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Le dernier souffle

De
147 pages
Un homme - le narrateur - écrivain de son état, se penche sur lui-même et regarde le monde avec un regard sans illusion sur son avenir. Comme un chercheur de laboratoire, observe tout un univers dans son microscope. Dans un Paris victime de mystérieux terroristes dont l'objectif est l'anéantissement de la capitale et pour finir, du monde, le narrateur assiste ainsi à sa propre déchéance. Jusqu'où ira sa chute ?
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4George Serent
Le dernier souffle





ROMAN











Le Manuscrit
www.manuscrit.com












© Éditions Le Manuscrit, 2006
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-6747-3 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-6746-5 (livre imprimé)
6

GEORGE SERENT








PREMIER MOUVEMENT

Adrénaline


« Tout fout le camp ! On mène une putain de vie,
une vie de merde, dans un monde de merde ! Tout sent
la merde ! L’air est pollué, la bouffe est polluée, tout est
dégueulasse, hors d’usage, inconsommable. Obsolète
comme on dit de nos jours. Tout : la vie, les gens, les
campagnes, les villes, la mer, les montagnes. Même
l’amour il est plus recommandé. Sida ravageur et
voyageur, cadavres exquis, cimetières pleins à craquer.
Pire que la peste au Moyen Age, les grandes invasions,
Verdun, Stalingrad ou les routes un week-end de
Pâques… On a tous le radada maudit ! Faut pas louper
le panneau indiquant « Attention, galipettes
dangereuses ». Riez pas, mes frères. Faut se couvrir
qu’ils disent les messieurs de la Faculté. La science
infuse et diffuse qu’ils ont les barbes jaunies ! Se couvrir
pour mieux crever ! Crever d’ennui à force de vouloir se
distraire comme on va à l’abattoir, le dimanche, en
famille. En rang deux par deux , direction la morgue. Et
pas une tête qui dépasse. Le grand défilé de la mort.
Une vraie Toussaint avec enterrements et tout le saint-
frusquin ! Y’a pas de chômage chez les fossoyeurs. On
9 LE DERNIER SOUFFLE
se frotte les mains aux pompes funèbres, vous pouvez
me croire. Y’a de l’avenir dans le business de la viande
froide… Mais, ça, ils disent pas, les clowns qui nous
gouvernent. Non et non, plus possible de continuer
comme ça. Faut tout faire sauter. Eh oui, mes frères,
vous avez bien compris. Tout anéantir. Le grand soir au
petit matin. L’aube dernière. Le Big Bang final. Feu
d’artifice nucléaire. Apocalypse selon Saint-Machin.
Cette fois-ci, c’est du sérieux, les comiques ! La version
originale, pas sous- titrée qu’on va vous mettre dans
l’assiette. Pas du cinoche. Du relief flamboyant. Plein la
gueule mes cadets ! Les tripes à l’air et plus vite que ça !
Que ça saute, une bonne fois et tirez les révérences!
Moi, la nausée de tout que j’ai à force de cracher dans la
soupe froide. La race humaine en fin de parcours,
j’affirme. Tant mieux ! Sortez pas vos mouchoirs mes
petits chéris. Faut pas pleurer. Rengainez vos lacrymales
débordements. Aucun regret, rien. Faut se réjouir,
hein ? Assez, je dis, stop ! Pouces ! Rideau ! La
représentation est finie. Ouf, enfin !
Allez, je vois d’ici vos gueules de dégénérés
chroniques à la sauce grimaçante. Vos âmes qui
s’effilochent pour le compte. Vous chuchotez dans les
alcôves, un chapelet aux pinces : il a pété les plombs, le
citoyen. Il a fumé la moquette avec la poussière, le
pauvre. Il baise trop ou pas assez. Il bouffe n’importe
quoi à n’importe quelle heure. Fréquente pas des gens
recommandables ou des lieux bénis par Monseigneur
Machin. Encore une victime du stress. Au fou, que vous
gueulez dans le micro de vos nuits blanches. A mort
l’hérétique ! Excréments nauséabonds qu’il étale le
pauvre diable ! Il arrête pas de saloper l’immaculé de la
page le sagoin. Il vomit des phrases comme au soir de
10 GEORGE SERENT

