
émanait une douce musique. Petit à petit, on
distingua dans les mains de ce personnage une
faible lumière qu’il pointait pendant un instant
vers la piste que suivait sa monture, puis la dis-
simulait dans une des nombreuses ouvertures
de son vêtement. Au milieu de cette scène,
s’éleva une voix grave :
– Vous arrêtez bien vite cette fois, dit elle.
– Il ne vaut mieux pas trop manifester notre
présence en cette nuit sans lune, répondit le pe-
tit homme.
– Nous ne risquons absolument rien, il n’y a
pas âme qui vive à la ronde.
– Je ne serais pas prêt à le parier, et puis de
toute façon, il vaut mieux rester discret.
– Je ne comprends toujours pas le but de
cette escapade Al Jahal.
– Tu comprendras bien assez tôt. Même si
moi aussi, je ne suis pas sûr de tout entrevoir.
14 Le pinceau mystérieux
– Mais, Al Jahal, que peut-il y avoir de plus
chez lui pour pouvoir…
– Chut, l’interrompit Al Jahal, nous ne de-
vons parler de rien ici, nous comprendrons tout
bien assez tôt, ne t’inquiètes pas.
Il émana une nouvelle lumière des mains d’Al
Jahal qui disparut aussi vite que la précédente.
– Attention à ce scorpion, dit il en montrant
un crochet sortant du sable.
– Où cela ? Je ne le vois pas.
– Hé bien juste là, répliqua Al Jahal.
– Je ne comprends pas…
– Attends… s’inquiéta t-il, vite demi tour !
– Quoi… ?
– Vite !
Tout d’un coup, un nuage de fumée mordo-
rée sortit de nulle part pour se diffuser dans la
nuit. Après s’être dissipé, il fut remplacé par un
homme de grande taille, maigre et dont le re-
gard perçait l’obscurité. Il portait une longue
cape sombre qui lui donnait l’air de se fondre
dans le néant.
– Bonsoir Al Jahal, dit il d’une voix grave et
glaciale, vous faites une petite balade nocturne à
ce que je vois. Votre voyage se déroule-t-il
bien ?
– En fait, c’était un véritable ravissement
jusqu’à ce que je vous rencontre sur ce char-
mant chemin, dit Al Jahal d’un air distrait.
15 Le Dernier Pouvoir
– Toujours aussi insouciant, à ce que je vois
Al Jahal.
– Toujours aussi poétique, à ce que je vois, ré-
pondit doucement Al Jahal.
– Vous avez décidé d’avancer l’heure de vo-
tre mort ?
Les deux hommes se regardèrent, leurs sil-
houettes flottant vaporeusement dans la nuit.
On sentait dans leurs yeux la capacité de lire les
pensées de l’autre. Ils s’observèrent ainsi pen-
dant un moment, puis Al Jahal rompit le si-
lence.
– Je croyais que vous n’aviez pas la capacité
de tuer, dit il dans un sourire narquois.
Un éclair passa dans les yeux de l’homme
mais il ne bougea pas d’un millimètre.
– Disparaissez Malavi, dit le petit homme
d’un air de dégoût, vous ne serez jamais que le
serviteur de quelque chose de plus malfaisante
que vous. Disparaissez !
– Je suis là pour vous adresser un message Al
Jahal, dit Malavi d’un ton irrité.
– Tiens donc ! Il a mis du temps à arriver…
Quel est-il ?
– Ne continuez pas votre route. Retournez
d’où vous venez !
– Mais mon cher Malavi, je suis déjà arrivé.
Regardez ! Les lumières de la ville.
L’homme resta immobile un moment avant
de se tourner dans la direction que lui indiquait
16 Le pinceau mystérieux
Al Jahal. Il contempla alors de son regard noir
une ville qui s’illuminait dans le matin. Sans un
mot, il ramassa du sable, puis la même fumée
mordorée se diffusa dans la nuit et Malavi dis-
parut comme il était apparu. Al Jahal, sourit du
haut de sa monture et se laissa glisser au sol,
pour atterrir sur le sable froid. Il étendit une
couverture et s’allongea en regardant le ciel.
– Nous rentrerons un peu plus tard dans la
matinée, il y aura un peu plus de monde pour le
marché, dit il. Les étoiles sont vraiment pâles
ces derniers temps, le ciel nous dissimule-t-il un
présage ?
