Le Fils de trois pères (Hardigras)

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À Nice, Hyacinthe Supia, le directeur du grand magasin «La Bella Nissa» est victime des forfaits du mystérieux cambrioleur Hardigras. Il demande de l'aide à Titin le Bastardon, lequel est amoureux de son amie d'enfance Antoinette, la filleule de Supia, promise au prince Hippothadée. Mais, rapidement, nombreux sont ceux qui soupçonnent Titin et Hardigras d'être une seule et même personne... Par ailleurs, Titin apprend que sa mère a été violée par trois hommes et qu'il est le fruit de cet acte. Il décide de retrouver ses trois pères...Cette comédie provençale, injustement méconnue, se lit avec un grand plaisir. Mais, noublions pas qu'en pays niçois, le drame, parfois terrible, n'est jamais loin sous la comédie...
Publié le : mardi 30 août 2011
Lecture(s) : 51
EAN13 : 9782820606587
Nombre de pages : 346
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LE FILS DE TROIS PÈRES (HARDIGRAS)
Gaston Leroux
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ISBN 978-2-8206-0658-7
Gaston Leroux
LE FILS DE TROIS PÈRES (HARDIGRAS)
Roman Provençal
Librairie Baudinière – mars 1926 Première publication sous le titreHardigras en 89 feuilletons quotidiens dansLe Journal, 19 février-18 mai 1925.
I Où Hardigras commence à faire parler de lui. Ce matin, avant même que les portes fussent ouvertes aux clients, les grands magasins de la « Bella Nissa », au coin de la place du Palais, étaient en rumeur. Du haut en bas de ce vaste établissement, les employés se lançaient la nouvelle : Hardigras, pendant la nuit, avait encore fait des siennes !… Une première vendeuse – rayon de blanc – clamait que deux paires de drap ourlés à jour et brodés lui manquaient. À leur place elle avait trouvé la carte de visite de Hardigras. Ce « diaou » (diable) de Hardigras ! Il couchait dans la batiste ! Les vendeuses du rayon de soierie qui n’avaient pas encore reçu sa visite depuis qu’il hantait, pour la terreur des uns et pour la joie des autres, les grands magasins de la « Bella Nissa », se détournaient pour sourire. Elles avaient conclu de ce que Hardigras avait jusqu’alors respecté leur assortiment de bas de soie, que ce mystérieux seigneur avait peu ou prou de coquetterie pour ses maîtresses. En tout cas, s’il n’était point raffiné de la bagatelle, il paraissait fort porté sur sa bouche, car au rayon d’alimentation, que l’on avait inauguré au commencement de la saison, on ne comptait plus les boîtes de conserves qui avaient disparu comme par enchantement. Les demoiselles de la passementerie gémissaient qu’elles ne trouvaient plus leurs « références » (échantillonnage). Enfin, ce même jour, on constata l’absence de deux pyjamas, d’un lot de serviettes éponge et, au rayon de la parfumerie, de plusieurs flacons d’eau de Cologne à 80 degrés et d’un vaporisateur. Hardigras devenait homme du monde ! Partout, pour que les soupçons ne s’égarassent point, il
laissait ses cartes… de haut luxe, provenant naturellement du rayon de la papeterie, sur lesquelles, avec son stylo, il avait tracé, en formidables majuscules, ce nom extraordinaire : HARDIGRAS, qui avait une couleur si savoureuse dans cette grande cité du Midi, illustrée par son carnaval. Et impossible de mettre la main dessus !