sa première cuite. Il fait ses saletés dans nos assiettes ! Il
gerbe de partout ! Ah le cochon ! Je vous entends
dégoiser d’ici, médire à plein gosier ! C’est de la
littérature de pissotière, qu’il fait le con. Crachats
infâmes sur nos linéaires d’intellectuelles pensées.
Regainez vos invectives les naïfs et sortez de vos
écuries. Regardez autour de vous, ouvrez vos globes
oculaires chiasseux. Les pissotières ? Y’en a même plus
de pissotières ! Fini les édicules à grand papa où on se
soulageait en riant. Faut pisser branché maintenant et
mettre deux tunes dans le bastringue. Ca vous la
bouscule, hein ? Tout fout le camp je vous dit. Assez !
Stop ! On ferme la boutique. Parti sans laisser
d’adresse. »

***

Epuisé, vidé par toutes ces réflexions aux odeurs de
nauséabondes philosophies, j’arrête pour un instant de
massacrer le clavier de mon ordi. Coup d’œil à ma
montre. Il est sept plombes du mat (ma meilleure heure
pour écrire) et je me verse un nième café tiède dans ma
tasse bleue ébréchée. Mon côté Balzac rétro. Dehors, il
pleut des cordes et le jour a du mal à pointer son
museau. Aujourd’hui, le soleil se fera porter pâle.
Encore une belle journée qui s’annonce, je rigole et je
me remets au travail.

***

Chez moi, les poussées d’Adrénaline sont fréquentes.
C’est pas du chronique, comme la bronchite ou le palu.
C’est du quasi permanent. Et, c’est pas Ida Crèvecoeur
11 LE DERNIER SOUFFLE
qui va me calmer les esprits. Ida Crèvecoeur ? C’est qui
ça ? Inconnue au bataillon vous allez me dire. Ida
Crèvecoeur que je réponds à l’aimable assistance c’est
une sacrée garce, pour ne pas dire davantage. Mais,
commençons par le début. J’ai fait connaissance avec la
donzelle, un soir de novembre dans un bar du quartier
Montparnasse. Et elle me colle aux basques depuis. Une
vraie sangsue la vache, vous pouvez me croire. Que je
vous raconte un peu, si vous avez du temps à perdre. Ce
jour là donc j’étais au « Bateau Ivre », un troquet de
l’avenue du Maine où j’ai mes habitudes. Hippolyte
Bouton, le patron du lieu est du genre colosse de foire,
grande gueule, braguette toujours ouverte, poils dans les
oreilles, jamais bien rasé, le fric arrimé aux fesses avec
une chaîne de forçat, mais cœur sur la pogne. Lui et
moi, on se connaît depuis au moins dix ans. C’est dire si
je suis fidèle… Quand je pense à ce que j’ai du écluser
comme liquide au comptoir du lieu, le vertige me
prend… Mais bon, passons… Rose Bouton, la
patronne, est plutôt avenante malgré ses cinquante piges
et sa voix cassée par la gauloise bleue. Là, j’ouvre une
parenthèse. Jamais vu ça. Un vrai phénomène la Rose
Bouton. Cigarette sur cigarette qu’elle consomme la
taulière . Une vraie cheminée d’usine. Pire que
Gainsbourg de son vivant juste avant sa mort, vous
voyez le topo ? Que la régie des tabacs devrait lui
donner une médaille. La Rose Bouton, c’est une vraie
mine d’or pour la Seita et un réel désespoir pour la ligue
anti cancer du fumeur. Et bla bla bla ! Une vraie corrida
de métastases que ça doit être ses éponges internes.
Mais, à part sa voix, elle se porte comme un charme et
pense sérieusement un jour ou l’autre faire homologuer
sa consommation journalière de gauloises (pas filtres) au
12 GEORGE SERENT

