Le dernier romantique

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Au cours de l'été meurtrier de 2003, Vincent, un homme de soixante ans, porte un regard lucide sur sa vie, son passé, l'amour, les choses. L'histoire immobile, engluée dans la chaleur d'août, et sur laquelle plane la présence d'une jeune morte, met en scène deux autres personnages, Lucrezia, la maîtresse de Vincent, de vingt ans sa cadette, passionnée, capable de tout oser, et Denys, un ami d'adolescence, désespéré, qui ose tout, plongé depuis longtemps dans une fuite éperdue qui le mène à sa perte. Vincent, sceptique, vieillissant, se sentant en marge du monde actuel et de ses valeurs, retrouvera la paix et la lumière en comprenant qu'il aime Lucrezia probablement « depuis toujours ».
Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748175042
Nombre de pages : 181
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Le dernier romantique
Daniel BERTON
Le dernier romantique
ROMAN
Le Manuscrit www.manuscrit.com
© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com communication@manuscrit.com ISBN : 2-7481-7505-0 (fichier numérique) ISBN 13 : 9782748175059 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-7504-2 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748175042 (livre imprimé)
Un jour où j’étais dans la réserve de la Wind River, un très vieil Indien m’a dit : « Toi Garçon Indien ? » J’ai dit : « Bien sûr. » Il a dit : « Cheyenne ? » J’ai dit : « Bien sûr. » Il a dit : « Il y a longtemps bon. Maintenant pas bon. » Ernest Hemingway (Correspondance)
Dans l’après-midi du 15 août 2003, le docteur Vincent Salennes marchait dans l’allée principale du cimetière de l’Hay les Roses, Val de Marne. Il prit une allée adjacente, parcourut une vingtaine de mètres et s’arrêta devant la pierre tombale de sa mère inhumée deux jours plus tôt. Les roses et les lys étaient calcinés. Il constata que la stèle ne portait pas encore de nom. La chaleur était intolérable. Vincent Salennes resta longtemps sous le soleil, immobile, seul avec tous les morts du cimetière. Seul avec tous les morts de la terre. Et ça faisait beaucoup de monde tous les morts de la terre : environ quatre-vingts milliards depuis le début de l’humanité. Ce ne fut pas très bon pour lui. Dans un premier temps, il avait tenté de s’extraire de la réalité pour essayer de capter une parole, un rire – sa mère était une personne très gaie –, mais à part le silence, il n’avait rien perçu du tout. Sous le ciel blanc, cette sensation de vide donnait le vertige. Très vite, la terrifiante exactitude des choses était revenue à la charge et lui avait rappelé que sa mère se trouvait presque sous ses pieds, dans sa robe bleue à fleurs rouges. L’existence d’une autre vie lui sembla plus improbable que d’ordinaire, plus incertaine. Il ressentit alors une chose indigeste, nichée au fond de sa gorge, qui lui laissait sur les lèvres l’aigreur écœurante de son
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déjeuner. Pourtant, tout à l’heure, sous une tonnelle assoupie des bords de Marne, ce repas composé d’un poisson grillé et d’une salade avait été agréable (le rosé frais avait délicatement embué son verre) et, durant quelques instants, il avait éprouvé un réel moment d’apaisement. En observant un merle qui sautillait au pied d’un arbre, il s’était souvenu qu’enfant sa mère lui avait appris à le distinguer d’une merlette. C’était dans quel lieu ? Un parc parisien, à la campagne ? Quel été ? Le docteur Salennes était alors parti dans des souvenirs lointains en regardant couler les eaux tranquilles. Ces souvenirs avaient la plus grande difficulté à s’animer. Ils étaient trop vieux. Ils s’apparentaient à des plans fixes, à des photographies un peu floues : des déjeuners sur l’herbe, des baignades, des silhouettes dans le soleil ; lui, enfant, dans son maillot de bain en laine tricoté par sa mère qui, mouillé, s’affaissait sur les cuisses, et puis son arbre préféré, un grand saule dont les branches descendaient jusqu’à terre et sous lesquelles il aimait rêvasser. À cette époque, Vincent trouvait la Marne ensorcelante et mystérieuse ; ses nuances, d’un vert profond et attirant sous les arbres, d’un vert tendre lorsqu’elle glissait sous le soleil, troublée par de légers remous cerclés d’araignées d’eau. C’étaient des journées lumineuses et tristes à la fois. Comment expliquer cela ? Depuis, le saule a été abattu. Trop vieux, lui aussi. Quant à la Marne, personne de nos jours n’oserait y tremper un doigt. À la regarder, elle n’avait plus rien d’ensorcelant la grande rivière mystérieuse. Maintenant, elle ne faisait plus que passer. Elle coulait, douteuse et sans magie, vers Charenton-le-Pont. C’est sur cette considération des choses qui foutent le camp et de la
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