… Sa première manifestation avait témoigné qu’il ne dédaignait pas d’élire domicile dans la maison et d’y goûter un repos parfait. Un jour on avait découvert qu’il avait fait sienne, au rayon de l’ameublement, une chambre complète. Sans doute n’avait-il pu résister à la tentation : un beau lit Louis XVI, canné, tout « dressé » avec des draps fins, des taies d’oreiller ornées de dentelles ! L’administration avait poussé la prévenance jusqu’à allumer sur la table de nuit une délicieuse veilleuse dont l’ampoule électrique se voilait d’un petit abat-jour de soie rose, garni de perles multicolores. Comment ne pas répondre à une pareille invite ? Cette chambre semblait attendre son locataire. On pouvait imaginer que Hardigras, en se mêlant dans la journée au flot des clients, avait résolu de ne pas la faire attendre plus longtemps… Et, la nuit venue, après que les vendeurs eurent recouvert les meubles de leurs lustrines grises, l’hôte indésirable de la « Bella Nissa » avait pris possession de son appartement… Sans craindre la ronde des veilleurs de nuit, Hardigras, entre ses draps et sous le couvert de la lustrine, avait dû faire de beaux rêves !… Puis il s’était levé de bonne heure, s’était senti « en appétit », était allé aux provisions… on avait pu reconstituer, grâce à la disparition de quelques denrées ou condiments, les éléments de son petit déjeuner du matin. Par la même occasion, Hardigras avait monté sa batterie de cuisine : casseroles, réchaud à essence, il ne manquait de rien ! Un autre jour, il avait travaillé pour sa garde-robe. Négligeant les smokings et habits de soirée, il s’était muni de quelques complets qui eussent fait le bonheur d’une demi-douzaine de braves compagnons s’apprêtant galamment à aller faire tourner les filles aux festins du dimanche ou à « faire cougourdon » à
Cimiez, en mangeant « la tourta de blea ». En choisissant des effets de tailles différentes, peut-être avait-il voulu faire croire à des complices, mais plus simplement avait-il ainsi dissimulé la sienne, ce qui prouvait qu’il ne manquait point de bon sens. Pour les chaussures, il semblait affectionner particulièrement « le 42 », on en avait conclu que telle devait être sa pointure. Il ne portait point de gants. Malgré ces précieux renseignements, qui semblaient attester que l’on n’avait point affaire à un gentleman cambrioleur, Hardigras restait introuvable !… Inutile de dire que, depuis six semaines, ce « diaou » de Hardigras était célèbre sur tout le littoral. De Saint Raphaël à Menton on ne parlait que de lui. Les grands quotidiens de la Côte d’Azur avaient relaté ses premiers exploits avec un luxe de détails qui avait fini par amuser tout le monde. On avait cru d’abord à une façon de publicité nouvelle, dans le moment où le vieil établissement niçard avait à lutter contre la concurrence triomphante des Galeries Parisiennes, mais la colère du directeur, M. Hyacinthe Supia, contre les journalistes, qu’il envoyait « en galera » (en galère, à la gare) chaque fois que ceux-ci parvenaient à le joindre, les menaces qu’il faisait entendre à l’adresse de l’insaisissable bandit eurent tôt fait de démontrer à un public d’abord incrédule que l’aventure était sérieuse. Alors, on s’en réjouit davantage. Il est bon de dire aussi que M. Hyacinthe Supia n’était sympathique à personne. D’abord, il ne riait jamais, ce qui est impardonnable dans un pays qui est le paradis sur la terre. Et puis, il était avare, rognant sur tout, congédiant les vieux serviteurs sous les prétextes les plus futiles, engageant les jeunes à des prix de famine. Ses employés l’appelaient : « le boïa » (le bourreau). Ce jour-là, où commence dans la comédie cette histoire qui devait se continuer d’une façon si tragique, quand on eut découvert les nouveaux larcins, exercices nocturnes de Hardigras et que l’on s’en fut gaussé comme il convenait entre soi, les employés cessèrent tout à coup de plaisanter.