Il ferma les yeux et s’endormit sous la voûte
céleste encore très sombre à cette heure mati-
nale.

La journée, dans les rues du bazar, sur la
place du village, tout était mouvementé, agité et
les cris des gens résonnaient dans chacune des
maisons. On vendait de tout : du petit, du gros,
du grand, du mouton, de la chorba, des bijoux,
des pendentifs et du toc, des olives et des bibe-
lots tremblotants, du vieux, du neuf, du dou-
teux, du passable… Rien n’échappait aux mar-
chands, foulant le sable poussiéreux et circulant
de clients en clients. Les touristes achetaient de
tout et ne repartaient plus. Une grosse anglaise
se penchait sur un stand de légumes et fruits, et
trouvait cela « follement exotique n’est-ce pas
17 Le Dernier Pouvoir
Charles ? “Elle prit tous les fruits qui lui parais-
saient”si peu conventionnels » et n’aperçut pas
la petite main qui se glissa de sous l’étalage pour
prendre un ou deux fruits et un ou deux porte-
monnaie. Solution inévitable :
– Charles ! On m’a volé, on m’a volé !
Elle se tourna vers le pauvre marchand tandis
qu’un petit bonhomme sortit de sa cachette et
s’en alla dans une ruelle, poussé par les cris de la
grosse dame.
Ce petit voleur d’étalage : ce petit
« chapardeur » avait entre 13 et 14 ans, il était
mal habillé, petit, maigre et sec. Son jean troué
aux genoux et son tee-shirt râpé sous les coutu-
res, lui donnait l’apparence d’un mendiant. Il
portait une sorte de besace en bandoulière et
ses cheveux couleur d’ébène ressemblaient plus
à une tignasse qu’a une chevelure. Il se mit à
trottiner sur les marches de la ruelle, regardant
son petit butin qui lui rapporterait de quoi
manger un peu plus ce soir. En examinant les
différents objets, il tomba sur un petit morceau
de bois qu’on pouvait assimiler à un pinceau.
Regardant l’objet, toujours intrigué, il se souvint
de l’évènement de la veille.
Il était assez tard dans la nuit et les ombres
jouaient à cache-cache avec la Lune ; il rentrait
tranquillement chez lui, et croyait les environs
déserts. Le vent s’était levé mais restait suppor-
table. Il marchait dans cette ruelle en pente
18 Le pinceau mystérieux
lorsque, tout à coup, un homme, drapé dans un
vêtement plus noir que la nuit, sortit de nulle
part et plaqua Adda, car tel est le nom du petit
voleur, contre le mur d’une maison.
– Tu es un petit chapardeur n’est-ce pas ? Tu
ne voudrais tout de même pas avoir des pro-
blèmes avec la police ?
– Non monsieur, dit-il surpris, mais je n’ai
rien fait…
– Oui, c’est exact, dit-il penseur, tu n’as en-
core rien fait. Me rapporterais-tu un objet ?
– Eh bien…
– Si je te payais, bien sur. Je t’en donne une
réplique exacte et tu iras le voler pour moi sur
un étalage demain.
– Vous voler un objet ?
L’homme s’était accroupi pour ramasser du
sable sur les bas-côtés et dissimulait ses mains
sous son manteau. Il lui tendit alors l’objet.
– Tiens.
– Un pinceau ? Vous êtes sur monsieur ?
– Oui, tout à fait, le même tu m’entends !
– Mais, dans qu’elle boutique sera-t-il ?
– C’est à toi de trouver… Demain, même
heure, même endroit avec l’objet. J’aurai ton
argent dont voici un acompte. Il glissa une
liasse de billets dans la poche d’Adda. Au revoir
et bonne nuit, dit-il.
Il s’évanouit alors dans l’obscurité. Stupéfait
Adda regarda l’objet attentivement. Les billets
19 Le Dernier Pouvoir
qu’il avait obtenus lui auraient permis de vivre
quelque mois…
– Quel peut être cet objet qui vaut tant
d’argent ? se demandait-t-il depuis la veille.
Il ressortit la copie et l’examina avec soin et
minutie ; puis la compara avec l’autre qu’il te-
nait dans sa main. Cette fois il en était certain !
