Le grand paon-de-nuit / Murs / Métro

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Dans Le grand paon-de-nuit, comme dans les deux titres repris dans ce volume, on peut se demander s'il s'agit bien de prose, et non pas plutôt de poésie.
En lisant ces textes brefs, souvent fulgurants, on se demande même si Marcel Cohen ne nous livre pas des sujets de nouvelles, ou des réflexions, qui ne gagneraient rien à être développés. Chez un auteur qui se contente souvent de rapporter des Faits, comme dans la trilogie du même nom, on touche sans doute là l'essentiel : au fil de ces pages d'un laconisme extrême, ce qui nous captive c'est, finalement, notre rôle de lecteur : peut-être nous revient-il, et à nous seul, d'écrire le volume que nous tenons entre les mains. Le plus important, semble nous dire l'auteur, s'écrit dans le blanc de la page, le lecteur est adulte, et il a toujours raison.
Publié le : jeudi 3 avril 2014
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EAN13 : 9782072531064
Nombre de pages : 240
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D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard
MIROIRS, coll. «Le Chemîn», 1981. JE NE SAIS PAS LE NOM, 1986. ASSASSINAT D’UN GARDE, 1998. FAITS.Lecture courante à l’usage des grands débutants, 2002. FAITS, II, 2007. FAITS, III.Suite et fin, 2010. SUR LA SCÈNE INTÉRIEURE,Faits, coll. «L’un et l’autre», 2013.
Chez d’autres éditeurs
GALPA, Le Seuîl, 1969 (réédîtîon Mîchel Chandeîgne, 1993). MALESTROIT, CHRONIQUES DU SILENCE, E.F.R., 1973. VOYAGE À WAÏZATA, E.F.R., 1976. DU DÉSERT AU LIVRE.Entretiens avec Edmond Jabès, Pîerre Belond, 1981; nou-velle édîtîon 1991; réédîtîon Opales, 2001. LETRAS A UN PINTOR(en judéoespagnol, avec des illustrations d’Antonio Saura), Almarabu, Madrîd, 1985. HOSTINATO RIGORE(en collaboration avec Gérald Thupinier), Actes Sud, 1986. LETTRE À ANTONI O SAURA(traduit du judéoespagnol. Édition bilingue),L’Échoppe, 1997. SELVPORTÆT SOM LÆSER(« Autoportrait en lecteur », traduit en danois par Merete Nissen et Per Aage Brandt), BrØndum, Copenhague, 1997. QUELQUES FACES VISIBLES DU SILENCE(sur Antonio Saura), L’Échoppe, 2000. TOMBEAU DE L’ ÉLÉPHANT D’ ASIE(en collaboration avec Gérard Busquet), Chandeîgne, 2002. L’OMBRE NUE(avec des photographies d’Aurore de Sousa), Creaphîs, 2008. TAUROMACHIE(avec des photographies de Jean Bescos et des superpositions d’Antonio Saura),Saura, Genève, 5 ContînentArc tonîo hîves An s Édîtîons, Mîlan, 2008. ÊTRE LÀ(sur la peinture de Didier Demozay), Le 19 CRAC, Montbélîard, Galerîe Jean Fournîer, Parîs, 2008. À DES ANNÉES-LUMIÈRE, Farîo, 2013.
MARCEL COHEN
L E G R A N D PA O N - D E - N U I T suivi de M U R S suivi de M É T R O
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2014, pour la présente édition.
L E G R A N D P A O N - D E - N U I T
L’eau luî arrîvaît à mî-corps. Il plongea, fit une vîngtaîne de brasses vers le large et se retourna pour regarder la plage des vacances. Les mîllîers de voîx sonnaîent comme des notes tenues, à la contrebasse, sous un déchaïnement et dans l’extrême strîdence métallîque de flûtes éparses. La mer étaît tîède et claîre : îl avaît pu voîr, dans la transparence, l’ombre de son corps s’alléger sur le ond de sable à mesure qu’îl s’éloîgnaît. Il luî vînt cette pensée, sî lîmpîde elle aussî, et sî crue, qu’îl n’eut rîen à luî opposer : sa vîe ressemblaît à son efort de nageur îmmobîle luttant, par d’împerceptîbles mouvements, pour empêcher son corps de recouvrîr son ombre.
11
Le dîrecteur d’un muséum d’hîstoîre naturelle avoue son înquîétude devant les rapîdes mutatîons de certaînes espèces anîmales. Tenues d’émîgrer et de s’adapter, beaucoup s’accroîssent de manîère anarchîque. Attîrés par les décharges publîques, des dîzaînes de mîllîers de couples de goélands argentés et de mouettes rîeuses prospèrent déjà à la pérîphérîe des vîlles : certaîns aéroports ne sont plus sûrs. Écour-tant leurs mîgratîons, les étourneaux s’abattent par mîllîons sur les récoltes. Élevés pour leur ourrure, rats musqués et ragondîns échappés des cages mînent les dîgues et les berges des fleuves. La taupe, la ouîne et le renard s’înstallent dans le cœur des vîlles, échappant aux prédateurs et aux pîèges. Le grîllon élît domîcîle dans le métro parîsîen, le scorpîon entre les pîerres des monuments hîstorîques. Ne chantant hîer encore qu’au crépuscule, l’înofensî merle luî-même se aît entendre toute la nuît, paraîtement habîtué désormaîs à l’éclaîrage des vîlles.
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Seul dans sa chambre, un homme înterroge, soîr après soîr, les îndîces filtrant à travers le mur mîtoyen : musîque très assourdîe dans l’îmmeuble voîsîn, maîs reconnaîssable pour peu que l’on plaque l’oreîlle contre la paroî, légers grîncements du parquet, bres éclats de voîx. Fascîné par la dîstance, autant que par l’extrême proxîmîté, îl cogne dîstraîtement le mur, cer-taîns soîrs, du chaton de sa chevalîère. Il arrîve que ce message luî revîenne alors : troîs coups bres, claîrs, et proprement îllîsîbles dans le grand sîlence.
13
Dans les halls de gare, les statîons de métro, les grands magasîns, îl avaît l’habîtude de ramasser à la dérobée, près des cabînes de photos-mînute, les clî-chés déchîrés par les utîlîsateurs. Le soîr, îl reconstî-tuaît ces portraîts avortés comme on surprendraît une conessîon : un amoureux transî doublé d’un voyeur ! Il écartaît les încîdents technîques (maladresses dans le cadrage, yeux tenus ermés), à peîne plus révélateurs qu’un aux pas chez un athlète, pour ne s’attacher qu’aux poses suisamment maïtrîsées pour trahîr le reus, ou l’împossîbîlîté, de se reconnaïtre autrement que par înadvertance.
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