La haute et sèche stature de M. Hyacinthe Supia venait d’apparaître, enveloppée dans une longue redingote comme dans un drapeau noir, et, sur son passage, régnait la terreur. Ses yeux glauques s’éclairaient d’une mauvaise flamme. Jamais « le boïa » n’avait paru aussi redoutable. Derrière lui venait, solennel et fort gourmé, M. Sébastien Morelli, chef du personnel, surnommé « Sa Majesté » pour la dignité écrasante de sa démarche et parce qu’il contresignait de ses initiales S. M. les décisions les plus funestes à l’avenir des employés. Le patron pénétra dans son bureau sans avoir adressé la parole à personne. D’autres individualités considérables vinrent l’y rejoindre ; et le bruit se répandit bientôt qu’il y avait conseil. Une demi-heure plus tard, on en connaissait les résultats. M. Hyacinthe Supia avait décidé de renouveler entièrement le service de surveillance de jour et de nuit. Puis on apprit que le conseil, à l’unanimité, avait pris la résolution de donner désormais congé àtous les employés dans le service desquels on constaterait le passage de Hardigras. On ne plaisantait plus !… Les employés étaient consternés… Pour qu’il eût pris une mesure pareille, M. Supia devait imaginer que son voleur avait des complices dans la maison ! En tout cas, on commençait à trouver Hardigras moins drôle maintenant qu’il faisait renvoyer le personnel !… En dépit de la gravité des circonstances, ce fut une explosion de rires quand on s’aperçut, sur le coup de midi, qu’une main mystérieuse venait d’accrocher une pancarte au grillage de la caisse centrale, sur laquelle on pouvait lire : «Tout employé renvoyé de la«Bella Nissa »pour cause de Hardigras, retrouvera dans les huit jours une place qui ne lui fera point regretter le pain sec du boïa ! Jem’yengage.– HARDIGRAS. » Comment cette insolente pancarte était-elle venue là ! On l’avait suspendue de telle sorte qu’il était malaisé de l’atteindre. Si bien qu’elle resta de longues minutes exposée aux yeux du personnel qui se réjouissait en aparté et de la clientèle qui se gaudissait ouvertement. « Assident ! » s’écria-t-on tout à coup « le voilà lé moure de tôla ! » (Accident ! voilà le visage de tôle). C’était encore un
sobriquet qui était en usage chez les petits débitants de la rue Droite quand ils parlaient du patron de la « Bella Nissa », lequel avait assurément résolu leur ruine en ouvrant un rayon d’alimentation. M. Hyacinthe, en effet, arrivait, bousculant ; tout le monde ; on venait justement d’apporter une échelle, mais avant que fût décrochée la pancarte, il avait eu le temps de la lire ! Il devint plus jaune que confiture de coing, se saisit du maudit carton, se retourna sur la foule, dévisageant ceux qui riaient, paraissant homme à les étrangler. Il finit par passer outre en faisant signe à « Sa Majesté » de l’accompagner jusque chez lui. Tous deux prirent l’ascenseur et s’arrêtèrent au cinquième, où M. le Directeur avait son appartement. Il faillit passer sur le corps de là domestique épouvantée qui vint lui ouvrir et ils s’enfermèrent aussitôt dans son cabinet particulier. La conférence dura plus d’une heure et elle ne se passa point sans éclats. Enfin « Sa Majesté » s’en alla et M. Hyacinthe resta seul. Le déjeuner était brûlé depuis longtemps. La consternation régnait de la cuisine à la salle à manger. Enfin quelqu’un osa frapper à la porte et comme on ne répondait pas, cette porte, timidement, s’ouvrit et une radieuse enfant vint éclairer de la présence de ses dix-sept printemps cet intérieur maussade. – Bonjour, parrain ! fit la petite sans élan, comment allez-vous, ce matin ? – Mal, répondit-il sans aucune grâce. – Ma tante et ma cousine vous attendent pour déjeuner. – Qu’elles déjeunent sans moi… et qu’on me laisse tranquille ! … Tu entends, Antoinette ?… – Oui, parrain. Et elle referma la porte… mais elle la rouvrit presque aussitôt. – Parrain, reprit-elle avec une candeur qui paraissait trop naturelle pour ne pas être affectée : est-ce que ce serait encore ce méchant Hardigras qui vous met dans des états pareils ?… – « Christo !… » Antoinette !… Tu tef… de moi ! Et il marcha sur la petite avec un tel air de menace que celle-ci
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