C’était bel et bien le même ! Il en avait dérobé
trois ou quatre tout au long de la journée sans
parvenir à trouver l’original… Enfin, c’était
vrai : il allait être riche !
Tout à coup, des exclamations, des cris et des
rires le sortirent de ses rêveries. Il se tourna
pour connaître la provenance de ces agitations
et vit alors un spectacle tout à fait surprenant :
un petit bonhomme, sur un chameau, au beau
milieu de la ville, se promenait l’air rêveur. Il
semblait sourd aux rires de la foule sur sa route
et regardait les boutiques qui longeaient l’allée.
Tout à coup, il s’arrêta devant une échoppe,
descendit de sa monture et poussa la porte der-
rière les rires insolents qui continuaient. La
boutique était étroite et poussiéreuse avec de
nombreuses étagères qui exposaient des pro-
duits de toutes sortes pour des touristes en mal
d’achat. Au comptoir se tenait un vieux mon-
sieur, des lunettes accrochées et non pas posées,
sur le bout de son nez avec des verres épais
comme des glaçons. « Ce ne sont pas des lunet-
20 Le pinceau mystérieux
tes, ce sont de véritables cubes » se dit Al Jahal
sur le seuil de la porte.
– Vous désirez quelque chose monsieur ? dit
le vieil homme d’une voix mielleuse avec un
sourire qui découvrit ses dents légèrement jau-
nâtres.
– Oh… Je suis désolé mais je crois m’être
trompé. Excusez-moi, de quel côté se trouve
Jarge & Zabek ?
– Dans l’autre rue derrière la boutique, ré-
pondit l’homme moins enthousiaste qu’au dé-
but de leur conversation.
– Vous… Excusez-moi si je parais indiscret.
Avez-vous un accès à cette rue par votre maga-
sin ?
Le mot de magasin donna à son interlocuteur
un sourire de profonde satisfaction. Certain ma-
landrins auraient bien pût baptiser cet établis-
sement, une boutique ou une échoppe. La dis-
tinction de son « magasin » lui donna un
nouveau sourire jaunâtre.
– Eh bien, cher monsieur vous pouvez tra-
verser l’arrière salle et sortir par la petite porte.
Permettez-moi de vous guider.
Il lui indiqua alors un rideau qu’il souleva
pour s’engouffrer dans la pièce adjacente. Al
Jahal le suivit et pénétra dans un endroit qui
s’apparentait plus à une chambre d’étude
d’astronomie qu’à une réserve.
21 Le Dernier Pouvoir
– Tiens, vous vendez ce genre d’outils ?
s’étonna-t-il.
– Non, je ne vends pas tout à fait cela…
– On pourrait les apparenter à des outils de
mages.
– De mages ? Tiens donc… Vous êtes très
observateur Al Jahal.
– Hmm… Vous connaissez mon nom ?
Il regarda le vieil homme, dont le visage ne
laissez filtrer aucune émotion apparente, d’un
air songeur.
– Bien sur… Il n’y a pas de porte donnant
sur la rue n’est-ce pas ?
– Tout à fait exact… Vous ne sortirez pas de
cet endroit Al Jahal. La pièce est entièrement
close.
– Bon. Que voulez-vous ?
– Nous vous l’avons déjà fait savoir.
– Curieuse façon de me proposer de m’en al-
ler…
– Nous aimerions beaucoup savoir où vous
allez exactement ?
– Je croyais vous l’avoir di…
– Jarge & Zabek ? Cette boutique est fermée
depuis des années.
– Je n’ai rien d’autre à vous dire, répondit fiè-
rement Al Jahal.
– Très bien, donc nous vous en laisserons le
temps, dit-il d’un ton narquois.
22 Le pinceau mystérieux
Il sortit un pinceau, fit quelques mouvements
très rapides et disparut.
– Oui, toujours la même chose, dit il douce-
ment. Bien, si je suis coincé ici, autant étudier
les objets qui m’entourent.
