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Le Fils du Condor

De
138 pages
En plein cœur de la forêt amazonienne, le tumulte dévastateur de la civilisation rugit et gronde; quelque part dans une province de la France pétainiste, les rafles de la Gestapo traquent et guettent, sous le regard complice de la délation, les étoiles brassardées; aux Amériques dès la fin du sixième siècle, la colonisation espagnole, en proie à une avidité démoniaque d’omnipotence, massacre les Incas; en Chine, la population se meurt sous les affres et supplices dictatoriaux d’un autoritarisme impuni et inhumain; en bordure du Mékong, les mines antipersonnelles tapies, dissimulées et muettes jaillissent et mutilent, explosant la chair de leur tintement meurtrier; le 26 décembre 2004, les vagues se déchaînent sur la Thaïlande, ramenant à l’atroce réalité ces touristes vils et pervers venus acheter en toute légalité l’assouvissement de leurs frustrations… Est-il un lieu, un moment, où l’histoire ne s’est écrite par l’inhumanité froide et désincarnée de ce que l’on nomme civilisation? Si devoir de mémoire il y a, quand la conscience s’éveillera-t-elle à la monstruosité? "Huit nouvelles" mettant en scène des images insoutenables d’atrocité, de cruauté et de barbarie. Images dont on souffre la vue, récits face auxquels l’on préfèrerait se faire sourd, et pourtant moments véritables et réels, s’inscrivant dans une histoire collective mortifère et coupable, écrite d’une plume ensanglantée, stigmate de cette culpabilité toute humaine. Inutile de porter un jugement, de moraliser, la simple énonciation des faits heurte notre conscience propre et amnésique. Ce ne sont pas que des mots gribouillés et transmis tel un savoir mort et désuet: ce dont il s’agit, c’est de la vie elle-même. Michèle Sully dérange, éclaire et provoque ce que l’on a trop souvent tendance à occulter, fuir honteusement et avec déni: cette face cachée de notre humanité qui n’est que monstruosité.
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IDDN.FR.010.0114458.000.R.P.2009.030.40000
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication aux Éditions Publibook en 2010
Anaxabia Cétait comme un frémissement, un agacement à la commissure de la paupière, là où le soleil fait cligner les yeux, où se creusent les rides en étoile que lon nomme pattes doie. Une telle torpeur lhabitait quil nentrouvrit quun il, un écran noir sinterposa, avec juste un petit aperçu de clarté vers le nez, un voile sombre sagitait, il passa sa main sur son front pour le chasser et ce dernier seffaça. Il referma ses paupières, mais un chatouillis léger les lui fit rouvrir brusquement. Scrutateur, son regard se heurtait à la frange de ses cils. Mais la chose était toujours là, près de son il doù quel-ques larmes de sommeil séchappaient et ce quelque chose sabreuvait de sa sécrétion lacrymale. De nouveau, il chas-sa lombre qui senvola quelques instants, puis se reposa, buvant toujours avec sa trompe à la source de ses yeux. Ses pensées se firent moins brumeuses et cest alors quil identifia lintrus. Cétait un de ces grands papillons au bleu profond que lon nomme « morpho anaxabia » si prisé des collection-neurs quil finit trop souvent épinglé sous un sous-verre en compagnie dautres espèces aux couleurs toutes aussi cha-toyantes, à moins, quavec ses ailes arrachées si joliment disposées, il participe à la savante composition dun ta-bleau quun touriste finirait bien par acheter, comme un trophée, dans quelques boutiques de souvenir.
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Grande feuille verticale qui aurait jailli là, spontané-ment, le papillon sétait refermé contre sa paupière. Il demeura ainsi très longtemps immobile, puis indécis, il souvrit à demi dans un tremblement palpitant, laissant entrevoir comme un bijou étrange, le camaïeu bleu de ses ailes et Joao Conceiçao retomba dans une profonde léthar-gie.
* * *
Tout dabord, Joao se rendit compte que son corps de-venu aérien, se balançait dans les arbres. Il leva la tête, on ne pouvait apercevoir le soleil, seul un très mince rayon parvenait à percer la canopée sombre et dense, projetant juste une lentille lumineuse sur son tricot de corps cras-seux. Il voulut descendre, mais cela lui fut impossible. Cest alors quil comprit quil reposait dans un hamac suspendu entre deux arbres énormes et que sa jambe droite mainte-nue grossièrement par deux attelles lempêchait de poser pied à terre. Progressivement, la mémoire lui revint comme une brume qui se déchire à des rochers. Il se souvint quil avait glissé dans la coulée de boue que des pluies diluviennes avaient creusée suite au défrichement intensif auquel il participait avec toute une équipe de bûcherons qui taillait une grande saignée dans la forêt amazonienne, repoussant toujours plus loin les limites du territoire indien, malgré les campagnes successives des écologistes contre la défo-restation massive. Des Indiens, il nen avait cure ! Ils étaient en voie de disparition, et alors, ce nétait pas son problème. Cétait au gouvernement de sen occuper.
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