Le Fruit Défendu

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Mounira n'avait jamais su qu'à Ngaoundéré, elle rencontrerait le grand amour. Candide et sereine, elle quitte son Maroua natal où elle a passé toute son enfance. Elle fréquentait assidûment les institutions islamiques et prenaient régulièrement part à toutes les rencontres religieuses regroupant les adeptes de l'islam. Tout ce qui se rapportait à l'islam se révélait d'un intérêt certain pour elle. L'actualité du monde islamique ne lui échappait jamais. Sa rencontre fortuite avec Vata changera le cours de sa vie. Beau garçon, il était élégant, intelligent, très courtois dans ses propos et très attachant. Il aurait été un homme à femme si les exigences d'une vie spirituelle ascétique ne l'avaient maintenu éloigner de la mondanité fatalement orientée vers l'assouvissement des instinc
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 114
EAN13 : 9782304004069
Nombre de pages : 123
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2 Titre
Le Fruit défendu

3Titre
Théophile Calaïna
Le Fruit défendu

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00406-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304004069 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00407-6 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304004076 (livre numérique)

6 8 Chapitre I : La rencontre

CHAPITRE I
LA RENCONTRE
Par une belle matinée du mois de septembre,
j’éprouvai subitement le désir de me défouler.
J’y pensai encore lorsque les idées qui m’avaient
traversées l’esprit précédemment, revinrent au
galop. Dans cet amas d’idées hétéroclites et
troubles qui, par jets intermittents sollicitaient
les parvis de ma mémoire, j’étais en proie à une
bataille rangée à laquelle il ne m’était pas permis
de prendre part quoique ma passivité ait été
perçue comme une effective prise de position.
Toutes s’évanouirent par vagues successives,
comme le gladiateur repousserait de son
bouclier, les assauts répétés des flèches
ennemies. Les idées combattues se volatilisèrent
comme par enchantement. La dernière intruse
qui fit son apparition, envahit le saint logis de
mes pensées et s’y logea douillettement on eût
dit une colonie de nuages se déposant sur la
cime d’une montagne. Je l’adoptai.
La victorieuse idée poursuivit sa conquête.
Non contente d’avoir triomphé des idées sœurs
9 Le Fruit défendu
aînées dont elle fit oublier le souvenir, la futée
autocrate eût raison de moi. Je n’avais plus qu’à
m’exécuter. Mes mouvements, mes actes et mes
agissements étaient désormais dictés par le
nouveau monarque absolu : l’idée d’aller humer
de l’air frais et pur, en sillonnant les pistes
serpentines qui se dessinaient dans cette
splendide végétation sauvage.
Plus tard, elle me poussa à l’extérieur de la
minuscule pièce qui me servait de tanière.
L’instant d’après, j’étais hors de ma chambre,
marchant à pas comptés dans les couloirs peu
spacieux de ce dortoir mixte. Nombre
d’étudiants caressaient le rêve d’y résider en
dépit du coût assez élevé du loyer. Au bout du
couloir, je me retrouvai devant une porte
grandement ouverte : celle de Maïmouna, l’une
des étudiantes occupant la chambre située à
l’extrémité droite du principal pavillon de cet
ensemble d’édifice.
Je me tins sur le seuil de la porte. Je n’avais
pas l’intention de m’y arrêter, encore moins le
désir de traverser le seuil de cette porte dont le
cadre rectangulaire était voilé par des rideaux
d’une blancheur éclatante. Je lançai un
assalamalec plutôt timide. En effet, celle qui se
rendit maître de moi, me maintenait assujetti. Je
ne pouvais m’y dérober tant l’emprise qu’elle
exerçait sur moi était oppressante et
singulièrement pesante à la fois. Toutefois, je ne
pouvais pas avoir l’excuse de manquer de
10 La rencontre
politesse à une voisine avec qui j’avais toujours
entretenu de très bons rapports de voisinage. Le
rituel des civilités avait toujours été considéré
comme un acte hautement sacré dans
l’imaginaire des peuples avec lesquels je
cohabitais. Toute violation des lois y relatives
était aussitôt perçue comme un sacrilège. Je ne
voulais pas passer pour un profanateur, une
sorte de persona non grata qu’on regarderait
toujours du coin de l’œil, chaque fois que je
montrerai le bout du nez.
De l’intérieur, l’ensemble de ceux qui
occupaient avec beaucoup de parcimonie la
chambre dont le confort trahissait l’origine
bourgeoise de l’occupante, répondit en chœur
et chaleureusement : malékoumsalam ! Cette
réponse attentionnée produisit en moi, un drôle
d’effet qui parcourut mes entrailles comme s’il
voulait démystifier l’invisible présence qui me
téléguidait sournoisement. Elle brisa net l’élan
initial qui m’animait. Il fallait être tout de glace
pour se montrer froid devant tant de chaleur.
Tout à coup, je fus saisi par un étrange
sentiment de culpabilité qui me gagna
progressivement avec l’intensité d’une décharge
électrique traversant un fusible auquel elle
communiquait une nouvelle source d’énergie.
On aurait dit qu’au fond de moi s’effilochaient
les valeurs intrinsèques de la bienséance
auxquelles j’étais profondément attachées.
11 Le Fruit défendu
Il a suffi d’une parole pour que tout bascule.
Comme un château de sable, ce que j’avais cru
être bâti sur du roc s’écroula monstrueusement
avec fracas, laissant place à l’ingénieuse
émotivité de fraternité. Qu’elles sont
bienfaisantes, les paroles douces ! Elles sont un
arbre de vie plantée au bord d’une source
intarissable.
Avec beaucoup de convivialité et
d’empressement, comme il sied à une bonne
musulmane, Maïmouna m’invita à me joindre à
ce groupe visiblement unit par un fort
sentiment de fraternité. Je ne me fis pas prier. Il
aurait été inconvenant de se soustraire à une
telle invitation. De toute façon, les très
gracieuses paroles prononcées, il y a peu, eurent
leur effet. Très enthousiaste, la gentille
Maïmouna me pria de prendre place sur
l’unique chaise qui tenait lieu de meuble. Elle fit
signe à l’occupant de me le céder, en lui
montrant concomitamment du doigt le bord du
lit sur lequel elle était assise. Dès que celui-ci
s’installa, elle se leva promptement et rejoignit
la jeune fille assise sur un magnifique tapis
multicolore, orné de motifs évoquant l’art
oriental. Cet objet de luxe était étendu à même
le sol sur l’espace très réduit qui séparait le lit
du mur mitoyen. Pour rendre l’atmosphère plus
gaie et plus fraternelle, Maïmouna se mit en
peine de faire les présentations à l’occidental
comme une sacrée snob maniérée.
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