La pièce comportait plusieurs étagères pous-
siéreuses similaires à celles du magasin, mais
celles-là montraient toutes sortes d’ustensiles
plus curieux les uns que les autres : des blocs de
pierre, des pinceaux de toutes les formes, des
couleurs, des marteaux, des burins, du sable, de
l’eau, des modèles réduits de colonnes et de
temples antiques. Al Jahal regardait tout cela et
en toucha quelques uns qu’il ne put prendre car
ils semblaient fixés aux planches de bois, restant
insensibles à tout mouvement. Tout d’un coup,
il s’assit et siffla un air ; il s’arrêta et en siffla un
autre. La pièce restait silencieuse et statique
comme prise dans un moule où le temps n’avait
aucune prise. Il entendit un bruit venant proba-
blement du plafond. Redressant sa tête, il vit
une plaque s’en détacher. Il l’observa amusé et
remarqua une petite tête qui s’engouffra dans
l’entrebâillement.
– Bonjour monsieur, dit le garçon
– Bonjour jeune homme, répondit calme-
ment Al Jahal.

23 Le Dernier Pouvoir
Le garçon l’aida à sortir par le toit en terrasse
et sans un mot, referma la trappe sur l’arrière
salle de la boutique.
– Je vous ais suivis, dit-il en regardant le vi-
sage amusé d’Al Jahal. Vous étiez tellement
spécial avec votre chameau que je suis entré
derrière vous dans cette échoppe et j’ai juste eu
le temps de voir le bonhomme refermer la
porte sur vous.
– Comment connaissais-tu l’existence de
cette trappe ?
– Je suis un enfant des rues monsieur…
– Je crois que je te dois beaucoup… Mon
nom est Al Jahal
– Moi, c’est Adda.
Ils se serrèrent la main.
– Bon, je crois que je vais aller retrouver
mon chameau.
– Je l’ai amené avec moi, il attend en bas.
– Il a accepté de te suivre ? dit-il interroga-
teur.
– Je dois vous dire qu’il est…
– Étrange ! Oui… Enfin bon, allons-y jeune
Adda.
Il sautèrent du toit et atterrirent sur la rue où
le chameau attendait.
– J’étais très inquiet mon cher Al Jahal, dit-il
– Je me suis fait prendre tout à fait stupide-
ment et sans ce jeune homme, je crois que
j’aurais passé un très long et mauvais moment.
24 Le pinceau mystérieux
– Il parle ! Non, je rêve ! s’exclama soudain
Adda. C’est impensable.
– Ah… oui…
Il se tourna vers son chameau et ils se regar-
dèrent, apparemment gêné. L’animal pencha sa
tête dans un signe d’accord.
– Tu… Je suis très heureux que tu aies pu
m’aider ainsi, mais… Tiens, écoutes cela.
Il sortit de sa poche un petit bandonéon et
joua une musique assez douce et calme devant
Adda.
– Au revoir, dit-il en regardant Adda immo-
bile.
Il monta sur son chameau en continuant de
jouer. Puis, il traversa la rue, s’arrêta et sauta à
terre.
– Vous y étiez obligé Al Jahal, dit le cha-
meau. Il ne pouvait se souvenir de cela.
– Oui… Il avait pourtant quelque chose en
plus.
De l’autre côté de la rue, Adda s’en allait
comme si de rien n’était.
– Vous avez certainement raison… Enfin,
rentrons dans cette boutique…
– Vous avez besoin d’aide ?
– Non, non il n’y a aucun problème.
Il s’avança devant la porte au moment où les
rues s’emplissaient de monde pour le marché
hebdomadaire. La foule du début de journée
25 Le Dernier Pouvoir
devint énorme et encombra tout, si bien que la
circulation fût totalement paralysée dans la ville.
Adda sortit de sa poche ce qu’il avait volé au-
jourd’hui. Le pinceau l’intriguait grandement. Il
lui fallait repasser par la ruelle où cet étrange
personnage lui était apparu la veille. Son coeur
bondissait presque dans son torse : il imaginait
la joie de ses parents lorsqu’il rapporterait tout
l’argent dans sa maison. Il n’aurait plus à voler !
Ses pas le menèrent rapidement à sa destination
en passant intuitivement par les raccourcis qu’il
connaissait. Cet endroit était désert. La chaleur
pesait sur les hommes et les bêtes, et Adda at-
tendait, assis par terre. Il siffla en tapant sur le
sol avec un bâton ; c’était un air qui lui était ve-
nu tout à coup, sans aucune explication et il
n’arrivait pas à le sortir de ses pensés.