Guiness des records. Précision à l’attention des puristes
de la fesse : la Rose Bouton elle a encore de beaux
restes et ses rondeurs avenantes en font baver plus
d’un… Mais basta mes cochons, c’est pas le sujet
aujourd’hui. Donc, je me vidais mon demi tranquille
accoudé au zinc tout occupé à tenir le crachoir au boss
du lieu qui ronflait sérieux contre les impôts, la
politique, les « feignants » du gouvernement, les flics, la
drogue, la gauche, la droite, le foot et les étrangers « qui
viennent nous foutrent la vérole avec leur Sida».
J’écoutais d’un air distrait les vociférations habituelles de
l’Auvergnat sur la société « qu’est pourrie et les jeunes
qui veulent plus bosser ». Enfin, vous voyez le topo !
Vous impatientez pas mes mignons, j’en arrive au vif du
sujet. Faut dire que ce jour là, la susnommée Ida
Crèvecoeur, avait (selon ses propres aveux) une bouffée
de cafard à asphyxier raide un cachalot à la saison des
amours. Donc, voilà que la gisquette surgit dans le rade
et se pose au bar comme une mouette sur la jetée un
jour de criée. Elle ricane entre ses dents, se tortille et
installe son fessier sur le tabouret juste à côté du mien.
Moi, j’y prête pas trop attention, trop occupé que j’étais
à entretenir la conversation avec le Yéti du Puy-de-
Dôme. Soudain, elle me pousse du coude, me demande
du feu pour sa clope et me tutoie sans crier gare. Je lui
tends mon Zippo comme on tend le crachoir à un
tuberculeux. Là, elle hausse les épaules, bat des cils, me
regarde avec ses yeux de chat, esquisse un sourire et me
demande tout à trac si je veux pas lui payer un glass. Du
coup, le bistrotier fronce ses sourcils broussailleux à la
diable de Tasmanie. C’est qu’il aime pas qu’on lui coupe
la chique en pleine dégoiserie philosophico-sociologique
le phénomène. Je lui fais un signe du pouce. Il apprécie
13 LE DERNIER SOUFFLE
pas, mais devoir oblige, sert à la donzelle un Martini
Bianco comme on donne un coup de trique à un
bourricot. Du même coup, la patronne arrête de
martyriser son perco, écrase son mégot, allume une
autre cibiche, tourne la tête et détaille aussi la
Crèvecoeur. Je sens tout de suite que c’est pas le grand
amour entre les deux femelles qui se toisent du coin de
l’œil. Etincelles. Duel de prunelles. Du coup, l’air
devient aussi lourd qu’une tonne de ferraille dans une
assiette en porcelaine de Sèvres. Je fais gaffe et pense
illico que c’est peut être une radeuse en maraude. Des
choses comme ça, on en voit tous les jours à Paname, à
Hambourg, à Frisco ou ailleurs, comme on dit dans la
chanson. Crèvecoeur, elle semble lire dans mes pensées
comme un prêtre son missel. Me souffle la fumée au
visage et dit d’une voix un peu rauque mais pas
désagréable : « arrête de flipper, je suis pas une pute et
mon cul n’est pas à vendre. » Du coup, la glace est
brisée et je me marre franchement. Par soucis des
convenances, je me tourne vers elle. Choqué, le taulier
en perd son patois, bougonne quelque chose entre ses
moustaches et de dépit, se met à racoler un pochetron
accoudé au bar en me lançant des œillades furibardes.
Ca sent le souffre dans le saloon et je me demande
pourquoi je prête attention à cette niasse surgit de nulle
part. Du même coup, je jette un regard de technicien à
l’ensemble. Enveloppée dans un imper vert armée trop
grand pour elle, la mignonne chausse une paire de
santiags étincelantes sur des jeans plutôt fatigués avec
de superbes trous aux genoux comme le recommande le
dernier chic parisien. Ce qui me frappe ce sont ses yeux
de félin, ses pommettes hautes (genre slave) et ses
cheveux blonds paille coiffés à la Pucelle d’Orléans. A
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