Le Dernier Soldat

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Henry Gunther, employé à la National bank of Baltimore, est mobilisé en 1917 dans les rangs américains et rejoint aussitôt le front français. Un destin hors du commun l'attend : un statut de bouc émissaire dû à ses origines germaniques, la découverte de l'amour auprès de Marie, une jeune infirmière française, et la rencontre de son demi-frère, Eugen, soldat sous le drapeau allemand.

Un destin qui le mènera à sa perte. À la veille de l'armistice, alors que la fin de la guerre est imminente, que les hommes sont fébriles et impatients, Henry, lorsque sa montre sonne faussement 11 h 02, se précipite au-devant des lignes allemandes ignorant qu'il s'avance au-devant de sa propre mort..


L'auteur : Écrivain passionné, nouvellement scénariste, auteur de science-fiction et de nouvelles pour la jeunesse ainsi que de petites mélodies pour guitare classique, Roger Faindt est touché par l'universalité des sentiments humains qu'il explore dans ses romans. Il a reçu le prix Louis Pergaud 2001 pour La Lettre de Charlotte.
Publié le : lundi 1 septembre 2014
Lecture(s) : 20
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782812914126
Nombre de pages : 153
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Extrait
Avertissement

Le Dernier Soldat est inspiré de faits réels. Les personnages cités sous leur véritable identité ont existé et ont combattu sur le front en Meuse en 1918.
Henry Gunther, né le 5 juin 1895 à Baltimore aux États-Unis, est tué le 11 novembre 1918 à 10 h 59, une minute avant la fin de la guerre.
Cette réalité accréditée par des documents officiels renforce la tragédie de cette histoire romanesque et se fond avec la fiction.
Un roman est de l’histoire qui aurait pu être. Certains événements décrits dans ce livre auraient pu exister si l’histoire avait pivoté, ne fût-ce que légèrement, sur son axe.
Emprunt de la postface du livre Et Nietzsche a pleuré, d’Irvin Yalom.
J’ai voyagé plusieurs mois avec Henry Gunther. Il me guidait. Je lui invente un frère allemand et j’apprends qu’à Romagne-sous-Montfaucon est enterré un soldat allemand dont le frère était américain.
Rennie Wilton avance la montre d’Henry de dix minutes, le précipitant vers son destin, et je lis dans l’ouvrage de R.-G. Nobécourt L’Année du 11 novembre (1918), Éditions Robert Laffont, 1968, que l’armistice fut signé à 5 h 10. Pour des raisons de mémorisation et de lisibilité, il sera décidé d’anticiper de dix minutes l’heure exacte de la signature de l’armistice. Un chiffre rond pour simplifier l’addition, faciliter l’exécution de l’arrêt des hostilités, soit 11 heures… et, telle une ironie dramatique, sauver quelques vies.
Henry Gunther est mort à 10 h 59, mais la guerre aurait dû finir à 11 h 10.
Sa montre n’avait donc pas d’avance… et Wilton, en croyant lui faire une mauvaise farce, rétablissait la vérité historique.

Roger Faindt


Vergissmeinnicht

11 novembre 1918, 11 h 10. Ferme-hôpital des Français.
MARIE S’INSTALLA AU CHEVET d’Eugen et lui tendit un carré de papier. Un faible sourire rida le visage pâle du jeune soldat allemand.
– C’est un mot d’Henry, chuchota-t-elle.
Eugen regarda la branche de myosotis qu’Henry avait dessinée et qu’une phrase soulignait.
– Vergissmeinnicht, prononça-t-il.
Marie parut gênée. Elle baissa ses paupières aux longs cils, puis les releva lentement pour interroger de ses yeux inquiets le blessé alsacien qu’elle avait entendu parler allemand avec Eugen.
– Qu’a-t-il écrit ? lui demanda-t-elle, un soupçon d’impatience dans la voix.
Le soldat remua sa grande carcasse couverte de pansements, souleva légèrement la tête et, le regard sombre et fatigué, traduisit :
– Myosotis… Cela se dit « ne m’oublie pas », en allemand.

Marie sentit son cœur s’ouvrir comme une fleur libérait son parfum. L’espérance d’aimer s’était faufilée entre des bruits de pas et des voix d’hommes heureux. Eugen prit la main de Marie et la lui serra. Il la lui avait saisie comme elle l’avait fait tant de fois avec des hommes grièvement blessés pour apaiser leur douleur. Des mains qu’elle avait tenues aussi longtemps qu’il avait fallu, jusqu’au bout, en retenant ses larmes et cette souffrance qui s’affolait dans son ventre en lui donnant la nausée. Eugen la libéra quand la silhouette du major découpa brusquement la lumière prisonnière de la porte de grange.
– Marie ! C’est fini… La guerre est finie ! hurla ce dernier, le visage radieux, en repartant aussitôt distribuer son bonheur.
Marie se pencha sur Eugen et l’embrassa. Elle l’avait embrassé en souriant, en pensant à Henry. Elle l’entendit parler.
– C’est fini, ma petite Marie… La guerre est finie, lui disait-il dans un français impeccable.
– Ne m’oublie pas, murmura-t-elle, en unissant d’un baiser les âmes des trois hommes au visage tranchant de maigreur qui attendaient d’être évacués.
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