Au loin, le soleil couchant rougeoyait dans le
désert et s’y enfonçait sous des vols des tourbil-
lons de sables. Adda attendait toujours, en scru-
tant les environs, le coeur battant plus vite dans
sa poitrine à mesure que le soleil décroissait
dans l’horizon mordoré. Il clignait des yeux à
nombreuses reprises, ébloui par cet astre lumi-
neux qu’il fixait depuis des heures.
La nuit s’étendait progressivement lorsqu’un
mouvement singulier le sortit de ses pensées.
Derrière le mur de la maison adjacente, il vit
une ombre bouger : « Est-ce lui ? » s’interrogea-
t-il anxieusement. La silhouette glissa de son
26 Le pinceau mystérieux
obscure cachette pour entrer dans la lumière
filtrante d’un réverbère cassé. Adda distinguait
seulement les yeux et le regard froid de
l’homme qui se tenait devant lui.
– Tu l’as ? demanda-t-il sans attendre.
– Oui, je présume… car il n’y en avait pas
d’autre qui soit aussi ressemblant, dit-il, en sor-
tant les deux pinceaux de sa poche.
– Montre le moi, dit l’homme empressé en
arrachant le pinceau que lui tendit Adda.
Oui !… C’est cela… oui ! s’exclama-t-il après
l’avoir bien examiné. Ah, ah, ah !
Son rire résonnait dans la rue déserte et
s’amplifiait dans un écho sonore.
– Vous allez me donner quelque chose ? dit
Adda en voyant l’air ravi de son interlocuteur.
– Quelque chose ?… Ah oui, bien sur, tiens !
Il lui lança un poignard qui traversa la man-
che d’Adda pour aller se planter dans le mur
voisin.
– Et retourne dans le plus profond des cani-
veaux d’où tu as dût sortir !
Il disparut dans l’obscurité, laissant Adda sur
le sol, un bras saignant d’une profonde entaille.
Adda se redressa, totalement désemparé par
la scène à laquelle il venait de participer. En un
instant, tous ces espoirs disparurent et de plus :
sa douleur le lançait. Il scruta les environs, ne
voyant aucune trace de l’homme Le mystérieux
étranger s’était volatilisé encore une fois comme
27 Le Dernier Pouvoir
par enchantement. La nuit s’assombrissait pro-
fondément maintenant, et les étoiles se dissimu-
laient derrière les nuages ; seule la Lune diffusait
sa lumière filtrante sur la ville endormie. Il prit,
alors résigné, le chemin du retour chez lui. Il
descendit la ruelle, tourna à gauche, passa sous
plusieurs réverbères endommagés et continua
en réfléchissant à tous les événements de cette
nuit. Qu’est-ce que ce pinceau avait-il de si par-
ticulier ? Il l’avait eu entre les mains pendant
plusieurs heures et n’avait rien remarqué
d’étrange. Le manche était de bois d’ébène tor-
sadé et les poils assez courts. Il essayait de bien
se rappeler de l’objet mais ne revoyait plus les
différents détails. S’il l’avait seulement gardé…
Il s’arrêta.
– La copie ! s’exclame-t-il.
Plongeant la main dans sa poche, il sentit ses
doigts se refermer sur du sable qui venait de
remplacer la copie volatilisée, comme son pos-
sesseur.
28
CHAPITRE 2
LE RÉCIT D’AL JAHAL
Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait : tout
semblait curieux et mystérieux autour de lui. Il
volait depuis qu’il était gamin et n’avait jamais
eu à faire face à autant de choses étranges dans
une même journée. Il continua de marcher et
arriva dans une rue longue et sombre où les ré-
verbères étaient bien moins nombreux. Puis,
longeant le trottoir à côté de quelques voitures
stationnées ci et là il arriva au bout de la rue où
il s’immobilisa devant une maison. Un chameau
se tenait assis devant la porte d’entrée ! Il n’en
avait jamais vu en ville. Cette curieuse bête le
regardait de ses yeux endormis. Adda le fixa
longuement lorsque la porte s’ouvrit et un
homme de fière allure, le visage long et les traits
soutenus, sortit sur le seuil.
– Adda ! s’exclama-t-il. Que fais tu là, devant
la porte ?
– Je regarde ce chameau… Que fait-il là ?
questionna-t-il
29

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